Archive de janvier, 2014

31
Jan

La sagesse des anciens

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Trouvé dans un vieux livre :

Le meilleur moyen de déterminer si un individu est d’essence vampirique est de procéder à une transfusion sanguine : introduire un litre de son sang dans les veines d’une jeune vierge. Si elle trépasse c’est que le donneur a la mort en lui.

Le brezel est d’essence blasphématoire : il sous-entend que le Christ avait des pellicules salées et la peau basanée.

30
Jan

Etranger

   Ecrit par : heresie   in Non classé

On pensait qu’après la Fin-de-siècle ce serait la Belle-époque… Aucune époque n’est belle : il faut aller au-delà de la Fin-du-monde, au-delà de la Fin-de-vie pour trouver le Bon-temps.

Il n’y a aucun rêveur qui a sa place en ce monde ici-bas. Qui s’en contente et s’en félicite, qui s’y complait et s’y emploie, n’est qu’un dormeur bercé de malheureuses illusions, un enfant qui patauge dans les égouts et qui est fier d’avoir trouvé un fragment de songe souillé de fange, parce qu’il ne sait pas ce qu’est le véritable rêve.

Pourtant je lance un appel à tous les rêveurs : faisons la promotion de la réalité! Car aussi infini soit-il, l’Imaginaire, s’il venait à se trop se peupler, deviendrait invivable; ce havre de paix doit rester un lieu à faible densité de population.

Usons d’arguments aussi basiques que ceux à qui ils sont destinés (puisque les individus sensés ne vivent pas à proximité les uns des autres dans l’Imaginaire mais construisent leurs propres landes au-delà des frontières oniriques déjà connues, c’est aux troupeaux que nous devons adresser nos ruses) : expliquons que l’on ne rêve que lorsqu’on ne s’aime pas soi-même; si on est beau on n’a pas besoin de verser dans l’imaginaire et de produire les efforts pour s’y élever, alors il faut entretenir son corps, passer du temps à penser et discuter d’alimentation, de sport, d’habillement, et pour tout cela il faut de l’argent, il est donc nécessaire de devenir carriériste, ce qui prend du temps mais est hautement gratifiant. Expliquons qu’il faut découvrir le monde (par-là sous-entendons que le monde se borne à la réalité) et pour se faire mieux vaut acheter des guides de voyage plutôt que des œuvres de fadaises fantaisistes,  qu’il faut voyager par les rails, la route, les airs, mais pas autrement, pas par l’esprit, car sinon comment se vanter des lieux visiter auprès des autres?

N’oublions pas non plus qu’il est bien plus aisé de devenir imaginatif lorsque l’on est déçu par la réalité, nous devons donc faire du spleen et de la mélancolie des sentiments passés de mode : de nos jours le bonheur doit se trouver dans la joie immédiate. Il ne faut pas se sentir seul ni différent, toujours trouver un troupeau de bétail pareil à soi, il faut pouvoir se croire riche en rêve en tirant dans le puits communautaire l’eau dont on abreuve son esprit infécond, il faut critiquer les individus grégaires des autres troupeaux que du sien.

Assurément l’individu qui suivra ces conseils, même s’il le veut, croira imaginer mais n’atteindra pas l’Imagination, ainsi la paix, ainsi aussi probablement tout le monde sera heureux, ou du moins contenté.

 

 

Il faudrait faire aussi ainsi pour le royaume de la Mort : dissuader les gens d’y aller en grand nombre, mais c’est une entreprise bien secondaire : vu l’état dans lequel ils arrivent ils n’en ont pas pour longtemps avant de mourir. A moins que… Non, non, oubliez ce que j’ai dit : en priorité empêchons les gens de mourir. Damnation, quelle densité de population terrible il doit y avoir après la frontière du Trépas, l’on doit s’y suicider en masse, y devenir fou!

***

Roi, le seul vrai roi de ce siècle, salut, Sire,
Qui voulûtes mourir vengeant votre raison
Des choses de la politique, et du délire
De cette Science intruse dans la maison,

De cette Science assassin de l’Oraison
Et du Chant et de l’Art et de toute la Lyre,
Et simplement et plein d’orgueil en floraison
Tuâtes en mourant, salut, Roi, bravo, Sire !

Vous fûtes un poète, un soldat, le seul Roi
De ce siècle où les rois se font si peu de chose,
Et le martyr de la Raison selon la Foi.

Salut à votre très unique apothéose,
Et que votre âme ait son fier cortège, or et fer,
Sur un air magnifique et joyeux de Wagner.

 

29
Jan

Soyons des chiens photogéniques

   Ecrit par : heresie   in Concours, Non classé

 » Puisque je vous assure que j’ai vu des pigeons avec des appareils photographiques.

– Cessez donc de boire cette eau-de-vie que vous distillez à partir de pierres, elle vous rend plus fou que de l’absinthe.

– Les voici, les voici, les pigeons!

– Damnation, ce ne sont pas des pigeons, ce sont des japonais.

