Archive de novembre, 2013

30
Nov

Extase

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Longtemps mes réflexions sur les dandys infligèrent aux traits de mon visage des rides profondes, des sillons de mépris, des reliefs épidermiques presque haineux, et pourtant quelque chose ne m’était pas tout à fait antipathique : leur volonté de dépasser leur condition (pas la transcender ni vraiment s’en dissocier, mais plutôt se jouer d’elle), de ne pas se soumettre à la norme de la masse. Affection donc fort peu honorable car (dépasser quoi? son apparence?) applicable à nombre de catégories de personnes (et nous savons bien que le monde est divisé en deux catégories : ceux qui ont une arme… et les autres).

Mais après réflexion, qu’importent les apparences : derrière le parfum chimique c’est le même relent nauséabond que celui de l’honnête aisselle du vagabond, derrière les poudres et les cosmétiques c’est le même visage putride que le cuir immonde de n’importe qui, derrière les mots choisis et les aphorismes de poseurs ce sont les mêmes échos creux que ceux des commères, derrière les mets raffinés ce sont les mêmes défécations, dans les tiroirs d’ameublements en bois exotiques richement ouvragés ce sont les mêmes espoirs navrants, sous les hauts chapeaux brossés et impeccables, sous les cheveux peignés et domptés, c’est le même esprit hédoniste et primaire que celui d’un bonobo.

Un œuf pourri est-il moins répugnant parce que sa coquille a été peinte? L’extase esthétique ne suffit qu’à ceux qui n’ont rien d’autre que l’apparence, ceux qui se sont justement pliés aux sens physiques, ceux qui se sont agenouillés devant leur prédestination animale. Honneur aux mangeurs d’ail qui expriment ainsi leur désire de ne se parler qu’à eux-même, honneur à ceux qui se lacèrent le visage pour paraître effrayant et abandonner les soucis du masque, honneur à ceux qui ont choisi quinze mots grossiers pour seul vocabulaire parce que se sont les seuls qui ont du sens, honneur à l’ascète qui a pour bols des crânes humains informes volés dans des cimetières, honneur à celui qui ne connait le nom d’aucun pays et d’aucune capitale mais sait parfaitement la géographie de ses rêves, honneur aux Diogène et aux Pyrrhon qui ont su ne pas laisser de trace dans l’Histoire, honneur aux sâdhus et à ceux qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes.

Ici un dandy pourrait répliquer quelque chose comme une remarque acerbe sur l’honneur, il n’aurait pas tort, cet œuf de Fabergé rempli de pourritures.

29
Nov

ОЗУ доктор!

   Ecrit par : heresie   in Victor Frankenstein

Voici une histoire à la slave. Yра!

« Monsieur, réveillez-vous. Monsieur ? M’entendez-vous ? Ne gesticulez pas autant, cela fait grimper votre tension. Si vous m’entendez clignez des yeux. Ah, vous n’en avez plus, évidemment… Alors si vous m’entendez remuez les lèvres. Ah, cela non plus vous n’en avez plus. Ah ah ! Nous vous avons sauvé : vous vous êtes tiré une balle sous le menton, probablement pour vous suicider ? Étrange et inefficace méthode! L’ogive a traversé la langue, le palais, l’arrière du nez que nous avons dû amputer, un œil (nous avons énucléé les deux par précaution) et le front. Mais pas de soucis… Non, ne vous agitez pas ! Pas de soucis, nous vous avons sauvé.

« Mais, je dois dire, monsieur, que puisque nous vous avons aussi empêché de vous tuer nous sommes allés contre votre volonté. Voilà, désormais que nous vous avons ramené à la vie je place donc une arme chargée dans votre main, tâchez, si vous souhaitez mourir, de mieux viser. Oui voilà, parfait, pressez la détente.

« Ah ah, je l’avais chargé à blanc. Infirmière, nettoyez les brûlures de poudre, jetez-lui de la vodka dans la trachée et mettez ce monsieur en soins, nous lui en avons évité une belle ! Il s’en tire à bon compte : il aurait pu en mourir de son suicide. Yра !»

