Inquisitor Heresie.com


Vampirisme

Vampire Heresie.com
S'il y eut jamais au monde une histoire garantie et prouvée, c'est celle des vampires. Rien ne manque : rapports officiels, témoignages de personnes de qualité, de chirurgiens, de prêtres, de juges : l'évidence est complète.

Jean-Jacques Rousseau

Depuis la nuit des temps, l'homme a matérialisé sa peur de la mort et du néant par l'apparition d'angoisses nocturnes. La spectropathie, fondée sur l'hallucination de la vue et du toucher ainsi que sur la mélancolie des sujets et les cauchemars, allait alimenter un climat contagieux de terreur collective dont le vampire demeure l'incarnation la plus saisissante.

Notice Historique : Les origines antiques de l'effroi L'animation démoniaque d'un cadavre s'enracine dans l'Antiquité et les premiers siècles du christianisme. Le démon pouvait revêtir une forme corporelle attractive afin d'ajouter la possession physique à l'égarement psychique, allant jusqu'à manipuler la dépouille d'un défunt tel un automate assoiffé de vie.

On distingue parmi ces précurseurs indirects des vampires :

Les Lamies : serpents ailés se terminant par une tête et un buste de femme. Dans la mythologie grecque, Lamia, autrefois jeune femme d'une grande beauté, fut punie par la jalouse Héra qui fit périr tous ses enfants. Pour se venger, Lamia se métamorphosa en monstre, dévorant les nourrissons des autres.
Les Striges : démons femelles ailés et munis de serres redoutables.
Les Empuses : spectres multiformes de la nuit capables de muer en monstres innommables ou en créatures fascinantes.
Les Omosceles : démons aux pieds d'ânes qui s'attaquaient aux voyageurs égarés.

Une variante orientale de ces créatures est la Goule qui, d'après Les Mille et Une Nuits, erre dans les campagnes et se jette par surprise sur les passants, ou se rend de nuit dans les cimetières pour se repaître de la chair des défunts.

« Les corps des morts ne sont jamais ôtés de leur repos par les bons anges... Les démons seuls, qui tourmentent les vivants et les morts, ont accoutumé de s'en servir... »
Pierre de Lancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges, 1612

L'épidémie du XVIIIe siècle en Europe centrale

Pourtant, c'est vers le milieu du XVIIIe siècle — une époque que l'on s'applique par ailleurs à dépeindre comme celle des Lumières et du rationalisme — que d'étranges cas sont signalés dans la lointaine Hongrie. Celle-ci devient le théâtre d'abominations où l'on voit des hommes morts depuis plusieurs mois revenir, parler, marcher, infester les villages et sucer le sang de leurs proches.

Pour ces malheureux villageois, une seule délivrance : l'exhumation du corps, l'empalement, la décapitation et l'extirpation du cœur. D'autres, la nuit venue, entendent les morts « mâcher » dans leurs tombeaux, produisant un bruit semblable à celui d'un porc se nourrissant.

Notice Historique : Les commissions d'enquête impériales Face à la multiplication des plaintes en Moravie et en Hongrie, des commissions d'enquête mixtes (ecclésiastiques, militaires, judiciaires et médicales) furent dépêchées sur place pour exhumer les corps suspects, les juger selon un rituel rigoureux et, le cas échéant, les détruire par le feu.
Exhumation et supplice du vampire Scène d'exhumation et châtiment des revenants en Europe centrale.

Lettre d'un fort honnête homme sur les revenants de Hongrie

Mon cher cousin,

Vous souhaitez être informé au juste de ce qui se passe en Hongrie au sujet de certains revenants, qui donnent la mort à bien des gens en ces pays-là. Je puis vous en parler savamment, car j'ai été plusieurs années dans ces quartiers-là, et je suis naturellement curieux.

J'ai ouï en ma vie raconter une infinité d'histoires, ou prétendues telles, sur les esprits et les sortilèges, mais de mille, à peine ai-je ajouté foi à une. On ne peut être trop circonspect sur cet article, sans courir le risque d'en être trop dupe. Cependant, il y a certains faits si avérés qu'on ne peut se dispenser de les croire. Quant aux revenants de Hongrie, voici comment la chose s'y passe.

Une personne se trouve attaquée de langueur, perd l'appétit, maigrit à vue d'œil, et au bout de huit ou dix jours, quelquefois quinze, meurt sans fièvre ni aucun symptôme que la maigreur et le dessèchement. On dit en ce pays-là que c'est un revenant qui s'attache à elle et lui suce le sang. De ceux qui sont attaqués de cette maladie, la plupart croient voir un spectre blanc qui les suit partout, comme l'ombre fait le corps.

Lorsque nous étions en quartier chez les Valaques dans le Banat de Temesvar, deux cavaliers de la compagnie dont j'étais cornette moururent de cette maladie, et plusieurs autres qui en étaient encore attaqués en seraient morts de même, si un caporal de notre compagnie n'avait fait cesser la maladie en exécutant le remède que les gens du pays emploient pour cela. Il est des plus particuliers et, quoique infaillible, je ne l'ai jamais lu dans aucun rituel. Le voici :

On choisit un jeune garçon qui est d'âge à n'avoir jamais fait œuvre de son corps, c'est-à-dire qu'on croit vierge. On le fait monter à poil sur un cheval entier qui n'a jamais sailli, et absolument noir. On le fait promener dans le cimetière et passer sur toutes les fosses ; celle où l'animal refuse de passer, malgré force coups de cravache qu'on lui délivre, est réputée remplie de vampires. On ouvre cette fosse, et l'on y trouve un cadavre aussi gras et aussi beau que si c'était un homme heureusement et tranquillement endormi. On coupe le col du cadavre d'un coup de bêche, dont il sort un sang des plus beaux, des plus vermeils et en quantité. On jurerait que c'est un homme des plus sains et des plus vivants qu'on égorge. Cela fait, on comble la fosse, et l'on peut compter que la maladie cesse et que tous ceux qui en étaient attaqués recouvrent leurs forces petit à petit, comme gens qui échappent d'une longue maladie et qui ont été exténués de longue main.

