Archive de novembre, 2014

28
Nov

Philosophie de foule

   Ecrit par : heresie   in Non classé

 

Il voulut frapper les esprits mais il n’y avait que la foule, aucun esprit…

On m’a dit qu’il fallait aimer son prochain comme on s’aime soi-même… Alors je me suis mis à me haïr.

 

 

24
Nov

Le coffret

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Ce coffret, un simple coffret rien de plus. Il était là depuis je ne sais quand, je ne sais quand. Je ne puis affirmer qu’il était là avant que j’emménage mais je ne pourrais nier sur l’honneur l’avoir amené avec le reste de mes modestes biens.

Ses panneaux latéraux ne comportent aucune sculpture, tout au plus quelques griffures dans le vernis trop épais et craquelé. Son couvercle est liseré d’un sillon anodin, manifestement récent, puisque mettant le bois à nu, sale de toute la poussière accumulée dans ses aspérités, peut-être même est-ce moi qui l’ai taillé il y a quelques années. Comment savoir puisque ce coffret a toujours été là sans que je m’en soucie ?

Des gitans ont visité tous les logements de l’immeuble l’année dernière, ils m’ont volé deux paires de chaussettes, deux pantalons, une chemise, mon chapeau du dimanche, quelque bibelots, mon encrier et mes plumes, mais ils ont laissé le coffret, probablement par bêtise car il aurait pu intelligemment contenir nombre des fruits de leurs larcins afin de se libérer les mains et mieux se charger. Mais non, ils l’ont laissé.

Une fois mon neveu a réussi à forcer sur les gonds et l’ouvrir (acte que je n’avais jamais eu l’idée d’accomplir auparavant) et après avoir ricané il y a jeté un bouton qu’il avait dans sa poche. Si trois jours plus tard il se servit d’une lampe à pétrole pour s’immoler nous ne pourrions blâmer le bouton ni même la boîte, ce gamin était un peu attardé et l’alcoolisme de sa mère durant sa grossesse n’a pas dû être pour arranger les choses.

Je crois que je l’ai faite tomber plusieurs fois au sol, mais elle n’en porte aucun stigmate sinon un angle un peu étrange.

Lorsque je laisse les volets ouverts et que la lune la peint de sa cendre blafarde elle parait plus claire que les autres objets de même teinte soumis à pareille faveur. Mais aucun message caché ne s’y révèle.

Elle ne possède aucun double fond ni aucune serrure secrète. Et, sinon à tenir les feuilles volantes hors de la tentation de céder aux courants d’airs, elle ne sert qu’à être posée quelque part, cette boîte inutile.

Mais, dans ce cas-là, pourquoi Korowtvitch, le camelot du quartier juif, n’en a-t-il pas voulu lorsque je lui ai proposé de l’échanger contre une vingtaine de cigarettes anglaises et l’une de ses bonnes histoires qu’il offre gratuitement à tout client ? Pourquoi ma concierge a-t-elle craché sur le coffret lorsque je le lui ai offert à Noël ? Pourquoi Henry, mon vieil ami érudit, s’est-il contenté de poser délicatement sa main sur mon épaule en me couvrant d’un regard chagrin avant de m’adresser un adieu et s’en aller ?

Un jour je décidai de poser le coffret sur le pavé de l’autre côté de la rue et d’attendre qu’il soit volé. Des enfants bien sots,  c’est-à-dire trop bien éduqués, me le ramenèrent. D’autres jouèrent avec, l’emplirent de terre et s’enfuirent en courant après qu’un chien errant eut surgi de la venelle voisine et leur courut après pour goûter à leurs chairs molles. Aux lueurs vespérales un jeune homme en toilettes de soirée le trouva, l’épousseta de son mouchoir et partit avec, pour le ramener quelques heures plus tard, éploré, halluciné, marmonnant en litanies monotones un nom de femme exotique ; je crois que c’est lui que l’on a trouvé pendu à un pont quelque jours plus tard, à moitié pourri par les eaux.