Et le доктор se rendit à son bureau pour se faire une injection narcotique car, comme l’a écrit Boulgakov : « L’homme ne peut travailler normalement qu’après une piqûre de morphine ». Et tout fut au mieux car de mélancoliques chants hurlés par des cavités difformes et ivres glissaient sur les neiges des steppes de la grande et éternelle Russie.

28
Nov

Je vous apporte la joie

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Allons mon ami, que se passe-t-il? Vous avez si mauvaise mine…

– Je… Je ne sais pas.

– Mais bon sang ressaisissez-vous : dans le monde des enfants meurent de faim, des femmes sont battues, des nouveaux-nés arrivent difformes à moitié crevés, des moribonds expirent encore et encore sans arriver à mourir. Ah voilà le sourire vous revient.

– Oh oui, continuez, continuez! Parlez-moi de chats écrasés, de chiens enchainés toute leur vie, de forêts abattues au nom du développement économique, décrivez-moi des usines vomissant des acides dans les rivières pour que tout le monde soit heureux de se lever tôt participer à l’industrie. Et les bagnards condamnés à tort, racontez-moi!

– Je vous raconterai pendant que nous irons à la morgue admirer les familles qui découvrent un frère, un fils ou un père mort. Nous glisserons des rats bien excités dans les cadavres, cela sera amusant. Ensuite nous placerons discrètement un objet volé dans la poche d’un jeune homme de bonne famille et nous alerterons la police.

– Vous êtes un si bon camarade! »

 

 

27
Nov

Des plumes transcendantes

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Gontran le faisan n’était pas admiré parce qu’il savait tenir de longs discours assommants, il n’était pas non plus observé pour la beauté de son vol ni son endurance, pas plus qu’on ne vantait ses atours sans prestance. En vérité personne sinon les chasseurs les moins myopes et les vers qu’il picorait ne le remarquaient. Mais un jour Gontran trouva un paon fraichement mort, tout juste roide, à peine le ventre grouillant de cocasses mouches zozoteuses, et notre ami se dit : « Si je lui prenais ses plumes à ce vantard de paon, je serais enfin quelqu’un que l’on contemple, si à mon cul j’avais des yeux je pourrais voir les autres m’admirer. » Ainsi fut dit ainsi fut fait, le faisan planta des plumes de paon à sa queue, il en imita le braillement et adopta l’arrogance de circonstance, et effectivement tout le monde se mit enfin à le remarquer, ce faisan à la roue colorée. Et enfin le faisan fut heureux avec ses nombreux amis avides de belles apparences et toujours prolixes en éloges.

C’est que pour paraitre original il importe peu de l’être intérieurement. Personne ne se soucie de l’esprit puisque personne n’en a (on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. On ne peut rire des éclopés avec un handicapé… On ne peut rire des sots avec qui que ce soit). Mets-toi un anneau dans le nez pour paraitre un bœuf, orne ton cul de plumes étranges pour paraitre un paon, encorne ton nez pour paraitre une licorne ou un rhinocéros, porte tes binocles pour paraitre lucide et curieux, nul ne remarquera le subterfuge.

 

Voyez-vous le bonheur des fables c’est que dans le merveilleux elles instillent du non-rêve, de la réalité. Ah! mais que c’est bon de ne jamais pouvoir s’extraire du monde, de rester enchaîné à notre condition. Cela me donne envie de me déguiser en dronte et d’aller courir en forêt pendant la saison de chasse en narrant quelques fables…

 

25
Nov

Passé dans le futur

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Death to light, to law, to love!
Cursed be moon and stars above!
May darkness everlasting old
That waits outside in surges cold
Drown Manwë, Varda, and the sun!
May all in hatred be begun,
And all in evil ended be
In the moaning of the endless Sea!

