Prologue
Vers la fin de l’année 1404, Gilles de Rais, selon plusieurs historiens, naquit dans la tour noire du château de Champtocé.
Le 28 septembre 1415, le père Guy de Laval décède, confiant la tutelle de son fils à Jean Tournemine de la Hunaudaye, son cousin. Contrairement aux dispositions du testament, c’est son aïeul Jean de Craon qui élèvera le jeune Gilles. Peut-être est-il à l'origine de la folie meurtrière de Gilles de Rais ; on le décrit comme un homme violent, taciturne, calculateur et sans scrupules.
Le 14 janvier 1412, fiançailles de Gilles avec Jeanne Peynel, riche héritière. L’unique but est la captation de sa fortune ; celui qui tire les ficelles dans l’ombre de ces fiançailles n’est autre que Jean de Craon. Au courant de ces étranges affaires, le Parlement de Paris interdisant le mariage.
Le 28 novembre 1417, nouvelles fiançailles pour Gilles, toujours grâce à Jean de Craon ; l’élue est la nièce de Jean V, duc de Bretagne. C’est un nouvel échec.
Novembre 1420 : Gilles kidnappe Catherine de Thouars, sa cousine, avec qui il désire se marier. Le commanditaire de ce rapt n’est autre que Jean de Craon.
24 avril 1422 : mariage public de Gilles de Rais.
1424 : Gilles est majeur et libre de régner sur sa fortune, il écarte peu à peu son grand-père.
1427 : Gilles débute une formidable carrière militaire contre les Anglais. Étienne Corrillaud de Pouzauges, âgé de 10 ans, entre comme page sous les ordres de Gilles de Rais.
28 avril 1429 : départ de Gilles de Rais et de Jeanne d’Arc pour Orléans, la ville assiégée par les Anglais.
Fin de l’année 1429 : la fille de Gilles, Marie, vient au monde.
Début de la prodigalité de Gilles avec la vente du château de Blason. Il n’a que 25 ans et il est l’un des plus grands guerriers du royaume. Maréchal de France, les fleurs de lys ornent son blason, suprême récompense de la part du Roi.
30 mai 1431 : Jeanne d’Arc est brûlée à Rouen.
15 novembre 1432 : Jean de Craon meurt.
Poitou devient le chambrier de Gilles de Rais.
1432-1433 : les crimes débutent...
L'instruction des crimes
Dans cette partie, je traiterai des événements qui ont pu se dérouler selon les minutes du procès dans les demeures du maréchal de Rais. Il convient de préciser qu’il n’existe aucun portrait de Gilles de Rais effectué de son vivant ; tous furent peints bien longtemps après sa mort. De même, sa date de naissance exacte nous est inconnue. Un voile de mystère demeure à tout jamais sur le compagnon de Jeanne d’Arc.
Nous pouvons situer approximativement la date des premiers crimes vers les années 1432-1433. En l’année où Jean de Craon, seigneur de La Suze et aïeul de Gilles de Rais, décéda — c’est-à -dire le 15 novembre 1432 —, la folie meurtrière de ce dernier commença.
À la tête d’un clan d’assassins, Gilles de Rais tuait dans chacune des résidences qu’il possédait : Champtocé, la maison de La Suze à Nantes, et enfin les châteaux de Tiffauges et de Machecoul.
Il dit avoir, pour son plaisir et selon sa volonté, fait tout le mal qu’il pouvait. Tels des monstres assoiffés de sang, les demeures du maréchal de France se refermèrent comme des mâchoires sur de jeunes garçons qui avaient eu le malheur de demander l’aumône.
Vers 1432, Jeannot Roussin, âgé de neuf ans, disparaît alors qu’il gardait des bêtes. Jeanne, veuve d’Améry Eolin, se plaint de la disparition de son fils de 8 ans.
Chaque fois, un même personnage est évoqué : il est vêtu d’un long manteau noir et d’un voile sur le visage. Lors du procès, ce personnage sera reconnu comme Gilles de Sillé, compagnon de Gilles de Rais.
Un second personnage doit être mentionné : il s’agit de Poitou, qui entra au service de Gilles de Rais comme page et devint en 1437 le chambrier du maréchal (il est alors âgé de moins de 20 ans). Il égorgera souvent les victimes pour son maître. Un troisième personnage, le Parisien Henriet Griard, entre au service de Rais et sera mis au courant des agissements du maître par Poitou.