– Non pas des japonais, mais des pigeons. Des pigeons ou… des humains. Comment savoir?

– Damnation, que la damnation soit damnée! Vous avez raison. Il faut dire qu’entre ces rats volants que sont les pigeons et ces rats terrestres que sont les humains il y a de quoi se tromper.

– Je le répète sans cesse, votre misanthropie vous étouffera!

– En effet ma chère Tite, mais quand une espèce toute entière me traite de fou parce que je parle à une chienne alors qu’ils sont eux-mêmes bons à enfermer puisqu’ils se parlent entre eux, je n’y peux rien, je les hais. Et désormais les voir avec ces appareils photographiques dans lesquels,… voyez, voyez! Ils parlent à leurs appareils photographiques, et désormais de leurs index ils tapent dessus en souriant. Oui, il faut vraiment que je parte loin.

– Et comment allez-vous faire?

– En fiacre ou en train, je ne sais pas, j’aurais bien aimé, mais on refuse de me vendre un billet parce que je suis un chien.

– Mais vous n’êtes pas un chien!

– J’ai tenté de leur expliquer, mais ils ne me croient pas. Allez tenter de leur expliquer, vous.

– Je ne peux pas je suis une chienne. »

 

 

28
Jan

Equivalence logique

   Ecrit par : heresie   in Non classé, Victor Frankenstein

Il avait calculé la somme d’électricité qui pouvait parcourir un corps sans risque tout au long d’une journée. Il la nota sur un calepin après avoir effectué un rapide calcul. Le lendemain matin il reprit place après avoir ajusté la machinerie puis il déclara : « Je vais faire passer dans mon corps la somme d’électricité qui l’a traversé hier tout au long de la journée mais en seulement trois secondes au lieu de 18 heures. Je tiens à ainsi prouver que mon système de calcul logico-élémentaro-réductionniste est vérifié. Normalement il aura eu tout son saoul d’électrons, je serai d’une neutralité absolue. »

 

 

 

 

« Qu’avez-vous fait pour lui nuire?

– Je lui ai présenté celle qui est devenue sa femme. Et vous?

– Je suis devenu son ami et lui ai fait croire qu’il fallait tenir bon, que dans la vie tout finit par aller toujours mieux.

– Il mérite bien tous ces malheurs! Allons, pourquoi n’irions-nous pas l’inciter à s’intéresser à la politique? Après tout, nous allons voir jusqu’à quel point il peut être pitoyable et ridicule.

– Une excellente idée, mon cher! Mais avant cela passons chez une amie, Miss L., je vous verrais bien lui passer la bague au doigt.

– J’aurais préféré que nous passions chez la diseuse de bonne aventure pour qu’elle vous tire les cartes, elle promet toujours des avenirs radieux dignes de contes de fées.

– Vous êtes un démon!

– Disons que nous vivons tous en Enfer… »

***

« Ca se pomponne, ça se parfume, ça fait attention à son allure, ça prête oreille à ce que l’on dit de soi, ça s’occupe de mode, ça collectionne les tenues, et ça rabaisse l’autre sexe, pourtant ça se dit un mâle. Pour moi ce n’est rien d’autre qu’un pédéraste qui ne s’est pas encore avoué.

– Allons, miss Stiple, à ce compte là une femme qui agit à l’inverse serait saphique?

– Je ne sais pas. Oulala, si l’on ne peut plus édicter de postulat sans devoir développer, moi je préfère ne plus ouvrir la bouche.

– Ce serait dommage parce que vos aphorismes ne sont pas souvent faux.

– J’ai dit que je n’allais plus ouvrir la bouche, cela ne m’empêchera pas d’écrire. Réfléchissez un peu! Ne plus avoir à se perdre en rhétorique : fragmenter, aphoriser, sophistiser… Tiens, j’y pense, est-ce que le sophistiqué a rapport avec le sophisme? »

***

… Et parce qu’au bout du compte tout le monde est dans la même basse-cour :

CANNIBAL, n. A gastronome of the old school who preserves the simple tastes and adheres to the natural diet of the pre-pork period.

 

26
Jan

Poudre noire pour tirage photographique

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Quand on n’a ni toile ni appareil photographique et que l’on souhaite  tirer le portrait de tout un groupe de personnes, mieux vaut avoir des réserves de cartouches.

25
Jan

Un oeil crevé sous une paupière lacérée

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Vous tournez vos regards vers le dehors, et, c’est cela qu’avant toute chose vous devriez éviter désormais.

R. M. R.

 

Perdre sa citoyenneté et ne faire de la réalité que sa résidence secondaire, devenir seigneur au Royaume des Rêves.