 

23
Nov

Plénitude

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Sois mort et tais-toi! suppliait le gardien du cimetière à un vampire qui hurlait dans son mausolée.

22
Nov

Perdu : beau château. Récompense offerte.

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Prouvez qu’internet est un réseau efficace et fantastique : j’ai perdu mon château, aidez-moi à le retrouver.

La dernière fois que je l’ai vu il était sur sa montagne habituelle, entouré de bois éternellement automnaux où coulent de nombreuses rivières où vont s’abreuver des meutes de loups (qui ont aussi disparu). Il est plutôt grand, médiéval mais restauré avec goût et aménagé à neuf en 1883. Dans les oubliettes de nombreux spectres font grincer leurs chaînes. Le jardin d’hiver, le laboratoire, les bibliothèques hantées, les douves empoisonnées, la salle de pendaison, mon trône, le donjon astronomique, la crypte maudite, les passages secrets menant aux oubliettes et aux souterrains, le puits relié à Agartha, la salle d’arme tendue de tapisserie retraçant l’histoire de Zothique, les collections de crânes et de momies, le grand orgue et l’autel taillé dans une obsidienne sacrée et de l’onyx maudite, le labyrinthe aux murs en squelettes humains, la salle de vivisection et de nécromancie, l’opéra taillé au précambrien par des entités inconnues, les cabinets de curiosités, les alcôves aux rideaux en velours imprégné d’absinthe, le lit à baldaquin et à colonnes taillé dans la croix du christ et tendu de son suaire dans la chambre à pignon seulement éclairé par une fenêtre hyadéenne à verre de Leng, la salle d’études goétiques dont les murs sont décorés de pages originales du necronomicon, la geôle où sont tenues enfermés des divinités de plusieurs religions, les jardinets de la sorcière et du druide attitrés du château, et même le vieux cimetière attenant, tout s’en est allé! Cette petite masure de 218 pièces me servait certes plus ou moins de débarras pour mes palais mais désormais que je ne l’ai plus… cela me manque.

Le castel est reconnaissable parce que c’est le mien, la face Ouest donne sur la fin-du-monde et sur les remparts Sud une hache et une épée sont plantées à jamais; derrière les douves Est une tour délabrée avec un escalier intérieur qui… enfin n’y entrez pas. J’en possède bien entendu d’autres mais celui-ci j’y tiens, donc merci donc de me le rendre. Surtout dépêchez-vous : j’avais placé de jeunes femmes dans des vierges de fer et j’ai peur que les pointes de métal rouillent avec le sang. Au choix une servante ou un valet de pied sera offert à celui ou celle qui me le rapportera.

Je ne sais pas s’il a été volé ou si quelqu’un l’a pris par erreur, ou peut-être une baba-yaga l’a pris pour son isba et lui a ajouté des pattes de poules pour l’amener dans les bois avec elle, toujours est-il qu’il n’est plus là où il devrait…

 

 

21
Nov

Scorpion Flower

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Curse the day, hail the night
Flower grown in the wild
In your empty heart
In the breast that feeds
Flower worn in the dark

Surrender tears to your mortal act
Flower cursed be thy fruit
Of your courage last
Of your grand final

19
Nov

Decadentisme

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Certains pensent que la décadence consiste à mimer la pédérastie frénétique, la préciosité ovarienne, à s’orner les lèvres du sang bien carmin d’un taureau mis à mort par trois prêtres défroqués vêtus de robes en peau de crocodile, à se pommader une fine moustache d’italien à la graisse de truie gavée de fœtus dans un monastère, à s’huiler les cheveux d’ichor de putois, à cracher des inepties d’autant plus incompréhensibles qu’elles paraitront profondes. Le décadentisme consisterait-il donc à planter des plumes de paon dans un étron? Le décadentisme consisterait-il donc à affirmer sa virilité en molestant un nain ligoté et à moitié crevé? Le décadentisme passerait-il donc par la provocation en duel de son reflet sous les applaudissements de poseurs bientôt passés de mode et remplacés par d’autres idoles putrides? … Eh bien, en définitive, oui…

