Archive de avril, 2014

30
Avr

Ultime

   Ecrit par : heresie   in Non classé, Tératologique

« Fils bâtard d’une bossue à trois jambes sans pouces. »

Ambrose Bierce a pratiquement tout dit dans cette formule, après ça la littérature n’a plus de raison d’être (elle n’en avait pas plus avant, mais là ce n’en est que plus flagrant).

29
Avr

Conte de la cocasse

   Ecrit par : heresie   in Non classé

BellaDonna, un conte ridicule

Le pauvre Arturo n’était pas seulement fils d’un danseur de sabotage (comme on dit dans le Bolzano) et d’une tanneuse de peaux de dahuts, il était aussi fort laid, fort puant, fort maigre, fort manchot et fort bigleux. Ses cheveux étaient gras même lorsqu’il rasait son crâne à blanc, ses dents restaient jaunes même lorsqu’il les blanchissait à la chaux, et son haleine putride paraissait insupportable même aux chiens morts. Heureusement pour lui il n’était pas affligé d’un bec-de-lièvre, bien que son museau parut un groin de porc davantage qu’élément anthropoïde.

Alors lorsque Donna, la plus belle jeune femme de la contrée, passa avec son vendeur d’étoffes de père, il ne rêva même pas qu’elle lui accorda un seul regard. Pourtant la destinée suit d’étranges chemins et un matin Dona frappa à la porte de la famille de Arturo. Ce fut lui qui ouvrit, et ce fut de lui qu’elle s’éprit, ce fut à lui qu’elle pria d’accepter la dote qu’offrait son père.

Arturo était un sot, mais il avait pris l’habitude des traquenards comme parfois même peuvent en prendre les mouches coprophages. Il pensa qu’il y avait anguille sous roche, voire vipère sous le banc, voire couleuvre dans la gorge, il pensa que Donna était fille de mauvaise vertu arrivée au point de devoir se lier à un pourceau pour avoir bague au doigt. Il la mena donc à la légendaire Clairière des chastes, que seules les roulures peuvent passer sans se transformer en fleur.

Ah ! Arturo fut bien heureux que Donna ait pris racine, désormais il pourrait l’épouser, cette belle fleur. Il l’arracha donc de terre, la mit dans sa besace et repartit pour chez lui. Mais en route il se rendit compte que son sac était troué et que les pétales se séchaient plus rapidement que prévu. Vite, vite ! Il avala la belle Donna pour ne pas la perdre, et en rentrant chez lui, les yeux grands ouverts et bien noirs, il conta son aventure et sa fortune, et tout le monde attendit que le futur marié eut fini son transit pour récupérer la belle fleur, la parer d’une robe blanche immaculée et la faire passer devant le curé.

*

Si toi aussi tu croises une Belladonna, n’hésite pas, croque-la!

27
Avr

Grim tale

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Il était un roi et une reine qui habitaient un beau et grand et majestueux château avec des donjons violets et des douves pleines de lotus roses et des murs peints et parés de riches tapisseries. Mais la reine pleurait souvent car elle n’avait pas de petit prince à offrir pour héritier à son mari. Alors elle pria sa païenne de suivante de convoquer des fées, et ce qui devait passer se passa : une nuée dorée apparut dans l’heureux ciel d’automne et comme d’éthérés carillons carillonnèrent.

Nul besoin de narrer ce qui se trama lors du rassemblement, qu’il suffise de savoir que quelques semaines plus tard les linges de la reine n’étaient plus gluants ni sanglants comme à chaque fin de mois lunaire, et son ventre était de plus en plus bombé.

Mais à un héritier il y avait un prix à payer, et lorsque la reine se libéra de son nouveau-né elle trépassa.

Alors le roi affligé alla l’enterrer malgré que tout le monde, sans pourtant oser le lancer au royal visage, pensait que c’était là mauvaise chose. Puis il cracha sur la fraiche tombe sur laquelle il s’était affairé, puis il battit des mains pour les débarrasser de l’infâme boue dont elles étaient souillées, puis quand il entendit les pleurs de son enfant sous la fraîche terre il se retourna vers le cadavre de sa femme qu’il avait posé contre un arbre et en embrassant ses lèvres mortes lui fit comprendre que le matricide avait été vengé.

*

L’on pourra se délecter de ces curiosités que sont les pleurnicheries souterraines en suivant le sentier planté d’eucalyptus australiens au sein de cette immense forêt sacrée de 0.0001 hectare derrière la rocade sud, à droite après le centre commercial. Vous pourrez à loisir vous reposer en vous asseyant sur les trois dernières pierres du château classé monument historique situé à trois kilomètres de là en empruntant le métropolitain puis la ligne d’omnibus à chevaux vapeurs numéro 3, ou en suivant le quartier d’affaires, la rue Roosevelt et en vous garant à la cité des Milles Merveilles, verrouillez néanmoins soigneusement les portières de vos voitures sans rien laisser sur les sièges.