1437 : Gilles de Rais se retire après une carrière militaire exceptionnelle. Maréchal de France et compagnon de Jeanne d’Arc, il goûte au repos dans son château de Machecoul.
Un jeune enfant, le frère du peintre Thierry, disparaît ; c’est Poitou qui charge Henriet de la triste besogne. En octobre 1437, Gilles de Rais demande à Gilles de Sillé d’enlever d’une tour proche de la salle basse de la forteresse les ossements de quarante enfants et de les brûler.
Le 16 juin 1438, Jean Servant et sa femme se plaignent de la disparition de leur fils âgé de 9 ans.
Le 24 juin, un écolier de 12 ans, Jean, fils de Jeanne Degrepie, disparaît lors de la fête de la Saint-Jean.
Le 26 juin, disparition de Jean Hubert, âgé de 14 ans.
Lors du procès, Henriet et Poitou déclarent se souvenir d’avoir livré chacun une quarantaine d’enfants avant de les assassiner pour assouvir des passions sodomites. Il est dit qu’avant de perpétrer ses débauches sur lesdits garçons et filles, et afin d’empêcher leurs cris et d’éviter qu’ils soient entendus, ledit Gilles de Rais les a parfois accrochés de ses propres mains, parfois il les fit accrocher par le cou par d’autres, avec des cordes ou des crochets dans sa chambre. Puis ils les relâchaient, les soulageant, les assurant qu’il n’avait pas voulu leur nuire ou les blesser, mais au contraire, il prétendait vouloir seulement jouer avec eux. De cette manière, les enfants soulagés ne pleuraient plus.
Gilles de Rais faisait démembrer les bambins par des complices, parfois il exposait les entrailles à l’air libre ou écrasait les têtes à l’aide d’une massue armée de clous. La vue du sang portait le maréchal de Rais au plus haut degré d’excitation sexuelle.
Lors du procès, Poitou confirma qu’il ne perdait rien de l’agonie de ses victimes.
Août 1438 : le fils de Jean Fougère disparaît, il était âgé de 12 ans.
En septembre, les fils de Péronne Loessart (âgé de 10 ans) et de Jean Bernard (12 ans) disparaissent.
Octobre 1438 : Perrot Dagaye, âgé de 10 ans, ne donne plus signe de vie. Après que ledit Gilles de Rais a commis ses débauches horribles et ses péchés de chair avec lesdits garçons et filles, il les a tués immédiatement, les rendant coupables de leur propre mort. Parfois ils étaient décapités, tantôt égorgés, quelquefois démembrés et, de temps à autre, leurs cous étaient cassés avec un bâton de bois. Il n’est pas certain que le viol fut de mise, mais plutôt l’accomplissement d’une jouissance perverse devant le supplice des enfants.
En outre, il est dit que ledit Gilles de Rais a parfois commis ses plaisirs avec lesdits garçons et filles avant de les blesser, mais c’était rare ; d’autres fois, il les sodomisait après les avoir accrochés ou avant d’autres blessures ; ou encore, après leur avoir tranché la gorge, il se masturbait sur les veines du cou et sur le sang giclant. Parfois enfin, il les violait alors qu’ils étaient dans la langueur de la mort, mais à la seule condition qu’il y ait encore quelque chaleur dans leurs corps.
Lors du procès, Gilles précisa qu’il avait plus de plaisir au meurtre des enfants, à contempler leurs têtes et leurs membres séparés, à les regarder languir et à regarder leur sang couler, qu’à les connaître charnellement.
Franchissons une nouvelle étape dans l’horreur :
Quand les enfants étaient morts, il les embrassait et désignait à la contemplation ceux qui avaient les plus belles têtes et les plus beaux membres, ensuite il faisait cruellement ouvrir leur corps et se délectait de leurs organes intérieurs. De plus, dit-il, quand les enfants mouraient, il s’asseyait sur leur ventre et prenait plaisir à les contempler mourir tout en riant...
À la fin de cette orgie, les serviteurs nettoyaient le sang frais des salles du château tandis que Gilles de Rais allait se reposer. Les cadavres étaient ensuite brûlés dans une vaste cheminée.
Le 14 mai 1439, un nouveau personnage entre en scène : il s’agit du père Francisco Prelati.
Francisco Prelati
Désespéré de ne pouvoir trouver un alchimiste digne de ce nom pour combler ses dettes colossales, Gilles de Rais fit la connaissance, grâce à Eustache Blanchet, un moine défroqué, de François Prelati.
