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Mois : décembre 2013 Page 1 of 3

Paréidolie à cuire

« …Et la femme toute de velours noir vêtue, portant une couronne de jasmin, s’avance près de l’autel avec une pudeur de profanatrice. L’on peut remarquer qu’elle a bu de la potion magique, probablement à base de belladone ou quelque alcaloïde analogue car ses pupilles sont dilatées. Tout autour les montagnes se sont inclinées, presque disloquées par l’augure effroyable que représente la venue de cette dame mystérieuse. Des corbeaux se sont entretués après s’être repus de cadavres de loups pendus à des chênes morts. Et là… la Lune s’est brisée et dans sa mélancolique hémorragie elle hurle des…

– Moi je ne vois que deux rayures perpendiculaires gravées sur ce grain de riz…

– C’est du symbolisme, mon cher, regardez mieux et vous verrez !

– Hum, Miss Stiple, je crois qu’à ce compte-là je veux finalement bien de votre tabac à priser mésopotamien… »

Tératologie élémentaire

Peu seront nombreuses les personnes réfléchies qui n’affirmeront pas que les seuls bipèdes avec qui il est agréable d’entretenir un dialogue sont les oiseaux et les enfants. C’est en discutant avec l’un de ces derniers que ces paroles furent échangées :

« Pourquoi les dames elles portent des chemises qui font voir le dessus et le milieu de leurs nénés?

– Euh, je ne sais pas. Et toi tu sais? fis-je comme font les adultes en feignant ce qu’ils sont : ignorants.

– Pour dire qu’elles sont des filles.

– Oui, peut-être, mais ça on le sait déjà, on le voit à leur visage.

– Ah oui… Alors c’est parce qu’elles ont un nez entre leurs nénés! Si elles n’ouvrent pas leur t-shirt leurs nénés ils meurent parce qu’il ne peut pas respirer!

– Tiens, oui, peut-être, il faudrait vérifier…

– C’est pour ça aussi qu’elles doivent porter des jupes, elles ont un nez aussi à la place de notre bip, ou alors c’est pour que le bébé dans leur ventre ne s’étouffe pas. »

Que faire alors? Expliquer à cet enfant qu’il a raison et que les femmes sont des monstres à trois nez?

« Ou alors c’est parce qu’elles ont chaud, tentai-je.

– Mais les filles ça a toujours froid. »

Saperlipopette, les gamins… toujours à avoir réponse à tout. Alors c’est qu’il a raison : les femmes ont probablement trois nez, sinon pourquoi agiraient-elles ainsi? Je vais mener l’enquête!

Peut-on s’émanciper sans s’émansliper?

Papier hygiénique libérateur

« Miss Stiple, quel étrange rouleau vous tenez entre vos mains.

– C’est du papier hygiénique.

– Mais à quoi cela sert-il? Est-il imprimé à l’encre invisible, recèle-t-il des caractères magiques lavant l’âme de ses souillures?

– C’est bien plus prosaïque que cela : ce papier remplace la fonction finale des journaux et des mauvais livres.

– Ah je vois…

– Mais ce n’est pas que cela! Avec lui se dessine l’augure d’avancées technologiques incroyables :auparavant nul industriel n’osait commercialiser les tablettes numériques car le besoin de papier à double usage (lecture et essuyage) était trop impérieux. Désormais, avec ce papier à usage unique enroulé sur tube cartonné, plus besoin de se fournir en librairie ou en kiosque.

– Mais cela n’a pas de sens : les tablettes numériques ne sont pas encore inventées, elles ne le seront que dans une centaine d’années.

– Mais quel rabat-joie vous êtes, mon pauvre. Vous, monsieur je-sais-tout, allez vous défaire de votre science et prenez ce rouleau avec vous, vous en aurez besoin. De plus si les tablettes numériques ne seront inventées que dans un siècle, comment les connaissez-vous?

– Hier nous avons bu du soma de valériane mêlé à du jus de bretzel et vu l’avenir dans votre boule de cristal à projection cinématographique.

– Ah oui, c’est vrai… Oh et puis zut, vous m’énervez! »

 

Faites-vous tondre – Hurler en silence

Enfant nous demandons « pourquoi? ». Adulte nous nous disons « pourquoi pas? ». Par l’action nous acceptons de voir le monde avec les yeux de la communauté en affirmant nos personnalités avec les attributs acceptés dans l’enclot où nous broutons notre herbe.

Habitants du 21° siècle, oserais-je vous inviter à vous pencher sur les expériences de Asch, de Milgram, de Rosenhan? Probablement pas, car au fond rien ne changerait : la raison n’a qu’une durée de vie limitée, tout s’oublie bien vite dès lors que l’on retourne dans son troupeau après avoir songé seul.

« Beh, les autres sont des moutons.

– Beh, nous non.

– Beh, en effet, beh, nous ne sommes pas comme eux, beh. »

De l’autre côté de la clôture un nouvel enclot… Mais plus ça ira moins nous demanderons « pourquoi? », lorsqu’un congénère nous dira « beh » nous répondrons « pourquoi pas… » Tous ces enfants aux joues rougies par les gifles seront toujours plus libres qu’un adulte qui croit décider de sa destinée. Le crève-la-faim qui, avec une mine à la fois perplexe et moqueuse, refuse de se nourrir lorsque l’on veut lui troquer un quignon de pain contre un peu de jardinage sera toujours moins affamé qu’un laborieux au ventre bombé gouttant la sueur.

