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De quelques diableries érotiques d'Eugène Le Poittevin (1806 - 1870)

Figure incontournable et singulière du romantisme noir et de l'illustration fantastique du XIXe siècle, Eugène Le Poittevin (1806-1870) a su explorer avec un brio caustique les marges de l'imaginaire démoniaque. Si son œuvre est vaste — oscillant entre marines réalistes et scènes de genre —, c'est à travers ses redoutables eaux-fortes et lithographies satiriques consacrées aux sorcières, diables et sabbats qu'il livre une vision tout à la fois grotesque et délicieusement érotique des peurs ancestrales de l'Occident chrétien.

« Le démon n'est point seulement un être de flamme et de supplice ; il est aussi l'esprit de la chair, le tentateur facétieux qui s'insinue dans les replis les plus secrets de la faiblesse humaine, transformant le péché en une réjouissance bouffonne. » — Chroniques Démoniaques du XIXe siècle

Dans ses séries graphiques, le Sabbat n'est plus seulement le lieu terrifiant des tourments inquisitoriaux, mais devient le théâtre d'une comédie humaine inversée où les créatures infernales rivalisent de malice avec des mortelles souvent fort peu effrayées par leurs hôtes cornus. L'érotisme s'y mêle intimement au macabre, dans la plus pure tradition de la diablerie romantique, où l'humour noir le dispute à la fascination pour le corps féminin affranchi des dogmes.

Notice Historique : Les Diableries et l'Art Fantastique au XIXe siècle

Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, l'intérêt pour le folklore occulte, les sorcières et les légendes infernales connaît un essor considérable, nourri par le mouvement romantique. Les artistes, fascinés par les gravures de Jacques Callot et les visions de Francisco de Goya, se réapproprient la figure du Sabbat non plus comme un catéchisme de la peur, mais comme un espace de liberté artistique et subversive.

Eugène Le Poittevin, grand ami de personnalités telles que Gustave Courbet et Baudelaire, excellait dans cet art de la caricature macabre et érotique. Ses recueils de diableries ont marqué les esprits par leur insolence et la virtuosité de leur trait, témoignant d'une époque où l'imaginaire érotique et le fantastique diabolique s'entremêlaient pour défier la bien-pensance bourgeoise.

Bibliographie sélective

  • Le Poittevin, EugèneRecueil de Diableries, fantasmagories et scènes infernales, Paris, lithographies originales, ca. 1840-1860.
  • Baudelaire, CharlesLes Fleurs du Mal (notamment les pièces inspirées par les thèmes de la damnation et de Satan), Paris, 1857.
  • Michelet, JulesLa Sorcière, Librairie Internationale, Paris, 1862.
  • Cazalis, HenryL'Art et la Satanisme au XIXe siècle, Revue des Arts Fantastiques, 1885.
  • Praz, MarioLa Chair, la Mort et le Diable dans la littérature du XIXe siècle, Denoël, 1933 (rééd. Gallimard, 1998).
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