Archive de décembre, 2014

28
Déc

Longue vie au moribond

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Oh, je vous en prie, aidez-moi, ma vie est un calvaire car la mort me guette.

Mes cheveux, pareils à la dignité et à la décence pour l’âge, ont rompu avec mon crâne, et cela ne me poserait aucun problème fondamental si ce n’était le trou dans le mur au-dessus de mon lit qui laisse passer courants d’airs froids et rais de soleil brûlant sur ma pauvre tête. Eh, quoi ! Vous me proposez de me déplacer, de déménager ? Mais j’en serais bien incapable, mes pauvres amis, je suis tout à fait paralysé du nombril au talon (mes tendons se dégénèrent), et très peu maître du reste de ma carcasse, de sorte que je vis dans une éternelle misère, une éternelle fange, ma fange, ma misère. Mais tout cela me va bien. Tout cela me va fort bien, je vous l’assure !

Je reçois des visites de temps à autres, surtout des médecins auprès desquels je mendie des promesses d’éternité et des potions, qu’ils m’épargnent la mort, qu’ils me permettent de vivre encore, jouir des bonnes et intelligentes discussions tenues au café sous mon appartement et dont les échos remontent jusqu’à moi sans cesse. De la famille vient aussi, espérant probablement que mon testament tourne en leur faveur, mais ce sont de bonnes gens. Tout le monde est bon, même si certains en doutent.

Mes yeux me font terriblement souffrir. Comme je regrette de ne pouvoir admirer le mur écaille en face de moi et les belles circonvolutions formées par les humidités fongiques à mon plafond ! Il y a tant à voir…

J’ai constamment soif car mes reins ne fonctionnent plus car à la moindre goutte d’eau avalée mon corps exhale un parfum ammoniacal et je souille ma paillasse déjà bien trop sale. Quant à la nourriture, je vous épargnerai les détails des mécaniques branlantes et rouillées de mes intestins… Mais qu’importe ! Tant qu’il y a de la vie il y a de la joie. Ne me laissez pas vous parler de ma syphilis, de mes ongles qui n’ont jamais repoussé, de mon infection anale, des morpions, des poux, de mon anémie, de mes sinus assiégés par une constante purulence, et de mes autres petits tracas, tout ceci est si ridicule lorsque l’on peut encore sentir ses poumons racler l’oxygène et son cœur agir pareil à l’attraction lunaire sur des sables mouvants où fleurit un divin varech.

En ma mémoire je garde les souvenirs des gaietés de mon Whitechapel natal, les paysages bucolique des industries de la Tamise, les beautés raffinées du smog… Cela me suffit, cela et le goût de l’instant, cela vaut tous les laudanums et autres brumes de l’esprit.

J’écris tout ceci pour que l’on connaisse mon nom, que l’on sache qui je suis, que l’on n’ignore pas que j’aime tout de la vie, bien qu’elle soit un peu dure sous mes dents gâtées, et que je veux la vivre au-delà de la limite, que je préfère souffrir vivant qu’être en paix mais mort, que je refuse au trépas d’avoir raison de ma destinée. Je veux que l’on m’aide à vivre, vivre, vivre. J’aime mes insomnies, les bruits, les odeurs, les migraines, les névralgies, les nausées, les crampes, les escarres, les fragrances de ma chair pourrissante, les caresses des croutes de sang, les spasmes…

25
Déc

Méfiez-vous du rojo

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Méfiez-vous du rojo, m’avait-elle pourtant répété. Je n’y avais rien compris.

C’était l’une de ces délurées proches de la vésanie, de ces personnes femelles du genre féminin qui se pensent égales aux hommes du genre mâle, pourtant j’avais accepté son invitation : elle avait un je-ne-sais-quoi de mystérieux et d’exotique, la physionomie d’une nordique avec une joie de vivre latine et des manières de slave. « Méfiez-vous du rojo ! » me répétait-elle avec un accent du sud Chili comme pour ponctuer les phrases de ses monologues que j’écoutais avec la bienveillance que l’on doit toujours sembler accorder aux faibles et aux infirmes, qu’ils soient femmes, enfant, basanés, lobotomisé ou autrement tarés.

Elle n’avait aucun domestique pourtant sa maison était bien tenue, jonchée d’orchidées, de lys et de roses blanches, un parfum funéraire mêlé aux huiles et aux éléments étranges qu’elle concassait avec ses petites bras de femelle pour produire ses pigments flottait dans l’air.

« Je vais faire le thé, errez à votre convenance mais méfiez-vous du rojo, me lança-t-elle avant de me laisser là.

