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Nov

Chevalerie

   Ecrit par : heresie   in Non classé

La situation ne pouvait plus mal se profiler : comme tous les matins depuis soixante-six jours le chef des assaillants rôdait autour des douves, exigeant à force de vociférations et de formules peu chevaleresques les beaux organes de la fille du seigneur afin de les honorer de manière pour le moins intimes, à l’intérieur des fortifications le peuple en émoi réclamait pitance, quant à celle qui avait causé tous ces malheurs elle se lamentait en me laissant entendre qu’elle se suiciderait sous peu, ne sachant souffrir tant de culpabilité et ne voyant se profiler sur l’horizon de l’avenir de sa vie terrestre qu’un absurde  et infini labyrinthe de perfides pièges et de tortures.

A chacun (et même à tous) j’avais fait la promesse de tout arranger, mais vous connaitriez l’obstination de l’assaillant ainsi que sa légitimité à réclamer son dû, vous verriez les corps faméliques des gueux paysans, les peu de troupes dont nous disposions, et l’affliction de la jeune vierge, vous auriez comme moi douté un instant, aussi brave et fortuné soyez-vous.

« Par les cieux et tous les nuages qu’ils contiennent, fis-je à la jeune femme, se suicider est péché. J’ai une autre solution ! »

Et dans ses yeux je vis un éclat de remerciement avant que ses sourcils ne sculptassent une inattendue expression de désarroi. Pourtant dix minutes plus tard je fus acclamé, le bien avait été rendu : la jeune femme ne s’était pas donné la mort puisque je l’avais tuée. Comme j’avais découpé ses beaux organes et les avais envoyés à l’assaillant celui-ci dut se résoudre à retirer ses troupes, ayant eu ce qu’il désirait, et en attendant de baisser le pont levis, afin de satisfaire leur faim, je livrai le reste de la carcasse de la défunte vierge aux gueux.

Chevalier solitaire, serviteur du bien, j’erre désormais par monts, vaux et plaines, offrant mes services aux plus désespérés. Passez-vous la corde au cou mais ne vous pendez pas, appelez-moi et je me chargerai de cette besogne afin de vous éviter les voies des enfers.

Cet article a été publié le lundi 3 novembre 2014 à 12 h 19 min et est classé dans Non classé. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

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