D’après sa déposition lors du procès, Prelati naquit à Montecatini, dans le diocèse de Lucques. Il entreprit des études religieuses et reçut la tonsure cléricale, pourtant il s’adonna à la géomancie sous l’influence du médecin florentin Jean de Fontanel.
Ces derniers firent, selon la légende, apparaître bon nombre de démons en échange de quelques poules et d’hirondelles. Devant un tel pouvoir, Blanchet fut persuadé que Prelati était l’homme de la situation et décida de présenter cet étrange jeune homme à son maître. Nous n’avons aucun renseignement sur son aspect physique, mais nous pouvons penser qu’il était âgé de 22 ou 24 ans lorsqu’il arriva le 14 mai à Tiffauges en compagnie de l’escorte qu’avait envoyée le maréchal de Rais. Par son intelligence et sa beauté sans doute, il conquit très vite le cœur et le corps de Gilles de Rais.
Devant l’inévitable faillite du maître des lieux, Prelati était l’homme de la providence, mais aussi celui qui allait précipiter Gilles de Rais vers les gouffres de l’enfer.
Pour l’obtention de richesses et d’or, Prelati procéda par trois fois à l’évocation du démon Barron en présence de Gilles de Rais. Bien sûr, le démon ne se présenta jamais devant un seul témoin : ce ne fut qu’en face de Prelati que Barron daignait apparaître...
La grande évocation de Tiffauges
Au début de l’été 1438, peu avant minuit, Gilles de Rais et Prelati, aidés de Gilles de Sillé, d’Eustache Blanchet, d’Henriet et de Poitou (ses complices), tracèrent avec la pointe d’une épée plusieurs cercles où ils inscrivirent des croix et des caractères en forme d’armoiries. À l’intérieur de pots de terre, du charbon brûlait ; ils jetèrent sur celui-ci de l’encens, de la myrrhe et des grains d’aloès. Prelati possédait à ce moment précis un livre étrange relié d’une couverture de cuir noir, composé pour une petite partie de papier et pour l’autre de parchemin ; ce grimoire lui aurait été offert par un certain Breton.
Prelati se plaça au centre du cercle et prononça la formule du livre : « Je vous conjure, Baron, Oriens, Belial, Belzébuth, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, par la Vierge Marie et tous les Saints, d’apparaître ici en notre présence afin de vous entretenir avec nous et de faire notre volonté. »
Ils ouvrirent alors les quatre fenêtres de la grande salle inférieure du château de Tiffauges. Deux heures se passent : rien... Baron n’apparaît pas.
Sur ordre de Rais, le lendemain soir, Prelati répéta l’opération.
L'évocation de Bourgneuf
En compagnie de Gilles de Rais, Prelati et Poitou le chambrier se rendent dans un pré, non loin d’une vieille maison inhabitée située à environ un kilomètre de Tiffauges, dans la direction de Montaigu. Ils portent une nouvelle fois de l’encens, une pierre d’aimant et toujours cet étrange livre de cuir noir. Ils dessinent un cercle et des signes à l’aide d’un couteau, selon les indications du livre.
En dépit de l’interdiction de Prelati, Poitou se signe secrètement. Les invocations commencent, le chambrier entendra plusieurs fois le nom de Baron ; ils restent tous une demi-heure. Tous relatèrent le fait qu’une violente averse débuta lorsqu’ils pénétrèrent dans le cercle, et qu’il s’éleva un vent si violent et une obscurité si grande qu’après l’échec du cérémonial, ils eurent du mal à rentrer au château.
Devant ce second échec, Prelati demandera à Gilles un pacte le liant avec l’enfer : « Viens à ma volonté et je te donnerai tout ce que tu voudras, excepté mon âme et l’abréviation de ma vie. »
Les historiens ne sont pas d’accord quant à la date de rédaction de l’acte : pour certains, il fut rédigé après cette seconde évocation ; pour d’autres, bien avant. Il convient de remarquer que désormais, Gilles de Rais venait d’entrer de plein pied dans le satanisme, ayant signé un pacte démoniaque de son sang.
L'évocation du Serpent
À une date indéterminée que personne ne sera capable de préciser lors du procès, Prelati fit seul une évocation où Baron lui serait enfin apparu. Il lui demanda des richesses au nom de Gilles ; le démon accepta la demande et lui procura une grande quantité d’or en lingots.