Extraits choisis du chapitre Sur les chemins chassés du livre Vibrations de l’inertie de Andrey Antreyov Topalovicth

*

Ce n’est pas vraiment que je sois fier de ne rien comprendre à ce(ux) qui m’entoure(nt) – tout le monde en est, après tout, au même point – c’est que je danse ma propre valse plutôt que tournoyer avec la masse au son des barbaries de l’orgue, c’est que je bois mes propres liqueurs et vomis mes propres inepties plutôt que baver les absurdités communes sous prétexte de m’être enivré des mêmes cocktails que mes voisins de prison. Une gueule de bois de trente ans plutôt qu’une gueule de con du même âge.

Extrait des Litanies Sulfuriques de Moi Moisov Moisitch

 

 

Asservis

« C’est très précisément lorsque notre emploi devient un accomplissement que l’on devient un asservi.

– J’aurais deux objections à votre assertion : 1) Pourquoi lorsque l’on fait de l’une de ses passions un emploi serait-on plus asservi que si cette passion était restée sans salaire? 2) Nous sommes tous asservis dès lors que l’on est citoyen.

– Je vous répondrais ceci : 1) Le salaire corrompt la passion, nécessairement. Par exemple voyez tous ces écrivains qui au lieu d’écrire leur imaginaire ou leur pensée vont écrire ce que leurs lecteurs réclament, il n’y a plus la passion d’écrire, seulement la passion des autres; la passion initiale est corrompue. Idem pour les peintres qui finissent par devenir portraitistes, employés par les marchands d’art. Idem pour les compositeurs qui élaborent des paysages musicaux pour d’autres oreilles que les siennes, etc. Idem pour tous ces rêveurs qui, pour quelques ronds métalliques permettant de lécher les vitrines depuis l’intérieur des boutiques finissent par abandonner leur liberté passionnée, leur temps, le silence, la solitude, les choix… 2) Nous sommes certes tous asservis, mais, moi, je partage l’idée qu’il faut philosopher au marteau, sauf que je pense que lorsque l’on fait ainsi il faut aussi avoir des clous dans l’autre main. Au moins je ne serai plus asservi aux sons modulés par les langues et les gorges, à commencer par la vôtre.  »

Extrait des dialogues du Manifeste Disparitionniste de Norbert Zéphyr

 

L’art de ne rien faire en étant bruyant

Sa couronne mortuaire telle une auréole funèbre. Ses yeux fixes ne cherchaient plus rien car il y voyait. Mais qu’entendait-il?


Bas les masques

Seuls les fous vont tenter de récupérer leurs cris lorsqu’ils ont hurlé leur désespoir ou leur vésanie. Laissons aller les pages et les imaginations, à bas les masques, brûlons même notre visage, tout cela n’importe absolument pas. Pas même le rien importe.

Ne manque-t-il pas des racines au sapin dans votre salon? Est-ce que tout est ainsi, à reposer sur des socles absurdes et artificiels, bons à jeter, de simples décors pour la grande mascarade?

Menstruations avortées

Nous sommes tous des menstruations tardives, de 9 mois dégénérées, des croûtes de sang, des pertes blanches, noires, marrons, poilues, imberbes… Des menstruations corrompues par quelque pourriture exogène, voilà ce que nous sommes, nous, tous les animaux.

Bon anniversaire I.N.R.I… ou pas!

 

 

Astuce du jour : Parents, si vous ne voulez plus perdre vos enfants, clouez-les à une croix, ils y resteront jusqu’à votre retour.

Ma patte à couper

Je mets ma main à couper qu’Alice ne s’enchainera jamais à cette maturité qui transforme les fertiles rêves en de stériles déserts

 

*

Ma patte à couper que les gens ne changent pas : ils disparaissent.

*

Ma jambe à couper que je remporte cette manche

*

 

Ma patte à couper que jamais je ne troquerai ma liberté d’esprit ni mon honneur intime contre de l’estime d’autrui.

Changer le monde en le faisant danser

« Et si nous allions changer le monde?

– En bien ou en mal?

– Posons la dynamite, nous verrons bien ce que ça donne. De toutes  manières en bien ou en mal le monde ne change jamais vraiment, toujours les mêmes faces de hareng pour parlementer. Ce qu’il faut c’est faire danser les gens, les envoyer valser, et pour cela quel meilleur moyen qu’une explosion? »

On ne le répètera jamais assez : il n’y a rien à répéter, seulement à faire péter! De toutes manières tout le monde se plaindra toujours, pourquoi donc se donner la peine de tenter de changer quoi que ce soit si ce n’est pour que tout le monde soit toujours aussi déçu, déçu de manière différente mais toujours déçu, toujours le même râleur grégaire au sein du même troupeau, toujours les mêmes imitations chantées d’étourneau? Formons un orchestre d’artificiers et faisons danser le tsar et tous ses successeurs, les politisés, les moutons de concerts, les morts-vivants de salons, les philanthropes, les associations, les groupes de mégères, les prophètes, les institutions, les chercheurs, les perdus, les perdants, les gagneurs; pourvu que ça valse, tambourinons! Explosons la glace des fleuves où ne vont pas danser les endimanchés mais seulement divaguer, explosons les ponts où roulent les tonneaux de kvas, les isbas où roulent les familles ivres,  explosons les litanies saintes, les répétitions impies, les gants de mirliflores, les inlassables sifflements du vent, garnissons les samovars de liquide nihiliste, faisons gober des bâtons explosifs aux hommes de trop ainsi qu’aux hommes de moins, et plaçons des bocaux de la sainte trinitrine près d’un souffle d’explosion, explosons l’explosion, que s’écroule l’arbre qui soutient le monde.

 

Extrait du journal d’un « superflu » comme se nomment entre eux les russes du Club des amis de la trinitrine

 

 

 

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