Aucune de ses œuvres ne paraissait achevée, et je crois qu’à certains moments de ses divagations elle m’avait expliqué que rien n’était jamais terminé, que l’abstraction nécessitait une certaine part de vide et que de ce vide jaillissait l’imagination, ou quelque billevesée du même acabit, ce genre d’arguments livrés par les artisans désirant faire passer leurs productions pour de la volonté intelligente. Néanmoins je voguais dans cette nauséeuse mer de toiles, titubant dans ce labyrinthe de vagues artistiques, lorsque je me retrouvai dans ce qui parut au premier abord une vaste pièce mais qui, par un curieux effet de dégradés de la teinte des murs et du plafond, évoluait en un couloir. D’abord mauve puis pourpre puis bordeaux puis vermeil. Et enfin… damnation ! je n’étais plus dans l’avant-garde, je n’étais plus dans le moderne ni le post-moderne, ni même dans le futurisme, ni même encore dans quelque tolérable décadence : j’étais au 21° siècle !

On m’a informé que le voyage dans le futur est possible mais que le passé est toujours révolu. Par tous les cieux, quel rapport avec le rojo ? Par toutes les quadratures des cercles de l’enfer cubiste, renvoyez-moi dans le pré-moderne !

23
Déc

Au pied du sapin

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Si des fesses nues descendent de la cheminée ne t’attends pas à trouver autre chose qu’un balais au pied du sapin »

Dicton hérétique

17
Déc

Collection

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Je le connaissais depuis mon enfance, ce bon Gontran B. Allez savoir pourquoi il a toujours été fasciné par la couleur rouge, mais ce fut suivant mes conseils qu’il commença sa collection. Des sèves aux sables, des terres aux roches, des tissus aux cheveux, des éclaboussures de sang aux pierres précieuses et semi-précieuses, tout ce qui allait de l’orange au marron en passant par le vermillon, il tentait de l’ajouter à son immense collection.

Je ne l’avais pas oublié malgré des années sans contact, je savais qu’il alimenterait patiemment sa monomanie avec l’assiduité d’un forcené Sisyphesque irrémédiablement lié à son œuvre absurde. Lorsque je lui rendis visite, à son pathétique petit musée privé jonché d‘ébauches de publications destinées aux collèges scientifiques, je jouai l’étonné, l’aimable sarcastique au sourire faussement poli, puis je lui lançai : « Mais tout de même, mon ami, pourquoi continuer cette vanité tandis que le japonais Kaotaka Tamanimoura a déjà engrangé une accumulation cent fois supérieure en qualité et en quantité il y a plus de cinquante ans déjà ! Vous connaissez bien évidement l’œuvre de Kaotaka Tamanimoura, oui, bien évidemment, un éminent spécialiste tel que vous… Vos pièces sont déjà répertoriées et connues de longue date, mais vous persistez car vous agissez pour vous, non pour le monde, n’est-ce pas ? Vous savez que votre labeur n‘a aucun sens mais vous êtes une manière d‘artiste fou et égoïste. Je vous loue pour cela, de mépriser les rires moqueurs de ceux qui ne comprennent pas que l’on peut agir pour et par soi. Vous avez compris que tout est ridicule, que tout est vide de sens et de conséquence, mais vous dominez toute vacuité, vous la survolez tel un bel Icare. »

Et deux jours plus tard la collection était à moi, ce bon vieux Gontran avait disparu dans les flots non loin de sa misère, évitant de faire couler la moindre goutte de son sang à la teinte chérie et honnie. Désormais que toute cette collection de couleurs est mienne, la seule et unique au monde (puisque de Kaotaka Tamanimoura il n’y a jamais eu), je vais continuer ma vie comme naguère, ma cave un peu mieux garnie, mon ennui un peu mieux à l’épreuve des surprises.

13
Déc

Des fragments de la Joconde à vendre

   Ecrit par : heresie   in Non classé

 

Suite à de désastreux placements financiers le Club de Curiosités est dans l’obligation de mettre en vente certains de ses biens les moins précieux. Première mise en vente : la barbe et les sourcils de la Joconde.

 

12
Déc

   Ecrit par : heresie   in Non classé

A la Lune Nouvelle de l’année où Jupiter frappe les grelots du diable après avoir franchi les dolmens de la combe que les druides de Caillëc vénèrent, les greluches se transforment en autruches ainsi que les garous se transforment en loups à la pleine Lune.

6
Déc

Optimisme

   Ecrit par : heresie   in Non classé

Vous êtes fou mais cela aurait pu être pire : vous auriez-pu être séparé de vos semblables et enfermé dans ce que les gens comme vous nomment un asile d’aliénés