Après l’avoir pris en pitié, cet objet de malheur, je le rentrai, le jetai dans un coin et l’oubliai, comme naguère. Puis, comme un matin un bouton de mon gilet avait cassé, je repensais à celui qui mon neveu y avait placé. Je cherchai dans le coffret, sceptique, et parmi la terre, une bague de pacotille, des cheveux, du sable et un cameo en ébène, je trouvai un bouton, mais pas celui de mon neveu.

De longs mois passèrent encore. J’oubliai le coffret sinon lorsque je cherchais un objet improbable de petite taille, alors j’y fouillais, pour souvent ne rien trouver d’intéressant. Mais ce qui était le plus curieux – et je ne m’en rendis compte que récemment – c’est que jamais il n’y avait le même fatras à l’intérieur, souvent de la terre mais jamais de la même nature, toujours des objets hétéroclites mais jamais les mêmes.

On me prendra probablement pour un fou, mais mon absence et cette missive seront les preuves que mes soupçons n’étaient pas infondés : Je vais pénétrer dans le coffret et l’explorer, littéralement y pénétrer ; je sais, je sais ! Ne me suivez pas.

Il n’a jamais porté de canne, son tube de cuivre lui servait à s’alimenter : il penchait la tête en arrière et, à la manière des avaleurs de sabres, il le plongeait dans sa gorge et versait dans l’embout évasé l’infâme soupe qu’il avait laissé cuire la journée durant sur son poêle. Pourtant cela ne l’empêcha pas de se râper la langue à l’aide d’un coupe-chou jusqu’à ne plus laisser que cette fine feuille de tissus organiques que vous connaissez. Il avait agi ainsi pour, prétendait-il, ne plus avoir le goût des aliments, même si en réalité les décoctions de datura ont seules eut honneur à sa cavité buccale.

Il était de ce sérieux moqueur qu’aurait un suicidaire ingurgitant une potion contre le mal de gorge avant de se pendre, ce sérieux dangereux qu’ont les gens qui ne croient plus en rien sinon au rire, ces las qui jouent à la roulette russe en ne se visant pas la tempe mais en pointant l’arme sur leurs camarades de jeu.

Je l’ai vu saouler un cul-de-jatte pour savoir si même sans jambes il tituberait. Je l’ai vu frapper un cadavre qu’il accusait de n’être pas assez décharné. Je l’ai vu danser auprès d’une mère dont l’enfant venait de se faire écraser par un fiacre. Je l’ai entendu chanter des infamies sous les fenêtres de l’orphelinat. Je l’ai senti venter à la messe de Pâques. Je l’ai vu voler la nourriture d’une famille de pauvres pour la jeter à la fenêtre de gens riches. Je l’ai entendu proposer d’échanger un blasphème contre une friandise à des jeunes gens tout juste sortis de leur communion. Je l’ai vu percer des tuiles avant l’orage. J’ai l’ai vu plusieurs fois uriner depuis les toits et même baisser son pantalon en roucoulant tel un pigeon. J’ai vu le crâne d’une naine qu’il avait rasé pour y écrire à l’encre de chine : « Seuls les cafards savent que j’ai du poil au nez ».

Vous m’avez demandé ce qu’est l’imprévisible, comment se manifeste le hasard. Je n’ai pas de réponse, il n’y en a pas puisque le hasard n’existe que dans l’ignorance, mais cet individu que j’ai évoqué, ce marginal qui ignore la folie parce qu’il ne la nie pas, cet étranger à toute forme d’impolitesse parce qu’on n’attend plus rien de lui, cet individu que l’on ne peut ni soudoyer ni séduire, que rien que peut magnétiser ni diriger, il est ce sur quoi je ne miserai jamais. Je préfèrerais prendre pari sur des dès pipés me donnant perdant que sur le devenir de cet homme. Croyez-moi, lorsque quelqu’un cherche le rire il n’est rien de moins que du poison.

14
Nov

CQFC

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Je

ne crois pas entre le sublime de l’émotion et la

tyrannie de le ciel, l’agencement ne restera pas les briques de médiocrité. Ainsi les miasmes de velours incertains

vacilleront comme à des herbes feuilletées par le vent ainsi qu’un livre pourri parcouru par des doigts pareils à des colombins mulâtres. Prends

ta crinière et mène-la donc près de la falaise aux lueurs de soleil éternel, récite, litane, priérois, suplicationne, avec le sang sur tes mains épanchées

par le vin.

