La mystérieuse pyramide de Falicon et la Grotte de la Ratapignata
Découverte en 1803 par Domenico Rossetti, un avocat en vacances dans la région, cette pyramide ne cesse d'intriguer depuis plus de deux siècles. Elle a fait l'objet de plusieurs publications majeures depuis celle de son inventeur, La grotta di Monte Calvo (publiée en l'An XII), et bénéficie d'une inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis août 2007.
Portrait de Domenico Rossetti, découvreur de la grotte et de la pyramide (1803).
Géographie et ascension du Mont Chauve
Parmi les sommets des collines qui forment le bassin de Nice, il en est que nous indiquerons comme pouvant servir de but à d'intéressantes excursions. Ce sera d'abord le Mont Chauve au nord, un des plus élevés de ceux qui bornent l'horizon, ainsi nommé soit de la nudité de son sommet conique, soit de l'étymologie du nom de Montcau qui, dans le patois du pays, signifie « mont chaud », parce qu'on a supposé qu'un volcan avait existé jadis dans ses entrailles, circonstance dont il n'existe plus aucun vestige aujourd'hui.
La curiosité, le plaisir, la vue immense, sauvage et sublime dont on jouit le long du chemin et surtout au sommet de cette montagne, y attirent fréquemment un nombreux concours d'étrangers : il faut environ trois heures pour s'y rendre. Le chemin, très accidenté vers le sommet, n'est praticable à cheval que du côté est de la montagne. Les cavaliers sont obligés de prendre la route de Saint-Barthélemy et de Gairaut, ou celle de Cimiez, qui aboutissent aux aires de Saint-Michel ; on traverse ensuite les campagnes de la Bastide et l'on arrive au Montcau en gravissant par Gairaut.
Un spectacle ravissant frappe les yeux du voyageur dès qu'il a atteint les hauteurs de Gairaut ; et plus il monte, plus il est étonné des contrastes et des scènes sauvages qu'offre à ses regards le panorama d'une grande partie de la Provence, avec ses longues crêtes de montagnes couronnées de pics et de pitons. Arrivé au sommet du Montcau, à l'aspect de cette nature presque muette, affectant les formes les plus sauvages et les plus heurtées, à l'aspect de ce vaste et sublime paysage qui se déroule de toutes parts à ses pieds, il se sent amplement dédommagé des fatigues d'une course qui lui avait d'abord paru bien pénible.
À l'ouest, à l'est, au nord surtout, la vue se promène sur un entassement de montagnes, plus sauvages encore et plus majestueuses, dont les sommets neigeux, ou rembrunis par d'épaisses forêts, encadrent d'une ceinture magique ce tableau dont on ne peut détacher les yeux. Vers le midi, le spectateur voit se dérouler à ses pieds, dans toute son étendue, la riante plaine de Nice, avec ses magnifiques coteaux adossés aux collines environnantes, et dont les flancs, sillonnés de nombreux ravins, semblent dans leur éloignement ou se confondre avec la plaine au sein d'une atmosphère vaporeuse, ou se dresser à peine comme les vagues d'une mer agitée.
De tous côtés, en plongeant les regards dans l'espace, on admire sur les coteaux les plus rapprochés le gracieux mariage de tous ces arbres et de toutes ces moissons que les anciens Romains faisaient hommage à Minerve, à Cérès, à Pomone et à Palès. Nice avec son château, la pointe d'Antibes, le phare, la péninsule de Saint-Hospice, le promontoire de Saint-Tropez, etc., placés sur le rivage de la mer, semblent, aperçus de cette élévation, sortir du sein des eaux, tandis que les méandres du torrent du Paillon et du Var, promenant au fond du paysage leurs longs rubans argentés, ajoutent encore au charme et à la fraîcheur du tableau.
La Grotte de la Ratapignata et ses mystères souterrains
Dans le quartier de la Bastide, au-dessus du chemin qui conduit au Montcau, une grotte frappe les yeux du voyageur : on l'appelle la grotte de Falicon ou de Montcau, parce qu'elle est située tout près de ce premier village et au pied de ce dernier mont. Les gens de la contrée la nomment encore la grotta de ratapignata, la « grotte des chauves-souris », parce qu'en effet, elle sert de retraite à un peuple entier de ces mammifères volants aux ailes membraneuses.
Elle plonge dans le roc calcaire jurassique en ligne presque perpendiculaire, à la profondeur de 15 mètres, et l'on n'y peut descendre qu'au moyen de deux échelles fournies par les habitants des maisons voisines. Sa forme est à peu près celle d'une rotonde ; sa plus grande longueur est de 22 mètres, et sa plus grande largeur de 15 mètres. Plusieurs colonnes cannelées, en forme de pyramides rondes et très amincies au sommet, règnent autour et semblent soutenir la voûte. La plus remarquable se dresse presque au milieu, frappant le regard par son élévation et par les cannelures et les incrustations dont l'écoulement et le séjour des eaux ont orné sa surface. Derrière ces colonnes se trouvent d'autres petites cavernes qu'on a qualifiées des noms pompeux de salons, de chambres ou de cabinets à la turque, et qu'on ne peut voir qu'à la clarté des bougies. Lorsque, de dix heures à midi, les rayons solaires pénètrent dans ce souterrain et que la clarté des bougies éclaire les petites cavernes, il y a là des minutes d'enchantement : les colonnes, avec leurs bizarres ornements et les capricieuses stalagmites qui sillonnent les parois, étincellent tout à coup de mille reflets chatoyants d'un charme infini.
Une petite issue qui s'ouvre dans le sol, sur l'un des côtés de la grotte, conduit, dit-on, à une autre caverne d'une grandeur à peu près égale et également soutenue par des colonnes ; elle aboutit à une troisième, plus petite, dans laquelle on n'a jamais pénétré. Les gens du cru prétendent même que, jusqu'à présent, un Anglais seul a eu le courage de descendre dans la seconde avec une lanterne et au moyen de cordes.
