Diogo Alves, Galicien né à Santa Xertrudes de Samos à Lugo en Espagne, vint vivre très jeune à Lisbonne. Surnommé Pancadas, il devint célèbre sous le nom de "l'assassin de l'aqueduc des Águas Livres" : de 1836 à 1839, sur l'instigation de sa compagne Gertrudes Maria, il y commit, aidé de sa bande, une série de crimes horribles. Après avoir dépouillé ses victimes, il les jetait du haut des arches (soit près de 65 mètres de hauteur) afin de simuler des suicides.
Les autorités le capturèrent finalement en 1840, après que lui et sa bande eurent assassiné un médecin et toute sa famille lors du cambriolage de leur demeure. Curieusement, ils furent condamnés à la pendaison pour ce dernier crime et non pour les dizaines de meurtres commis sur l'aqueduc, qui n'avaient pas figuré formellement dans l'acte d'accusation initial du procès.
Il emporta un terrible secret dans sa tombe : comment était-il parvenu à se procurer les fausses clés des lourdes portes des galeries de l'aqueduc ? Il s'y introduisait pour se cacher en attendant de fondre sur d'isolés voyageurs. C'est après son emprisonnement, lorsque les prétendus « suicides » cessèrent brusquement, que les autorités comprirent qu'ils étaient l'œuvre du sinistre Diogo Alves, qui, durant la seule canicule de l'été 1837, aurait abattu soixante-seize personnes.
Il fut exécuté par pendaison (et non décapitation, bien que sa tête ait été séparée du corps après sa mort à des fins scientifiques) sur le Cais do Tojo, à 14h15, le 19 février 1841. Sa perfidie et la froideur de ses actes intriguèrent au plus haut point les savants de l'École de médecine et de chirurgie de Lisbonne, qui décidèrent de préserver sa tête afin de l'étudier sous l'angle de la science de l'époque.
Celle-ci fut examinée à la lumière des théories préconisées par le célèbre médecin et anatomiste allemand Franz Joseph Gall, fondateur de la phrénologie. Cette discipline prétendait déceler les facultés mentales, les penchants criminels et les vices des hommes par la palpation et l'analyse des reliefs et des protubérances du crâne.
Notice historique : La phrénologie et le cas Diogo Alves
Au XIXe siècle, la phrénologie connut un immense engouement auprès des cercles scientifiques et criminologiques européens. On croyait alors que chaque zone du cerveau correspondait à un trait de caractère ou à un instinct particulier (le meurtre, la ruse, la destructivité). La préservation du chef de Diogo Alves s'inscrivait dans cette volonté matérialiste d'objectiver le Mal en cartographiant le cerveau d'un assassin de masse.
Aujourd'hui conservée dans un bocal de formol au théâtre anatomique de la Faculté de médecine de l'Université de Lisbonne, la tête du supplicié offre au visiteur l'expression paradoxale d'un homme parfaitement calme et apaisé, contrastant de manière saisissante avec la cruauté sanguinaire de ses crimes passés.
Notons enfin que les crimes de Diogo Alves — qui fut l'un des tout derniers condamnés à mort au Portugal avant l'abolition progressive de la peine capitale — marquèrent durablement l'imaginaire collectif portugais, inspirant l'une des tout premières fictions cinématographiques muettes du pays.
Bibliographie sélective & Références
- RAMOS, Rui, História de Portugal, Esfera dos Livros, 2009.
- PIEDADE, Francisco, Crimes e Culpados: A Medicina Legal no Século XIX, Coimbra Editora, 1952.
- GALL, Franz Joseph, Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, 1810-1819.