Certes vous n’avez pas bien compris. Alors désormais relisez avec un accent slave…   :

Je ne crois pas entre le sublime de l’émotion et la tyrannie de le ciel, l’agencement ne restera pas les briques de médiocrité. Ainsi les miasmes de velours incertains vacilleront comme à des herbes feuilletées par le vent ainsi qu’un livre pourri parcouru par des doigts pareils à des colombins mulâtres.

Prends ta crinière et mène-la donc près de la falaise aux lueurs de soleil éternel, récite, litane, priérois, suplicationne, avec le sang sur tes mains épanchées par le vin.

Hum toujours rien ? Le plus étonnant, je crois, c’est que vous vous étonniez que quelque chose n’ait pas de sens tandis que tout ce qui vous entoure est déjà absurde. D’autant que c’est un extrait de traité alchimique codé du 13° siècle traduit mot à mot du grec au français moderne : le vide de sens c’est votre compréhension !

… ou mes mensonges.

 

« Je préfère finalement parler aux esprits, ils existent davantage que les vivants. Et je préfère parler aux chats et même aux chiens, ils comprennent mieux que les humains. »

Miss Stiple

11
Nov

Shaves of god

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Est-ce par renonciation au prosaïque ou parce qu’ils attendent un coup de main du ciel que certains ascètes gardent leurs bras levés?

8
Nov

Si j'ai raison les preuves doivent se plier à moi

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Voyez, j’ai trouvé la mue d’un dragon !

– Les dragons muent-ils ?

– Si j’en ai trouvé la peau c’est bien qu’il doit muer…

– Ces peaux de reptiles cousues au fil de cuir, de la peau de dragon ?

– Étonnant, n’est-ce pas ! Nous qui pensions que la peau des dragons est uniforme et non cousue…

– Ah certes, mais désormais personne ne pourra plus nier l’existence des dragons ! »

 

3
Nov

Chevalerie

   Ecrit par : heresie   in Non classé

La situation ne pouvait plus mal se profiler : comme tous les matins depuis soixante-six jours le chef des assaillants rôdait autour des douves, exigeant à force de vociférations et de formules peu chevaleresques les beaux organes de la fille du seigneur afin de les honorer de manière pour le moins intimes, à l’intérieur des fortifications le peuple en émoi réclamait pitance, quant à celle qui avait causé tous ces malheurs elle se lamentait en me laissant entendre qu’elle se suiciderait sous peu, ne sachant souffrir tant de culpabilité et ne voyant se profiler sur l’horizon de l’avenir de sa vie terrestre qu’un absurde  et infini labyrinthe de perfides pièges et de tortures.

A chacun (et même à tous) j’avais fait la promesse de tout arranger, mais vous connaitriez l’obstination de l’assaillant ainsi que sa légitimité à réclamer son dû, vous verriez les corps faméliques des gueux paysans, les peu de troupes dont nous disposions, et l’affliction de la jeune vierge, vous auriez comme moi douté un instant, aussi brave et fortuné soyez-vous.

« Par les cieux et tous les nuages qu’ils contiennent, fis-je à la jeune femme, se suicider est péché. J’ai une autre solution ! »

Et dans ses yeux je vis un éclat de remerciement avant que ses sourcils ne sculptassent une inattendue expression de désarroi. Pourtant dix minutes plus tard je fus acclamé, le bien avait été rendu : la jeune femme ne s’était pas donné la mort puisque je l’avais tuée. Comme j’avais découpé ses beaux organes et les avais envoyés à l’assaillant celui-ci dut se résoudre à retirer ses troupes, ayant eu ce qu’il désirait, et en attendant de baisser le pont levis, afin de satisfaire leur faim, je livrai le reste de la carcasse de la défunte vierge aux gueux.

Chevalier solitaire, serviteur du bien, j’erre désormais par monts, vaux et plaines, offrant mes services aux plus désespérés. Passez-vous la corde au cou mais ne vous pendez pas, appelez-moi et je me chargerai de cette besogne afin de vous éviter les voies des enfers.