{"id":2427,"date":"2013-10-29T01:37:03","date_gmt":"2013-10-29T00:37:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.heresie.fr\/thievicz\/?p=2427"},"modified":"2013-10-29T01:37:03","modified_gmt":"2013-10-29T00:37:03","slug":"dans-sa-geole-nulle-nuit-sans-folie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/heresie.com\/thievicz\/2013\/10\/29\/dans-sa-geole-nulle-nuit-sans-folie\/","title":{"rendered":"Dans sa ge\u00f4le, nulle nuit sans folie"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\tLe paradoxe est toujours une illusion, tous les paysages sont en trompe-l\u2019\u0153il, avec la bonne clef on passe derri\u00e8re la porte&#8230; Et donc paradoxe, pourquoi parl\u00e9-je de paradoxe? Parce que je souhaite placer deux citations contre l&rsquo;\u00e9rudition, citations de Armel Guerne dans son livre sur le romantisme <em>L&rsquo;\u00e2me insurg\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi ne pas \u00e9crire plut\u00f4t que citer?<\/p>\n<p>-Eh bien justement pour produire du paradoxe! Enfin, sinon pourquoi aurais-je parl\u00e9 de paradoxe en pr\u00e9ambule?! Vous, lecteurs, avez toujours de ces questions \u00e9tranges, surtout pour des \u00eatres qui ne sont pas vraiment l\u00e0 ni qui ne disent rien!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(<em>Laissez-moi vous dire<\/em> est un copier-coller du site http:\/\/traverse.unblog.fr\/2013\/09\/08\/l%E2%80%99ame-insurgeed%E2%80%99armel-guerne-via-paul-emond\/\u00a0\u00a0 Je ne vous conseille pas de lire le texte en entier dans le livre, vous ne le m\u00e9ritez pas, ne vous contentez m\u00eame pas des passages les plus \u00ab\u00a0positifs\u00a0\u00bb pr\u00e9sent\u00e9s ici)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Se r\u00e9fugier dans l&rsquo;\u00e9rudition est une l\u00e2chet\u00e9 facile, une paresse fatale; de toutes les an\u00e9mies, la plus pernicieuse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Laissez-moi vous dire<\/p>\n<p>que le po\u00e8te n\u2019a pas la vie facile dans un monde devenu ce manteau de t\u00e9n\u00e8bres, paillet\u00e9 d\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re par une actualit\u00e9 ext\u00e9nu\u00e9e en quelques heures, qu\u2019on renouvelle tous les jours et qui tient toute la place avant de s\u2019effacer. Un monde o\u00f9 le niveau des larmes, cependant, ne cesse de monter. Un monde pilonn\u00e9, tritur\u00e9, sermonn\u00e9 de plus en plus s\u00e9v\u00e8rement par le verbe surnaturel des catastrophes, couch\u00e9 sous le vent fort de ce langage, le plus clair et le plus nu de tous, dont les statisticiens s\u2019emparent aussit\u00f4t pour le rendre inintelligible. Les c\u0153urs sans le savoir, les esprits sans le percevoir et, tout au fond, les \u00e2mes sans le dire sont tellement dans le besoin que le silence de leur cri \u2013 formidable colonne en creux \u2013 requiert et mobilise contre lui l\u2019acharnement insupportable et sans r\u00e9pit de tous les bruits du monde, organise la fuite et le refuge de chacun dans ce supplice \u00e9troit, la collaboration funeste de tout individu, par soumission servile ou par complicit\u00e9 d\u00e9shonor\u00e9e, \u00e0 cet attentat fracassant qui le disjoint, l\u2019\u00e9miette, le pulv\u00e9rise et le disperse. S\u2019abstraire de l\u2019essentiel, tout est l\u00e0. Sortir le plus possible du dedans de la vie; rester dehors. L\u2019information, laissez-moi vous le dire, est l\u2019instrument parfait, la corde lisse et le n\u0153ud bien coulant de cette pendaison\u00a0: l\u2019information, proc\u00e9d\u00e9 \u00e9minemment artificiel et abstrait, destin\u00e9 \u00e0 rendre informe et sans le\u00e7on tout ce qui peut, tout ce qui risque d\u2019avoir, originalement, une forme certaine et peut-\u00eatre un enseignement. L\u2019informatique a perfectionn\u00e9 le syst\u00e8me en le m\u00e9canisant et d\u00e9sormais, sans le concours de personne, l\u2019analyse devient si fine que tout danger est \u00e9cart\u00e9\u00a0: m\u00eame par accident il ne peut plus rester, non, m\u00eame \u00e0 la loupe on ne saurait trouver le grain le plus infime de concret dans la pens\u00e9e lisse et liquide qu\u2019elle d\u00e9gorge. Le rien est souverain et triomphe dans le bourdonnement enthousiasm\u00e9 des bavardages. Car sait-on jamais ? La trace seulement d\u2019une poussi\u00e8re pourrait suffire \u00e0 accrocher un souvenir, un rappel, d\u00e9couvrir une analogie, voire amorcer un r\u00eave, \u00e9veiller un silence, engendrer l\u2019incongruit\u00e9 d\u2019une de ces l\u00e9gendes qui parlent \u00e0 travers le temps\u00a0!