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Mois : mai 2013 Page 1 of 2

Aime la pauvreté

 » J’aime la pauvreté, balbutia Miss Stiple en pleine transe. Ces belles carcasses épurées de tout espoir, de toute conscience, de toute intelligence, ces bêtes de somme asservies et ni heureuses ni malheureuses de l’être, ces stoïques malgré eux, ces morts-vivants…

– Êtes-vous allée faire quelque séjour mystique en Inde, êtes-vous partie en retraite dans quelque grotte solitaire, êtes-vous rentrée en contact avec l’esprit de Diogène de Sinope?

– Mieux que tout cela, je me suis rendue en un Londres merveilleux, bien plus fascinant que celui des poseurs, prétentieux, pédants, bien-pensants, chrétiens, victoriens… Non, j’ai découvert un Londres peuplé de catins à deux sous, de gamins heureux de patauger dans leur fange au son des orgues de barbarie, de chambres où s’entassent des bestiaux humains, de soumissions parfaites, de miasmes putrides, de vermines, d’innommable sottise et d’incomparable acharnement à faire suivre les jours de peine aux jours d’affliction. Un domaine où rien de l’imaginaire, de la métaphysique, de la transcendance ne peut pénétrer; et mieux que tout : un domaine où le savon est interdit.

– Londres ainsi?

– L’East End, oui!

– Mais enfin, j’ai du mal à vous voir faire le voyage jusqu’en ces contrées.

– Quel matérialiste vous faites, mon ami. J’y suis allée par la pensée. Tenez, lisez cet ouvrage et osez me dire que vous n’avez pas envie d’empêcher l’un des bougres décrits à mettre fin à son calvaire, de toutes manières personne ne s’en souciera, vous passerez pour un héros alors que vous serez un parfait salaud : empêcher une telle épave d’en finir avec son existence. Venez me dire que vous n’avez pas envie de lui jeter les pires détritus et observer ce qu’il serait prêt à ingérer pour remplir son pitoyable estomac. Il y en a quelques-unes, de bonnes expériences anthropologiques ou philosophiques à opérer là-bas, en toute impunité.  »

 

Les bas fonds de Londres

http://www.leseditionsdelantre.com/?p=470

Cette âme ne porte pas de cravate, cet accusé ne porte pas de bras

 » Vous êtes accusé d’avoir assassiné trois personnes, monsieur. Que plaidez-vous?

– Non coupable. Ce que je désirais c’était savoir comment sont vêtues les âmes : je trouve cela étrange que lorsque les fantômes font leurs apparitions spectrales ils empruntent leurs anciennes apparences, alors que l’âme est censée s’être détachée du corps. Qu’à la limite un revenant soit vêtu de son suaire, pourquoi pas, mais un esprit en complet trois pièces…

– L’âme se souvient, commenta quelqu’un de l’assistance avant de se voir réprimander par le juge.

– Monsieur l’accusé, la curiosité ne fait pas de vous un innocent.

– Vous ne comprenez pas : ce que je souhaitais c’était mourir moi-même pour aller constater de mes propres… yeux, si je puis dire. Or mon doigt à ripé. J’arrive à appuyer sur la queue de détente mais le canon n’est jamais assez stable…

– Des doigts qui ripent si vous saviez combien j’en vois, ricana le juge en se tournant vers le greffier qui lui rendit un sourire mesquin. Vous êtes intrigué par l’apparence des âmes, moi je le suis tout autant du nombre d’accusés dont les doigts ont seulement ripé.

– Certes, mais moi, voyez-vous, lorsque je porte des chaussettes mes pieds suent gras, alors il n’est pas rare que mes orteils glissent.

– Fort bien, vous êtes déclaré non-coupable. Mais la prochaine fois que vous tentez de vous suicider, pendez-vous, à moins que vos orteils ne ripent et ne nouent un autre cou.

– J’y veillerai… mais je ne vous promets rien.  »

 

Squames ou peau? Ame ou tombeau?

 » Écrire, écrire, encore et encore, vos imaginations, vos pensées, vos songeries… Et vous les publiez! vous les livrez à des inconnus. Dites-moi, laisseriez-vous des anonymes plonger un œil par la trépanation que l’on aurait opérée sur vous ?