Averti par cette réussite, Gilles de Rais voulut voir cet or. Tous deux se dirigèrent vers la chambre de Rais, mais à ce moment précis, Prelati hurla à Gilles de ne pas pénétrer dans ce lieu : un grand serpent de couleur verte, de la grosseur d’un chien, y était apparu. Gilles se sauva pour aller chercher un crucifix contenant une parcelle de la Vraie Croix et revint se présenter à l’entrée de la chambre.
Prelati lui expliqua que le maréchal n’aurait pas dû apporter cette croix ; qu’importe, Gilles pénétra dans la chambre et constata que le bloc de lingots d’or n’était qu’une sorte d’oripeau en feuille de laiton, auquel il ne toucha point.
Ces trois évocations ont un point commun : elles réunissaient à chaque fois le maréchal de Rais et Prelati. Le démon Barron apparut, selon Prelati, bon nombre de fois, mais sans jamais aucun témoin. En août 1439, lors d’une évocation, le démon lui aurait donné une poussière noire sur une pierre d’ardoise. Gilles de Rais l’aurait portée plusieurs jours dans une boîte d’argent, mais il s’en serait débarrassé en s’apercevant qu’elle ne lui était d’aucun profit. À chaque fois, Prelati usa de la naïveté et de la confiance de Gilles de Rais.
En novembre 1439, Prelati prétendit que Baron avait demandé à Gilles de nourrir en son nom trois pauvres pendant trois grandes fêtes de l’année. Gilles ne le fit qu’une seule fois à la Toussaint. Prelati prétendit que c’était là le motif du refus de l’apparition de Barron en présence de Gilles. Une fois encore, l’escroc profitait de la crédulité de son maître.
Pourtant, Gilles persista à vouloir faire apparaître Baron. En présence de Poitou, il mettra même dans un verre le cœur et la main d’un jeune enfant...
L'affront de Saint-Étienne-de-Mer-Morte
Les rapts s’accélérèrent et de nombreux paysans ne purent que constater la disparition de leurs enfants. Gilles de Rais continua inlassablement ses crimes ; il lui fallait à tout prix trouver le moyen de fabriquer de l’or. Au bord de la faillite, il va commettre l’erreur qui le mènera au bûcher.
Le 15 mai 1440, à la tête de soixante hommes, il pénétra dans l’église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte brandissant une hache, hurlant et injuriant Jean le Ferron, à qui il avait vendu la châtellenie de Saint-Étienne-de-Mer-Morte. Gilles de Rais venait de commettre l’irréparable : il avait violé le privilège ecclésiastique et, plus grave encore, provoqué ouvertement le duc de Bretagne.
Conscient de cet acte terrible, Gilles voulut rencontrer Jean V. Sur le chemin, il demanda à Prelati d’invoquer le démon Barron ; ce dernier, en l’absence de Gilles, se présenta recouvert d’une cape violette et confirma que Gilles reviendrait sain et sauf...
Pendant ce temps, une enquête secrète fut déclenchée par l’évêque de Nantes et le chancelier de Bretagne. Les résultats qui s’ensuivirent furent désastreux pour Gilles : la rumeur publique l’accusait de tout. Devant cet état de fait, le duc de Bretagne décida d’en finir avec le jeune maréchal. Le 24 août, le duc autorisa son frère, officier du roi, à s’emparer du château de Tiffauges où Gilles et ses complices s’étaient retranchés.
Fin août 1440, la justice civile prit la décision de procéder à l’arrestation de Gilles en vertu des éléments de l’enquête. Lors de l’affaire Gilles de Rais, le procès ecclésiastique, représenté par l’évêque et le vice-inquisiteur, dura plus d’un mois, tandis que le procès civil fut dirigé par Pierre de l’Hospital en seulement 24 heures.
Le 13 septembre 1440, Gilles fut cité devant le tribunal ecclésiastique ; il était accusé de meurtres d’enfants et d’avoir pactisé avec le démon. Le maréchal et ses complices — Poitou, Eustache Blanchet et le sorcier Prelati — furent arrêtés. Sur le chemin de la prison de Nantes, Henriet tentera de se suicider en s’ouvrant la gorge. Incarcéré dans un vaste appartement à Nantes, Gilles attendra, entre deux prières, le jugement de la cour séculière, devant répondre des meurtres d’enfants et de la violation du privilège ecclésiastique.
Grâce à son statut, son rang et ses titres, pensait-il peut-être échapper à la justice ? Que valaient ces rumeurs face à un maréchal de France ?
