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La Lance de Longinus

La Lance de Longinus par Rubens Le Coup de Lance (Pieter Paul Rubens, 1620, Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers)
« Les soldats le couronnèrent d'épines. Il fut flagellé et il reçut la sentence de Pilate, et il fut crucifié au lieu du Crâne ainsi que deux larrons, et on lui fit boire du vin aigre mêlé de fiel, et le soldat Longin lui transperça le flanc de sa lance, et Joseph notre père vénéré demanda son corps, et il ressuscita… »
— Évangile apocryphe de Nicodème

Ces quelques phrases résument à elles seules le début du mythe de la Lance de Longinus, appelée également « Lance du Destin », dont la tradition populaire et mystique décrit qu'elle saigne sans cesse de sa pointe. Le centurion Gaius Cassius, appelé traditionnellement Longinus, était un soldat romain dont le nom restera gravé à jamais dans l’histoire religieuse et occulte.

Celui-ci, chargé de rompre les os du Christ — un supplice d'usage en ces temps reculés —, remarqua que le supplicié avait déjà rendu l’âme. Afin de vérifier son trépas, il décida de transpercer de sa lance le flanc du Christ. En retirant la lame, il fut éclaboussé par un flot d'eau mêlée de sang. Une goutte de ce liquide divin toucha son œil malade et, instantanément, il recouvra la vue. Saisi d'une ferveur soudaine, il s'exclama : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! »

Notice historique : La figure de Saint Longin Dans la tradition chrétienne, le centurion Longinus abandonna l'armée romaine pour se convertir et devint moine en Cappadoce. Sa foi inébranlable lui valut un martyre atroce : ses dents furent arrachées et sa langue coupée. Pourtant, selon l'hagiographie, il continua à s'exprimer clairement. Alors qu'il détruisait des idoles païennes devant le gouverneur, ce dernier perdit la vue à cause des démons libérés des statues. Décapité sur ordre du magistrat, le sang du martyr jaillit et guérit miraculeusement les yeux du gouverneur, provoquant la conversion définitive de ce dernier.

Le Mythe des Pouvoirs Occultes

Baignée du sang du Christ, la Lance de Longinus est rapidement devenue le réceptacle de pouvoirs occultes majeurs, souvent comparés à ceux de l'épée Excalibur dans la mythologie arthurienne. La légende veut que celui qui s'en empare et en comprend les arcanes devienne le maître du destin du monde, capable de façonner l'Histoire pour le meilleur ou pour le pire.

« Quiconque conquiert cette Lance et en retient la possession porte le destin du monde dans ses mains, pour le bien ou pour le mal absolu. »
— Tradition ésotérique médiévale

Charlemagne, Roi des Francs et premier Empereur d’Occident en l’an 800, passa pour avoir remporté ses innombrables victoires militaires grâce à la protection occulte de cette relique. Dans la célèbre Chanson de Roland, la Sainte Lance est d'ailleurs enchâssée directement dans le pommeau de Joyeuse, l'épée personnelle de l'Empereur.

La Sainte Lance du Saint-Empire La Sainte Lance conservée dans la Schatzkammer de Vienne.

Pérégrinations à travers l'Histoire

Le parcours historique de la relique se confond intimement avec les soubresauts des grands empires. En l’an 285, la légende rapporte que Saint Maurice, commandant chrétien de la Légion Thébaine, étreignit la lance au moment de mourir en martyr avec ses 6 666 hommes sur l'ordre du tyran romain Maximilien.

Plus tard, l'empereur Théodose l'aurait brandie pour mater les Goths en 385. La lance quitta Rome en 410, suite au sac de la Ville éternelle par Alaric Ier, avant de passer aux mains des tribus germaniques. Le général franc Charles Martel l'arma lorsqu'il stoppa l'avancée arabe à la bataille de Poitiers en 732, consolidant ainsi la chrétienté occidentale.

Lance de Cracovie Réplique ou variante de la Sainte Lance (Cracovie).

La relique passa ensuite entre les mains d'une longue succession de souverains du Saint-Empire romain germanique. Les inscriptions gravées sur ses fourreaux successifs témoignent de cette haute lignée :

Inscriptions des fourreaux sacrés
  • La bande d'argent (1084) : Ordonnée par l'empereur Henri III, portant la mention : « CLAVVUS + HEINRICVS D(EI) GR(ATI)A TERCIVS ROMANO(RUM) IMPERATOR AVG(USTUS) HOC ARGENTUM IVSSIT FABRICARI AD CONFIRMATIONE(M) CLAVI LANCEE SANCTI MAVRICII + SANCTVS MAVRICIVS » (« Clou et Lance de Saint Maurice »).
  • La feuille d’or (1350) : Ajoutée par l'empereur Charles IV avec l'inscription explicite : « LANCEA ET CLAVUS DOMINI » (« Lance et Clou du Seigneur »).

L'Ombre du Troisième Reich et la Chute de Nuremberg

Au début du XIXe siècle, après la victoire de Napoléon à Austerlitz en 1805, la relique fut transférée à Vienne, au sein de la Schatzkammer (Chambre du Trésor) du palais de la Hofburg. Elle y demeura jusqu'en mars 1938, date de l'Anschluss. Adolf Hitler, fasciné par le mysticisme occulte et le pouvoir symbolique de la relique, exigea son transfert immédiat à Nuremberg, la cité nazie par excellence.

Autre variante de la Lance La Lance d'Echmiadzin (Arménie), autre relique majeure portant la tradition de Longinus.

Dans un curieux écho avec la légende, la possession de la relique par le Troisième Reich sembla dicter sa destinée tragique. En octobre 1944, sous les bombardements alliés intensifs, Hitler ordonna la dissimulation du trésor des Habsbourg et de la lance dans un caveau souterrain fortifié et creusé sous les ruines de Nuremberg.

Le 20 avril 1945, après des combats acharnés, la ville tomba aux mains des troupes américaines. Quelques jours plus tard, des soldats de la 3e armée de l'US Army exhumèrent la relique. Le 30 avril 1945, le lieutenant William Horn prit officiellement possession de la Lance du Destin au nom du gouvernement américain. Le soir même, Adolf Hitler se suicidait dans son bunker berlinois, scellant la chute du régime nazi au moment exact où la relique échappait à son emprise.

Aujourd'hui restituée à l'État autrichien, la relique repose à nouveau dans la Schatzkammer de Vienne, perpétuant le mystère de sa puissance à travers les âges.

Il est à noter qu'il existe à travers le monde chrétien et oriental plusieurs traditions revendiquant la possession de la Sainte Lance authentique : outre celle de Vienne, on dénombre la Sainte Lance d'Étchmiadzin en Arménie, le fragment de Paris conservé à Notre-Dame, la lance de Saint-Pierre à Rome, ou encore les exemplaires d'Antioche, de Beyrouth et de Cracovie.

Bibliographie & Références

  • Voragine, Jacques deLa Légende dorée, Éditions Gallimard, coll. « La Pléiade », 2004.
  • Trevor-Roper, HughThe Last Days of Hitler, Macmillan, 1947 (pour les aspects historiques de la fin du Troisième Reich à Nuremberg).
  • Charpentier, LouisLes Mystères de la Cathédrale de Chartres et l'Épée de l'Univers, Robert Laffont, 1966.
  • Benton, TrevorThe Spear of Destiny: The Occult Power Behind the Spear Which Pierced the Side of Christ, Weiser Books, 1973.
Elisandre
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