 

 

24
Jan

Gustave Courbet ne laisse aucun doute

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Pour mon tableau L’origine du monde j’ai pris pour modèle un passant dont j’ai fait le portrait, et je me suis rendu compte que j’avais été si réaliste qu’au final le tableau ressemble à un con. Par la suite j’ai pensé l’intituler « Nous sommes comme nos origines » afin de rappeler à chacun qu’il n’est jamais seul, mais j’ai abandonné l’idée.  »

Gustave Courbet

« Nul n’est jamais vraiment seul quand il est con, à moins d’être assez con pour se croire différent de ses semblables. »

23
Jan

Oyez Oyez

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Quand on scande un discours destiné aux personnes intelligentes on attire surtout un public composé en immense majorité de curieux… qui d’autre pourrait être intéressé?

Ann O’Neim, Voyage en microcéphalie, une épopée au quotidien

 

Restons où nous sommes et voyageons ailleurs.

 

 

Le sixième coup était frappé à la cloche de l’église, et comme tous les jours je m’étais réveillé juste avant le premier, les contant un à un en souriant. Je sortis de mon lit, ouvris les volets et craquai une allumette pour faire de la lumière et m’observer dans le miroir avant de chasser deux pas de côté vers mon pot de chambre et libérer mes intestins.

Puis ce furent les ablutions élémentaires, l’hygiène dentaire absurde puisque je n’avais pas mangé durant mon sommeil et que ma logeuse me monterait mon thé sucré.

A l’église on sonnait la demie de sept heures lorsque je fis le premier pas dehors, exactement comme tous les jours. Je marchai donc le long des rues en cherchant un autre bon mot à offrir à mes collègues de travail que l’éculé « bonjour », mais lorsque je poussai la porte des bureaux je n’avais toujours rien, alors je lançai mon habituelle litanie sympathique et volontaire avant de m’installer à mon pupitre, enfiler ma manche de travail, chausser mes binocles et m’armer de ma plume.

A midi nous partageâmes comme à l’accoutumée une salade de pommes de terre et un morceau de pain avant de nous rendre au restaurant où nous plaisantions avec le serveur qui était devenu un ami. Puis je flânai seul avant de continuer la journée à faire valoir mes compétences et justifier mon salaire.

Le soir ce fut une absinthe et une dégustation de vin avant de rentrer en repensant aux plaisanteries échangées. Ma logeuse me monta mon souper. J’étais exténué mais je l’écoutai me conter son insipide journée en feignant un sourire. Puis je lus deux pages d’un livre que m’avait conseillé mon libraire, le plus moderne et contemporain, celui qui a le plus de succès actuellement, mais rien n’y était aussi trépidant que mon quotidien, et je me couchai.

Décidément ils ont tort ceux qui prétendent que le rêve est ailleurs. De plus cela ne veut rien dire « le rêve est ailleurs », moi tous les soirs je rêve de copuler avec l’une des danseuses du cabaret où je vais tous les dimanches après-midi.

22
Jan

Tout est si beau!

   Ecrit par : heresie   in Non classé

C’est justement parce que la beauté est une forme de valeur triviale -et ajustable- qu’elle est tenue en si haute estime. Parole tératologique!

***

Retenir sa respiration trois minutes par heures prévient les varices. Une femme enceinte désirant éviter les vergetures retiendra son souffle dix minutes de suite dès le réveil; si elle ne peut s’empêcher de respirer son ventre sera souillé de stries bien vilaines et son enfant ressemblera à un islandais.

Pour effacer les rides le meilleur moyen est de broyer et mélanger 3 feuilles de laitue sauvage, treize baies de belladone, trois longues feuilles de brugmansia, et une poignée d’amandes amères avant de s’en enduire le visage.

Pour stopper la calvitie ou lutter contre les cheveux blancs il faut se shampooiner quotidiennement avec du lait caillé et de la poudre de plomb.

Dormir avec deux billes de plomb et un peu de poudre de charbon dans la bouche vous donne bonne haleine, blanchit les dents et tonifie le teint de la peau.

Si vous prenez des bains de sang de vierges apprenez d’abord des charmes magiques car certaines deviennent ainsi si belles qu’elles tombent en admiration monomaniaque devant leur reflet.

Le venin de vipère donne ampleur et fermeté aux seins.

Un frais œil de veau introduit par voie rectale annule la malfaisance miasmatique des émanations anales.

N’ignorez pas que vous frotter la peau avec des orties et les premières feuilles de chêne de l’année lunaire amincie la taille.

Faites grandir votre fille dans un carcan de métal solide que vous lui mettrez dès sa cinquième année et que vous ne lui retirerez que lorsqu’elle sera à sa dix-huitième année, sa taille sera fine sans qu’elle ait besoin de se soumettre à cette barbare pratique du corset serré. Si au cours de sa croissance elle se plaint, faites couler quelques gouttes d’eau bénite le long de sa colonne vertébrale.

Dormir à la nouvelle lune sur la tombe récente d’une suicidée rend la peau délicieusement diaphane sans la faire paraitre marbrée.

Vingt baies de morelles noires avalées fraiches rend le cheveux brillant et éclatant de vitalité.

 

Extrait des Secrets de la Nature de la Duchesse Joséphine Tardante, 1785