Le 19 novembre 1440, les débats s’ouvrirent : 49 articles formaient l’acte d’accusation. Gilles ne reconnut pas la cour comme compétente et vociféra à l’encontre de ses juges les sobriquets de « ribauds » et de « simoniaques ». Les plaignants se succédèrent, accusant Gilles d’être le responsable de la disparition de leurs enfants ; on évoqua dès lors ouvertement les évocations de démons.
Le 15 octobre 1440, coup de théâtre : Gilles accepta la compétence de la cour et reconnut ses crimes, à l’exception de l’évocation du démon.
16 octobre 1440 : témoignage de Prelati.
17 octobre 1440 : témoignage de Blanchet, d’Henriet et de Poitou.
20 octobre 1440 : les juges demandèrent la torture pour Gilles de Rais.
21 octobre : Gilles parla, mais refusa de subir la torture.
Confession de Gilles de Rais : Prelati et Gilles de Rais avouèrent les évocations de démons. Gilles de Rais implora le pardon de Dieu et s’excusa auprès des enfants qu’il avait honteusement torturés.
Le 23 octobre, la cour prononça la condamnation à mort de Gilles et de ses complices Poitou et Henriet.
Le 25 octobre, ce fut au tour de la cour ecclésiastique de condamner à mort Gilles de Rais pour évocation de démons et « d’avoir perpétré le crime et le vice contre nature selon la pratique sodomite ».
Gilles de Rais supplia à genoux, selon la coutume de l’Église, d’être réincorporé dans cette dernière.
Gilles demanda à être brûlé avant ses serviteurs Poitou et Henriet, eux aussi condamnés à mort ; cette grâce lui fut accordée.
Le 26 octobre 1440, Gilles fut pendu et ensuite livré aux flammes. Son corps fut ensuite retiré pour être enterré par quatre ou cinq dames de grand état.
Le corps de Gilles de Rais fut déposé en l’église de Notre-Dame du Carmel de Nantes.
Trois cent cinquante ans plus tard, les révolutionnaires détruiront son tombeau.
Notice Historique : Le contexte du procès (1440)
Le procès de Gilles de Rais demeure l’un des dossiers judiciaires et criminels les plus fascinants et débattus de la fin du Moyen Âge. Il se situe au carrefour de deux justices : la justice ecclésiastique (compétente pour l'hérésie, la sodomie et la sorcellerie) et la justice séculière ou ducale (compétente pour les assassinats et les crimes de sang).
Longtemps, certains historiens (comme Georges Bataille) ont suggéré que Gilles de Rais avait été victime d'un complot ourdi par le duc de Bretagne (Jean V) et le chancelier de l'époque pour s'emparer de ses immenses terres et de sa fortune, d'autant que ses dépenses somptuaires l'avaient ruiné. Néanmoins, les historiens modernes (notamment Jean Heers) rappellent l'ampleur effarante des témoignages concordants et la matérialité des faits : les aveux concordants des complices (Poitou, Henriet, Blanchet) et les fouilles menées dans ses châteaux (retrait d'ossements d'enfants) accréditent la réalité de crimes sériels d'une ampleur inédite.
Notice Historique : De Gilles de Rais au mythe de Barbe-Bleue
La postérité a rapidement amalgamé la figure ténébreuse et criminelle de Gilles de Rais au conte de Barbe-Bleue publié plus tard par Charles Perrault (1697). Bien que Perrault se soit probablement inspiré de légendes locales ancrées en Bretagne autour des crimes du maréchal, la structure du conte s'en éloigne : Barbe-Bleue tue ses épouses successives par jalousie et curiosité morbide dans le cadre du mariage, tandis que Gilles de Rais s'en est pris principalement à de jeunes enfants pauvres et des bergers dans le cadre de dérives sadiques et occultes.
Vidéos sur le sujet
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Bibliographie sélective
- Bataille, Georges - Le Procès de Gilles de Rais, Paris, Pauvert, 1965 (rééd. 1985).
- Bossard, Abbé Eugène - Gilles de Rais, maréchal de France, dit Barbe-Bleue (1404-1440), Paris, Champion, 1866.
- Heers, Jean - Gilles de Rais, Paris, Perrin, 1994.
- Huysmans, Joris-Karl - Là -Bas, 1891 (roman intégrant une évocation détaillée et mystique de la figure de Gilles de Rais).
- Bouton, François - Gilles de Rais, 1404-1440 : Mythe et réalité, Éditions Albiana, 2001.
- Villeneuve, Roland - Gilles de Rais, une grande figure diabolique, Paris, Marabout, 1955.