Mais qui s’en soucie? Pourvu que cela puisse, à soi, éviter les affres de la pensée où conduit le désœuvrement, l’individu sera toujours prompt à s’inventer des courants dans lesquels se noyer, et plus ces courants paraitront pires que leurs prédécesseurs plus il croira qu’ils sont innovants et préférables, alors que, soyons lucides et honnêtes, cela fait bien longtemps que sous le limon on stagne… La décadence ne change ni de masque ni de visage, depuis l’aurore de la civilisation elle reste l’art de déguiser son animalité en perversités supposées raffinées. Je ne sais plus distinguer des paysans festoyant à une foire aux bestiaux de bourgeois accueillant un artiste en vogue dans une soirée mondaine.

Mais même les prudes, sous d’autres influences, sont de la même trempe, les mêmes pervertis, les mêmes répugnants monstres sous leurs masques de chairs immondes.

Il me semble que la fin-de-siècle a débuté il y a des millénaires, et qu’elle ne cessera pas de sitôt. Il me semble que bien et mal, chute et élévation, transvaluation des valeurs et conservatisme, sont mêmes choses.

 

Politique, commérages, emploi, architecture, opéra, parade, défilé de mode, éducation, scolarisation, phtisie, homéopathie, avant-garde, puritanisme, voyage…

17
Nov

Comment réagir face à un chien agressif

   Ecrit par : heresie   in Non classé

J’ai lu bon nombre d’inepties sur la manière d’agir face à un chien agressif ou inconnu. Voici de vrais conseils éprouvés et utilisés par les spécialistes :

 

Se mettre à genoux et agiter les mains très rapidement, ne restez pas inerte et n’ignorez pas le chien, vous devez le déconcerter.

Hurler d’une voix aigüe en soutenant le regard du molosse.

Surtout si vous vous sentez mal à l’aise montrez-le, soyez honnête avec le chien inconnu, montrez votre peur, il aura de l’empathie.

Montrez-le du doigt en riant. Si cela ne semble pas faire effet partez en courant en ligne droite puis faites demi-tour et chargez le chien, celui-ci prendra peur et s’en ira sans demander son reste.

Aboyez, grognez, surtout face à un molosse, et tout en vous montrant belliqueux attrapez-lui une oreille et grondez-le en lui soufflant dans le museau.

Surtout si un chien se montre agressif puis vous tourne le dos ne le laissez pas partir, c’est une ruse, tirez-lui très légèrement la queue en criant puis agitez les mains!

Il y a hélas un constat statistique (et naturel) qui s’impose : les hommes sont moins victimes d’agression de chiens, pour la simple et bonne raison que leurs glandes diffusent des phéromones particulières. Si vous êtes un homme, surtout si vous êtes acculé par plusieurs chiens, baissez tout simplement pantalon et tout linge afin d’exposer vos parties génitales à la meute. S’ils ne réagissent pas approchez votre bassin de la gueule du chien dominant, ne craignez rien, ils agissent ainsi entre eux.

Si un chien que vous ne connaissez pas est seul ne l’évitez pas, bien au contraire, foncez-lui littéralement dessus, il s’écartera et vous saura hardi et vous pensera invincible. Mieux : si vous avez des poches cachez vos pattes dedans et au moment de le dépasser faites semblant de lui jeter quelque chose au visage pour le faire reculer. Attention toutefois : cette technique ne s’applique pas aux petits chiens du type jack russell.

 

N’hésitez pas à vous entrainer régulièrement car ce sont des réflexes à acquérir, ils ne sont pas naturels et vous devez vous familiariser avec. Sautez par exemple la clôture d’une propriété où il y a des chiens de garde, un conseil cependant : ne commencez pas tout de suite à vous entrainer face à des caniches, préférez des bergers allemands ou des rottweilers, déjà bien plus sensibles aux conseils donnés plus haut.