14
Oct

La maison hantée

   Ecrit par : heresie   in Non classé

« Mais que votre teint est pâle, n’aviez-vous pas dit que vous alliez prendre le soleil et les eaux à je ne sais quelle ville thermale?

– Si, les eaux étaient merveilleuses, que des gens très comme il faut, le soleil n’a jamais été voilé par le moindre nuage…

– Mais vos mains tremblent. De quelle tragédie êtes-vous donc victime?

– Oh, je n’ose le dire!

– Confiez-vous, cher ami.

– C’est que lorsque je suis rentré chez moi j’étais exténué par le long voyage en train et en fiacre, il faisait nuit, mes domestique étaient absents… Je suis tout de même allé me coucher, sans boire d’infusion ni allumer la moindre bougie, ni m’être déchaussé, ni m…

– Bien, bien, personne pour vous servir, mais ce n’est pas une raison pour suer à si grosses gouttes et faire perdre à votre peau sa décadente teinte hâlée de saison estivale…

– C’est que dans mon sommeil j’ai commencé à entendre des rires. J’ai cru mes domestiques revenus, même si je ne reconnaissais le timbre de leurs voix. Je les hélai mais ils ne répondirent pas, bien au contraire un grand silence se fit, un silence terrifiant.

– Et ensuite?

– Ensuite je suis resté sous mes draps. J’ai pu saisir dans les ténèbres un objet qui me parut faire office d’arme, et j’attendis.

« Des animaux chimériques, des visages abjectes parodiant l’humanité, des corps simiesques s’éventrant les uns les autres, tout cela se jouant sur le mur tandis qu’un spectre apparut au seuil de la porte qui s’était ouverte en grinçant sur ses gonds, une phosphorescence armée d’une longue dague ensanglantée, présence sardonique sans visage mais ne pouvant cacher ses sombres desseins.

« Puis ils rirent, de terribles éclats de rires comme peuvent en moduler les hordes barbares lorsqu’elles montent à l’assaut. Des chaos de chaines que l’on roulait au loin, des hurlements, des enfants dialoguant entre eux, une prière païenne, des litanies impies…

– Mais qu’avez-vous fait alors?

– J’ai pleuré, j’ai enfoui ma tête sous mes draps et j’ai pleuré tandis qu’on détruisait la vaisselle, le mobilier, qu’on rampait aux murs dans cette atmosphère glaciale. Voyez : j’en ai conservé de telles gerçures que le froid devait être pour le moins intense.

– Étrange que le Club de Curiosité n’ait rien vu, ils sont restés dans le kiosque de votre jardin tout la nuit. Ils y sont même probablement encore, ils vous attendaient pour le concert sur viole de terre que vous deviez offrir à la constellation de la Lyre…

– Bouge de bougre! C’est qu’alors ils m’ont joué un sale coup! »

Nous nous rendîmes à la rue F…. et trouvâmes embusqués les membres du Club, surpris de me voir avec notre victime.

« Pardon mais vous m’avez déjà infligé la nuit la plus cauchemardesque de ma vie!

– Pas du tout : toute la soirée nous avons veillé en silence, puisque les instruments sont dans la maison et que nous n’avions les clefs; mais rien : personne n’est passé. Vous deviez pourtant donner ce récital astral avec nous!

– Par contre, ajouta Riviera, vos voisins ont fait un boucan de tous les diables!

– Mais je n’ai pas de voisins, ils sont morts depuis 10 ans exactement et leur maison tombe en ruine…

– Alors c’est qu’hier soir vous avez dû confondre votre maison avec la voisine et… »

 

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Cet article a été publié le lundi 14 octobre 2013 à 23 h 30 min et est classé dans Non classé. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

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