« C’est une femme étrange, dont le menton en galoche faisait penser à une faux renversée, et dont les cheveux gris perlaient de son crâne fripé comme les rais de lune perleraient de… d’un ciel fripé.

 » Elle se postait tous les matins sur son perron et, tout en parlant à son chat, tricotait.

– Je vois de qui vous voulez parler : Lady Burgoughout.

– Pas du tout ! Elle tenait d’une main ferme son aiguille tandis que l’autre passait et repassait les fils pour former d’inextricables nœuds que, le soir venu, elle entreprenait de défaire, pour, prétextait-elle, économiser le fil pour le lendemain.

– Et ce fil était en une matière incroyable, n’est-ce pas ?

– Du fil tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Taisez-vous et laissez-moi raconter : En rentrant chez elle, elle emportait son sac de fil, reformait une bobine, fichait ses aiguilles dedans, jetait négligemment le tout dans un panier en osier, s’agenouillait pour une petite prière.

– Au diable !

– Non.

– A une divinité païenne ?

– Non, non, à Jéhovah, Yahvé, Adonaï, et à celui qui ne peut se contenter d’un seul nom.

– Mais… Et ensuite ?

– Ensuite elle s’endormait.

– Et s’abîmait en des songes ineffables ? Ou elle était victime de somnambulisme macabre ?

– Rien de si fantastique : elle dormait jusqu’au lendemain d’un sommeil juste et régulier.

– Mais pourquoi me raconter cette histoire inutile, alors ?

– Parce qu’il faut bien meubler…

– Et pourquoi cette illustration qui n’a rien à voir ?

– Parce que l’érotisme gras qui s’en dégage fera oublier que nous avons fait perdre son temps ô combien précieux au lecteur.  »

 

Cet article a été publié le jeudi 20 avril 2017 à 18 h 14 min et est classé dans Non classé. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

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