Augustin Calmet, Extraits de Dissertation sur les apparitions des esprits, 1751
« Quoi ! c'est dans notre dix-septième siècle qu'il y a eu des vampires ! c'est après le règne des Locke, des Shaftesbury... qu'on a cru aux vampires, et que le R. P. dom Augustin Calmet... a imprimé et réimprimé l'histoire des vampires avec l'approbation de la Sorbonne ! »
Voltaire, Dictionnaire philosophique (1764)
Le cas de Mr Plogojowitz Examen d'un corps exhumé en pays slave.

Rapports et procès-verbaux historiques

D'après le cas de Peter Plogojowitz (rapporté par Michael Ranft) :
Après donc qu'on eut exhumé le cadavre, on trouva que son corps n'exhalait aucune mauvaise odeur, qu'il était entier et comme vivant, à l'exception du bout du nez qui paraissait un peu flétri et desséché. Ses cheveux et sa barbe étaient crus, et à la place de ses ongles qui étaient tombés, il en était venu de nouveaux. Sous sa première peau, qui paraissait comme morte et blanchâtre, il en apparaissait une nouvelle, saine et de couleur naturelle. Ses pieds et mains étaient aussi entiers qu'on les pouvait souhaiter dans un homme bien vivant. On remarqua aussi dans sa bouche du sang tout frais. Dans l'indignation où se trouvaient tous les assistants, on envoya aussitôt chercher un pieu bien pointu, qu'ils enfoncèrent dans la poitrine du vampire, d'où il sortit quantité de sang frais et vermeil, de même que par le nez et la bouche. Après cela, les paysans mirent le corps sur un bûcher et le réduisirent en cendres.

Sprenger, Malleus Maleficarum (Première partie) :
Un de nos inquisiteurs, ayant rencontré une ville devenue presque déserte par une mortalité d'hommes, apprit qu'on attribuait ce fléau au pouvoir d'une femme ensevelie qui avalait peu à peu le drap mortuaire dont elle était enveloppée. On lui dit encore que le fléau de la mortalité ne cesserait que lorsque la morte aurait avalé tout le drap. L'inquisiteur, ayant assemblé tout le conseil, fit creuser la tombe de concert avec le maire de la ville, et l'on trouva que la moitié du suaire était déjà avalé et digéré. À ce spectacle, l'un d'entre eux tira son sabre, coupa la tête au cadavre, la jeta hors de la tombe, et la peste cessa. Après une enquête exacte, on découvrit que cette femme avait été adonnée pendant une grande partie de sa vie à la magie et aux sortilèges.

La chauve-souris par Albert Joseph Penot La chauve-souris par Albert Joseph Penot.

Analyse des croyances et rationalisation

Une étude rigoureuse de ces phénomènes permet d'expliquer l'émergence de telles superstitions par plusieurs facteurs scientifiques et historiques :

  • Des inhumations précipitées à la suite de phénomènes cataleptiques ou d'épidémies hautement contagieuses.
  • Les croyances relatives à la malveillance supposée de certains défunts.
  • Le cas particulier des suicidés, dont les communautés villageoises se sentaient moralement responsables.
  • La conservation surprenante et « miraculeuse » de certains cadavres due à des sols riches en arsenic ou en minéraux spécifiques.
  • La porphyrie, anomalie métabolique provoquant des rétractations de la gencive et des altérations dentaires alimentant le mythe.

Documents Vidéo & Conférences

Miniature vidéo 1 Histoire et Mythes du Vampirisme

Analyse des origines historiques et folkloriques des créatures de la nuit.

Miniature vidéo 2 L'Inquisition et les Revenants

Plongée dans les archives des procès faits aux défunts au XVIIIe siècle.

Miniature vidéo 3 Dom Calmet et le Traité des Vampires

Étude critique du célèbre ouvrage théologique sur les apparitions et revenants.

Miniature vidéo 4 De Vlad Tepes à Dracula

De la figure historique du voïvode roumain au mythe littéraire universel.

Miniature vidéo 5 Superstitions et Terreurs d'Europe Centrale

Récits de cas documentés de vampires en Hongrie et en Moravie.

    Bibliographie :


  • Andriesco, Ioana - Où sont passés les Vampires, 1997
  • Ambelain, Robert - Le Vampirisme
  • Bonaparte, Marie - Deuil, nécrophilie et sadisme - Revue française de psychanalyse, Tome 4, 1930
  • Calmet, Augustin Dom - Traité sur les apparitions des esprits, et sur les Vampires, ou les revenants de Hongrie, de Moravie, 1751
  • Collin de Plancy - Dictionnaire Infernal, édition princeps, 1818
  • Finné, Jacques - Bibliographie de Dracula, 1986
  • Gaita, S. - Essais de Sciences maudites, 1818
  • Goens, Jean - Loups-Garous, Vampires et autres monstres, 1993
  • Lancelin, Charles - Le ternaire magique de Satan, 1905
  • Marigny, Jean - Le Vampire dans la littérature Anglo-saxonne, 1985 ; Sang pour sang, 1993
  • Penrose, Valentine - La Comtesse Sanglante, 1962
  • Volta, Ornella - Le Vampire, la mort, le sang, la peur, 1962
  • Villeneuve, Roland - Loups-Garous et Vampires, 1963 ; Le musée des Vampires, 1976

Tu as un ami dans le Vampire.
Maldoror

heresie.com

remonter

© Heresie.com