Putrescere

Derrière elle désormais se peignait un long et gluant sentier grouillant de merveilleuses vermines faisant paraitre la piste telle une longue et décadente trainée de mariée habitant un vieux conte macabre. Ses joues creusées paraissaient des tombes visitées par des résurrectionnistes, trouées, percées, des lambeaux arrachés lui retombant sur le cou glauque, laissant se montrer des dents d’un blanc malsain de crâne comme on en peut admirer dans tous les cabinets de curiosités trop bien tenus.

Elle ne savait probablement pas où aller, mais en avançant d’un lent et morbide pas elle tournait pathétiquement la tête à droite et à gauche comme si les substances décomposées et visqueuses gouttant de ses cavités oculaires étaient encore des yeux fonctionnels.

Ce fut il y a exactement dix ans qu’elle accepta que je lie son âme à son corps plutôt que la laisser vivre sa mort.

24
Avr

Paix et mort

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Moi, je suis totalement pour la mort libre.

– Enfin, Charles, votre mouvement n’était-il pas censé prôner l’amour libre?

– Ah, j’avais sans doute mal entendu.

– Hum, mais le jeu de mot ne fonctionne qu’en français, pas en anglais…

– Si vous pensez que cela aurait été mieux si j’avais envoyé ma famille faire l’amour comme je l’entends… »

Dialogue avec Charles Manson

 

23
Avr

In aether veritas

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« C’est dans la réalité que je deviens visionnaire. Ce sont les êtres en chair et en os rencontrés dans la rue, c’est le passant, c’est la passante, les anonymes même de la foule coudoyés qui m’apparaissent dans des attitudes de spectres, c’est la laideur, la banalité même de la vie moderne qui me glacent le sang et me figent de terreur. »

22
Avr

Pour quelques gorgées de moins

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Et tu as encore été sobre d’éther, grondait dans mon oreille la voix du gardien. Singulière idée pour tromper la mort. »

J’étais étendu au milieu du mausolée, le corps glissé sur les velours arrachés au capitonnage tombal et gisant au sol, la tête posée sur mon cercueil.

A chaque abstinence d’éther : une nouvelle vie, de la naissance à la mort. Je sais… nombre de mes semblables pensent que ce n’est pas une noble manière de passer son existence d’inhumé à vivre alors que seule la mort est vraie.

 

 

Premier et dernier point : voir ailleurs

… ou pas.

 

 

 

 

 

20
Avr

Ici résides-tu?

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Anywhere out of the world

 

N’importe où hors de ce monde

19
Avr

Vos âmes sont toujours à vendre

   Ecrit par : heresie   in Non classé

 Nul n’ignore que Jésus-Christ a été de ces désœuvrés parasites mendiants, renvoyé de ses emplois de pêcheur, boulanger, menuisier, etc; il n’hésitait pas à troquer ses divagations prophético-ivrognesques; à quiconque ce jeunot échangeait la promesse de se taire contre quelques boules d’opium. Nul n’ignore non plus qu’il est mort sur la croix pour racheter les péchés de l’humanité. Or, escroc dans l’âme, roublard jusqu’au-delà de la tombe, le voilà qui fut croisé chez le marchand d’âmes trois jours après qu’on se fut enfin débarrassé de lui. Sacrifice, rachat des péchés, âmes sauvées, tout cela ne valait plus rien s’il était encore à trainer ses sandales dans les bordels cananéens, encore vivant; car ce qui a été censuré des évangiles c’est qu’il était revenu rendre tout ce qu’il avait racheté par sa mort. Vous avez été spolié (il les a revendus plus cher que ce qu’il vous les a achetées).

Rejoignez le camp des amers, les hordes démoniaques vengeresses, ceux que l’on ne dupe pas, ceux dont le Maître est un ami juste et permissif plutôt qu’orgueilleux et fourbe, devenez sataniste, rejoignez ceux qui s’inclinent devant l’ennemi INRI, inclinez-vous devant vous-même. Il n’y a aucun dieu vers qui aller, suivez votre main gauche, elle vous ouvrira la voie vers vous-même.

Extrait des Contes Montagnards de Louis Pastèche, paru en 1874

 

« Que Dieu soit avec vous.

– Merci mais je préfèrerais qu’il soit avec vous, j’en ai assez de l’avoir dans les pattes.

– Fort bien, mais si vous lui tournez le dos portez un solide pantalon parce que lorsqu’il voit des fesses… »