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Préparation de têtes humaines chez les cannibales

Les indigènes de la Nouvelle-Zélande conservent quelquefois les têtes de leurs ancêtres et de leurs défunts, mais c?est dans l?intention pieuse de payer à la mémoire des morts un tribut de respect et d?admiration, de montrer ces restes vénérés aux parents et aux amis absents au moment du trépas, et de pouvoir, à certaines époques fixes de l?année, célébrer en leur honneur des cérémonies funèbres empreintes d?une profonde solennité.

Le mode de préparation de ces trophées funéraires, chez les Maoris, prévient non seulement avec le plus grand succès la décomposition organique, mais assure également un état parfait de conservation aux traits individuels du visage, figeant à jamais l'expression du guerrier.

« Ces têtes ainsi préparées sont de véritables monuments de famille, des archives vivantes où la physionomie de l'aïeul se transmet à travers les âges, bravant l'outrage du temps et la corruption de la tombe. »
— Chroniques ethnographiques du XIXe siècle

Voici le procédé minutieux employé dans cette circonstance :

Quand la tête a été détachée du tronc avec une précision funèbre, on brise avec une pierre dure ou un bâton sacrificiel la partie supérieure du crâne ; on vide entièrement la cervelle, et l?on lave la cavité osseuse à diverses reprises, jusqu?à ce qu?elle soit entièrement nettoyée de toute matière. On plonge alors la tête dans l?eau bouillante pendant quelques minutes, ce qui fait disparaître tout l?épiderme. On a le plus grand soin, pendant cette opération délicate, de ne point toucher à la chevelure, car elle tomberait aussitôt ; mais lorsque la chevelure est refroidie, elle reste attachée et fixée au cuir chevelu avec une force bien supérieure qu?auparavant.

De petites planchettes de bois sculpté sont placées avec art des deux côtés du nez afin de lui conserver sa svelte andrographie naturelle ; un autre petit coin de bois est, en outre, introduit dans les fosses nasales pour empêcher qu?elles ne s'affaissent ; enfin, on bourre hermétiquement les narines avec du lin fin.

On arrache les yeux : s?il s?agit de ceux d?un grand chef ennemi, on les consomme rituellement lors de festins sacrés ; on les jette avec mépris dans tout autre cas. On coud ensuite soigneusement la bouche et les paupières avec des fibres végétales, afin qu?elles ne perdent point leur aspect ordinaire et gardent cette impassibilité hiératique.

D?avance a été creusé dans la terre une espèce de four primitif que l?on remplit de pierres soigneusement rougies au feu. Ce four, hermétiquement clos de tous côtés, ne présente qu?une ouverture unique pratiquée au sommet, et à laquelle s?adapte parfaitement la base de la tête.

Les pierres ardentes sont arrosées d?eau tiède aussi souvent que cela est jugé nécessaire : il en résulte une vapeur dense qu?augmentent encore des feuilles aromatiques imbibées d?eau que l?on a introduites au fond du four. La chaleur et la fumée pénètrent ainsi lentement dans l?intérieur de la tête, dont la base obstrue l?ouverture.

Pour entretenir cette étuve mystique, on renouvelle fréquemment les pierres incandescentes et l?eau jusqu?à ce que cette alchimie mortuaire soit parachevée. L?artisan préposé à cette tâche redoutable doit veiller constamment à ce qu?il ne se forme point de ride disgracieuse sur le visage, passant et repassant sans cesse ses doigts experts sur l?épiderme tanné afin de prévenir toute altération des traits.

Ce procédé long et rigoureux pour conserver les têtes humaines exige en moyenne vingt-quatre à trente heures de surveillance continue.

Quand la tête a atteint le degré voulu de dessiccation et de préparation, on la retire du feu, on la fixe solidement au sommet d?un bâton rituel et on l?expose aux rayons ardents du soleil. On oint fréquemment ces trophées avec des huiles odoriférantes, bien que cette dernière condition ne soit point toujours jugée indispensable.

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Journal des voyages - 18/08/1883

Notice Historique — L'art des Mokomokai

Chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande, les têtes momifiées et tatouées (connues sous le nom de Mokomokai) jouaient un rôle spirituel et social capital. À l'époque des guerres tribales inter-ethniques, la conservation de la tête d'un chef ennemi vaincu constituait le trophée suprême, symbolisant l'appropriation de son mana (force vitale et prestige).

Inversement, conserver la tête d'un proche parent permettait de maintenir un lien tangible avec l'au-delà. Au début du XIXe siècle, l'intensification des contacts avec les Européens mena à un commerce macabre : les colons échangeaient des mousquets contre des Mokomokai, provoquant une recrudescence dramatique des guerres tribales (les « guerres des Mousquets ») jusqu'à ce que le gouverneur britannique interdise formellement ce trafic en 1831.

Conférence & Analyse Vidéo

Histoire du cannibalisme par Roland Villeneuve

Cette exploration approfondie s'appuie sur les travaux érudits de Roland Villeneuve consacrés au macabre et à l'anthropophagie. L'analyse dépasse la simple sauvagerie pour décrypter les motivations complexes de cette pratique à travers l'histoire : de la pure nécessité (famines, naufrages) aux rituels guerriers, magiques et culturels, en passant par les mythes et la perception littéraire de la barbarie.

Sources & Bibliographie

  • Journal des Voyages, « La préparation des têtes chez les indigènes de la Nouvelle-Zélande », édition du 18 août 1883.
  • Ernst Dieffenbach, Travels in New Zealand, John Murray, Londres, 1843.
  • Horatio Robley, Moko; or Maori Tattooing, Chapman & Hall, Londres, 1896 (ouvrage de référence sur les têtes momifiées maories).