Le site officiel, conforme aux normes sanitaires

Mois : juin 2016

Trait

Rarement fus-je aussi pressé par l’obligation de dresser le portrait d’un artiste tel qu’Abraham Surde. Une impériosité humaniste me pousse à partager l’éblouissante entreprise de ce génie.
Né manchot, il apprit à se servir de ses pieds comme un ectrodactylien droitier userait de sa pince gauche. Pourtant, à défaut d’être apte à quoi que ce soit sinon être montré dans quelques foires de mauvais goût, il avait de grandes aspirations artistiques coïncidant avec la mature modernité de la culture européenne. Ainsi imagina-t-il et tailla-t-il une pointe de charbon à usage absolument unique. Ainsi aussi dessina-t-il un trait sur une feuille blanche. Et ainsi devint-il, après sa mort survenue quelques jours suivant l’accomplissement de son œuvre, un artiste réputé dans le milieu des initiés que certains qualifient –très certainement avec exagération – de peignes-cul.
L’œil exercé pourra remarquer que l’épaisseur du trait est inconstante, que ce trait est incliné à 47°, qu’il mesure 11,3 cm, et qu’il n’est pas du tout droit. Certains initiés y voient des messages cachés prophétiques d’une importance capitale, d’autres béotiens pensent que ce n’est qu’un trait, mais ces derniers sont de la race des aigris, ceux-là même qui prétendraient qu’une bouse de vache livrée par l’unijambiste qui a sauté à cloche-pied d’Inde jusqu’en nos contrées ne vaut pas plus cher qu’un étron de chien…
Je suis au regret de ne pouvoir vous présenter le trait en question, d’une part car je n’en possède aucun droit, d’autre part car sa puissance évocatrice est trop intense. Et pourtant, quel trait !

ectrodactylie

La clef des rêves

La pensée n’est pas plus un droit qu’une liberté, c’est un péril ; et si, à travers les âges, les espèces se sont acharnées à s’aliéner au prosaïque, à la veulerie intellectuelle et à la concupiscence, ce n’est pas par volonté de médiocrité mais parce que quiconque ne s’était pas soumis à son animalité n’avait pu assez endurer la vie, se délecter de ses fruits sans saveurs et assez se répandre en nombre au sein de l’espèce pour en bouleverser le caractère fondamentalement myope : nul libre penseur dont la voie a été réellement parcourue pour ne pas rester stérile ou devenir un infanticide, seuls ceux qui savent jouir de ridicules stimuli savent l’art d’ignorer l’ennui d’être.
Que les faiseurs de métaphysique continuent leur œuvre afin de résoudre par l’absurde les problèmes que, de toutes manières, peu se posent. Que les réducteurs de songes exposent et démocratisent leurs sinistres théories sur l’onirisme qui serait le complice des vices, des fluides, des sentiments, des émotions, ou de quelque autre fadaise que ce soit. Que les éthérées et justes visions des mystiques gisent dans leurs cryptiques obscurités et restent inextricablement nouées, filées en d’assez opaques métaphores pour que nul n’y puisse ouïr le trop pur timbre, que l’on n’y puisse déceler que des méthodes avantageuses à ceux qui nomment richesses tout ce qui n’est pas intérieur à soi. Que les imaginatifs – dont le lucide instinct mène les errances vers les romantiques cimes suicidaires – ne soient pas féconds et ne transmettent pas la tare du goût à l’évasion ; et que continuent à hurler et à ramper tous ceux qui, par voyage, comprennent déplacement géographique.
La Clef des rêves n’a rien de matériel, seule la formule gravée dans ses circonvolutions importe, seuls les symboles sont.
Néanmoins nos chercheurs ont réussi à la synthétiser et à la matérialiser sous forme tangible, cette fameuse Clef des rêves. Afin de bénéficier de ses prodigieux effets sans en passer par la mort volontaire ou la mélancolie absolue, d’honorer vos sommeils à la mesure de la beauté de votre âme, d’enfin vous faire un véritable plaisir solitaire, passez commande d’un livre auprès des Deux Zeppelins ou Heresie.com en ajoutant le code de réduction « ParcetteprésentecommandejecèdemonâmeàF.Thievicz » et recevez sous 10 jours la Clef Des Rêves en version limitée qui rendra jaloux tous vos amis.

Si je mens mon nez tombera

La cité est un Freak show de l’esprit

Ils s’entrainent pour courir en rond, tous ensemble ; ils se pressent pour arriver à leur point de départ et repartir, encore et encore, de plus en plus vite, pour en revenir au même point. On n’appelle pas cela absurdité, on ne nomme pas cet acte Hommage à Sisyphe. Ils s’équipent, ils s’encouragent, et ils s’enchantent. Il faut imaginer les joggeurs heureux, il faut imaginer la course circulaire comme la manifestation de l’humanité.

Et ainsi, à l’image de ce loisir, toute leur vie est une quête de la félicité par la vanité la plus prosaïque, une grotesque parodie de l’inepte, le déplacement dans la stagnation, la gloire du brassage d’air pour se retrouver au même endroit que les pitoyables léthargiques qui ne n’agitent pas ; et, dans ce triomphe de vacuité, tous s’épanouissent pourtant.

Pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas à imaginer un Sisyphe heureux, il n’y a qu’à observer cette étrange espèce qu’est l’humain. Sur la voie de la crétinerie, l’humain, arrivé au bout du chemin, gire et arrive ainsi à aller étendre le royaume de l’absurde en des domaines inexplorés jusqu’alors.

Le tératologue avisé en quête d’autres dégénérescences dirigera avec pertinence ses errances vers le parc urbain le plus proche de chez lui.

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par

RSS
Follow by Email