– Allons, si mon esprit n’était que ce cloaque de billevesées… Tout au plus laissé-je quiconque observer mon mouchoir souillé après un rhume de cerveau; la substance de mon âme je la réserve aux vers nécrophages, mais ces vermines sont encore trop gourmets pour oser goûter à cette émétique fange qu’est ma cervelle.  »

 

 

Mircht frumf fer flangüren

 » Mircht frumf fer flangüren!

– Plait-il?

– Je disais, en allemand, que c’est un fort beau château que voilà.

– Mais ce n’est pas de l’allemand.

– Qu’en savez-vous?

– Eh bien parce que je parle allemand…

– Mais tout le monde peut parler allemand, il suffit d’utiliser les pires sonorités et les agencer le plus curieusement possible les unes à la suite des autres.

– Vous n’y êtes pas du tout! C’est une langue tout ce qu’il y a de plus normale, avec vocabulaire, grammaire, conjugaison…

– Duruntin baden… Vous vous payez ma tête!

– Mais pas du tout.

– Alors « Trump der nurmbergen fer lass mich nich und devoyd dun zagen » ne serait, selon vous, pas de l’allemand?

– C’en est encore moins que si vous aviez parlé en espagnol.

– Comment cela pourrait-il être moins de l’allemand que de l’espagnol?

– Parce que l’espagnol au moins est une langue, or vous vous contentez de vocaliser des inepties improvisées!

– Mais je suis pourtant certain que l’allemand c’est justement cela : des inepties improvisées, une vaste plaisanterie pour les gens de mauvais goût; une manière de passe-temps étrange, un jeu verbal.

– Vous m’énervez!

– Durte veite velt?

– Scheiss!

– Ah, vous voyez vous vous y mettez vous aussi. »

Presque la fin de la misanthropie

 » Regardez cette belle personne, elle semble si intelligente et digne, son port altier, sa robe d’un beau noir satiné.

– Avez-vous plongé votre cuillère dans un pot de haschich vendu par les romanichels du bas de la rue? Ces paroles sont si étranges prononcées par vous…

– Je ne vois pas pourquoi, j’ai toujours eu de l’estime pour les chiens!

– Ah, je pensais que…

– Que quoi? que je faisais allusion à ces bipèdes?

– Votre misanthropie finira par vous faire suffoquer!

– Je pense au contraire qu’elle me permet de respirer. »

 

Presque une tenue de misanthrope

 » Puisque vous vous déclarez misanthrope achetez donc cette belle armure russe du début du siècle.

– Il n’y a que les humains qui me dégoutent, ainsi paré les animaux qui n’appartiennent pas à l’espèce honnie se blesseraient en m’approchant; c’est que, voyez-vous, j’aime assez discuter avec les quadrupèdes canin ou félin, or ils apprécient à se faire caresser lorsqu’ils m’écoutent monologuer. Non, décidément je préfère vous acheter une arme à feu!

– Comme il vous plaira, sachez pourtant que nous la proposons en location.

– Hum, j’y penserai en période de fêtes. »

 

Dans la voie lactée

« Que pensez-vous de cette religion qui vénère les vaches?

– Je pense que je serai toujours l’adversaire du démiurge, quel qu’il soit, et donc je prends ceux qui s’inclinent devant les ruminants pour de viles serfs.

– Mais voyons, quel rapport?

– Eh bien les vaches produisent du lait, et dans la voie lactée nous ne sommes qu’un grumeau…

– Arg. Vous et vos syllogismes… »

 

 

De l’impossibilité d’espérer disparaitre

La métempsycose ça n’existe pas, parole d’ancien lièvre!

L’âme purulente

 

Homme volant

« Ceci un homme volant?

– Puisque je vous le dis!

– Pourquoi ce panier de leste?

– Lorsqu’il avait du mou il savait qu’il devait tendre les jambes car le sol approchait.

– Certes, mais n’a-t-il pas senti de mou avant de finir en viande hachée au pied de cette falaise?

– Il faut croire que non car ses jambes sont encore en plutôt bon état… »

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