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Mois : juin 2015

Confession d’un amateur de célébrations nationales

Un seul coup de feu suffit désormais à me transcender, un seul coup de canon me transporte jusqu’aux frénésies d’une passion insoupçonnée. Me comprendrez-vous ?

Ma manie naquit lorsque, encore jeune, nous avions comploté avec ma bande pour nous livrer à ce que nous nous figurions être la plus fantastique organisation de pickpocket jamais mise au point. Nous voulions procéder ainsi : pendant que les malandrins adultes profitaient tranquillement de ce que la plupart des logis soient vidés de leurs occupants lors des feux d’artifice de la fête nationale, nous devions alléger les poches des nantis ahuris par le vacarme des détonations chatoyantes.

Le plan, mis au point par le grand Maraud-Aux-Phalanges, pourtant omettait un détail : l’hypnotisme du spectacle risquait de distraire les petites mains censées s’affairer à la rapine.

Diable ! Ces couleurs dans le ciel, ces puissances sonores païennes, ces vertigineuses vibrations… Combien puis-je comprendre les soldats revenant du front abrutis par la beauté des tirs d’artillerie. J’imaginais les oiseaux occis, brûlés dans le ciel par le feu sardonique, j’imaginais les tirs manqués fondre sur la foule pareils à des punitions divines, j’imaginais ces manifestations angéliques ou mythologiques profiter de la démonstration pyrotechnique pour s’imiter dans notre monde et l’infecter de justes malédictions.

A la première poche j’avais trouvé un providentiel revolver Apache comme en portent les membres du gang parisien. A chaque détonation je brûlai une cartouche, à chaque détonation je plantai, à chaque détonation je fracassais impunément à coup de poing métallique dans les lombaires. Je n’étais plus un simple humain, j’étais la main d’un dieu de râles et de mystères, le souffle de la Camarde invisible, aveugle et impitoyable. Je puis encore me souvenir de chaque victime, de sa silhouette illuminée de teintes vives, je puis encore ressentir la toute-puissance qui coulait dans mes veines redoutables, toutes ces victimes offertes à moi.

Depuis j’ai cessé les rapines, je me suis trouvé un emploi honorable, une famille aimante et aimée, mais, diable ! pas un feu d’artifice durant lequel je puisse m’empêcher de sacrifier au dieu du sang.

Pinacle romantique

La métaphysique aux philosophes, la méta-phtisie aux poètes.

 

Ne pas parler avec son cœur : râler des complaintes avec ses poumons fanés.

Mais d’après les données que m’ont fournies à la fois votre propre récit et les réponses que je vous ai extorquées à grand-peine, je ne puis tirer qu’une conclusion : c’est que les gens de votre race forment, dans leur ensemble, la plus odieuse petite vermine à qui la Nature ait jamais permis de ramper à la surface de la terre.

Ainsi conclut le roi de Brobdingnag

 

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