Archive de juin, 2014

11
Juin

Fin-de-veille

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Il était ce qu’Oblomov aurait incarné s’il avait été un tant soit peu plus porté à la métaphysique. Comme le Russe, il restait allongé jour et nuit sur son divan à sonder le néant et l’infini, à porter ses rêves vers des contrées plus lointaines que l’Imaginaire.

Alors qu’advint-il ce fameux jour où il ébranla enfin ce qui lui faisait office de corps et qu’il s’extirpa de son éternelle apathie ? Toujours est-il qu’il sauta à bas son trône, glissa jusqu’à un réduit où étaient entreposés de ces instruments dont usent ceux qui se soucient de leur environnement réel, puis il revint armé d’un lourd marteau dont il appliqua la masse sur l’un des murs avec une telle violence qu’une épaisse poussière satura les lieux.

Quelques minutes plus tard il avait achevé son œuvre : le mur était percé, et derrière se découvrait la rue charriant son bétail d’humains bruyants, sales, immondes, répugnants, communs, ternes, ahuris, bovins, polis, stupides, poseurs, de-leur-temps, abjects, normaux, serviles… Et il parut déçu, soudainement affligé d’une langueur qui le fit s’écrouler sous le poids d’une prodigieuse déception. Avait-il cru pouvoir véritablement accéder à un Ailleurs ? Pouvait-il s’être tant abîmé dans ses songes que sa raison aura laissé place à un idéal onirique ?

Désormais lorsque vous passerez dans la rue vous pourrez apercevoir cet individu à nouveau allongé sur son ottomane, les yeux crevés par ses propres soins, les tympans pareillement rendus dysfonctionnels, insouciant de tout et de tous, ni mort ni vivant.

6
Juin

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Son asphyx a été capturé et est détenu dans un coffre-fort inviolable dont je suis le seul à détenir le code. Son érudition ésotérique et ses dons mystiques ne lui sont désormais plus d’aucune utilité, elle ne peut plus s’enfuir, ni appeler à l’aide car elle n’a plus de capacité pulmonaire – ayant son tronc séparé du reste de son corps.

Je peux vous dire que l’éternité va lui paraitre longue, très longue à cette fausse intrigante; en attendant je la cuisine pour qu’elle me livre le secret de la formule incantatoire sommant Dieu de réaliser mes souhaits.

5
Juin

Spiritisme de comptoir au dernier bar du paradis

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Je croyais être près de la nature, en réalité j’étais seulement parti loin de la ville.

– Au bout du chemin ce n’est pas encore assez loin.

– Mais où puis-je encore continuer?

– Plus loin, plus loin!

– Mais je n’entends rien à vos allusions.

– C’est que tu entends encore trop.

– Mais qui est-ce qui parle? »

Extrait de Dialogues de sourds entre le Diable, Satan, Prométhée et une braise

 

 

2
Juin

Tuez les riches avant qu'ils soient pauvres

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Si vous pouviez savoir comme il peut être désolant de travailler dans un hôpital, voir de pauvres bougre et bougresses arriver presque morts de faim, les yeux battus par le fouet du sommeil, des cernes labourées par le désespoir, le dos accablé sous le poids de sinistres cieux, les mains gantées de douleurs crues et purulentes. Parfois il leur suffit de quelques jours au chaud et de bons repas pour se remettre de leurs maux; mais quelques mois plus tard les revoilà, tout aussi malades et pitoyables. Nous devons agir!

– Me proposez-vous de soutenir la république, devenir socialiste, promouvoir l’hygiène, ou quelque hérésie dans ce goût?

– Pardon? s’offusqua le médecin après un instant d’incompréhension. Non, vous n’y êtes pas, je vous prie seulement de m’aider à tuer les pauvres afin qu’ils me donnent moins de travail. Parfois je me déguise et je prends un attelage pour en écraser un ou deux, je lance « Tant pis, il y en a tellement qui pullulent, si je faisais attention… » et on me laisse filer, mais c’est davantage pour me passer les nerfs après une longue journée, de la même manière que l’on écrase quelques mouches, que l’on brûle quelques fourmis ou que l’on fait manger du chocolat à un chien lorsqu’on s’ennuie; là je vous parle d’une entreprise plus grandiose dont nous devrions définir les modalités. »