<\/p>\n<p>Abandonn\u00e9 de tous, le g\u00e9nie souple et prompt de notre langue est sans emploi, comme un ange au ch\u00f4mage. Vu de demain, regard\u00e9 seulement de la pointe du prochain matin, le fran\u00e7ais est d\u00e9j\u00e0 une langue morte, \u00e9cras\u00e9e, accabl\u00e9e, enterr\u00e9e sous ses mines o\u00f9 s\u2018amusent encore, inconscients, \u00e9gar\u00e9s, les producteurs rentiers d\u2019une litt\u00e9rature qui n\u2019a d\u2019autres raisons que la \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le go\u00fbt du jour. L\u2019argent, seul \u00e9talon de toutes les valeurs, ne quitte plus jamais le devant de la sc\u00e8ne. \u00c9coutez bien, tendez l\u2019oreille: \u00ab\u00a0euh\u2026\u00a0! beuh\u2026\u00a0!\u00a0\u00bb Nous sommes entr\u00e9s dans le si\u00e8cle de l\u2019onomatop\u00e9e et nous voici d\u00e9j\u00e0 tout occup\u00e9s \u00e0 convertir les mots en chiffres. Sans le lyrisme des milliards, avouons-le, auquel les moins riches ne sont pas les moins accessibles, la politique serait sans effet, sans \u00e9cho, et les prisons de l\u2019id\u00e9ologie s\u2019ouvriraient d\u2019elles-m\u00eames, rel\u00e2chant en plein air la cohue de leurs d\u00e9tenus fascin\u00e9s, tout surpris de se retrouver libres de leur pens\u00e9e, de respirer un air de leurs propres poumons. L\u2019argent (qui n\u2019est depuis longtemps plus synonyme de richesse, mais de besoin), s\u2019il fut depuis toujours servi par les ambitieux, ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 avec le cynisme imb\u00e9cile et l \u2018unanimit\u00e9 \u00e9hont\u00e9e de nos contemporains: la masse humaine la plus mendiante et la plus l\u00e2che, la plus confuse et la plus confondue que le monde ait port\u00e9e. Seul le nanti n\u2019en a jamais assez\u00a0; et c\u2019est toujours lui qui crie le plus fort, du haut en bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, surtout en bas. Laissons.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Un pareil d\u00e9sarroi, des hommes plus humains, beaucoup moins n\u00e9gatifs, l\u2019ont pressenti d\u00e9j\u00e0 comme pour nous aider, hurlant alors de toutes les mani\u00e8res la fureur de la faim spirituelle, clamant et proclamant l\u2019insurrection de l \u2019\u00e2me aux quatre coins du monde, s\u2019arrachant \u00e0 leur si\u00e8cle qu\u2019ils jugeaient imb\u00e9cile et qui ne manquait pas d \u2019incommodit\u00e9s, plongeant dans le pass\u00e9, secouant l\u2019avenir en le proph\u00e9tisant jusqu\u2019au bout de leur force d\u2019imagination comme pour mieux l\u2019exorciser, cherchant partout des appuis et des fr\u00e8res, recensant l\u2019univers et les tr\u00e9sors int\u00e9rieurs, se prodiguant \u00e0 c\u0153ur ouvert, risquant sur eux un perp\u00e9tuel tout pour le tout que rien ne pouvait arr\u00eater, ni la folie, ni le suicide, ni la mort qu\u2019ils ne cessaient de fr\u00f4ler, toujours a cet extr\u00eame d\u2019eux-m\u00eames qu\u2019ils ne cessaient de hanter par souci de vivre dignement, noblement, sans rien omettre. Jamais peut-\u00eatre on n\u2019avait fait autant de litt\u00e9rature\u00a0; et jamais sans doute on n\u2019y mit tant de sang, tant de c\u0153ur, tant de fi\u00e8vre et aussi de merveilleux caprice, de libert\u00e9. Ils ont tout essay\u00e9, tout appel\u00e9 \u00e0 leur secours pour \u00e9tendre le cercle autour de la raison et trouver des issues, ne pas s\u2019y enfermer. Ils ont couru tous les chemins qu\u2019ils croyaient deviner. S\u2019ils se trompaient, tant pis pour eux\u00a0! mais ils y allaient voir \u2013 et malheureusement, \u00e9gar\u00e9s dans le mar\u00e9cage d\u2019une langue peu faite pour la rigueur, la rectitude ou le redressement de la pens\u00e9e aventur\u00e9e sur un terrain mystique, ils se tromp\u00e8rent souvent et moururent beaucoup.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Ce Romantisme, bien \u00e9videmment, n\u2019a rien de commun avec la gentillette \u00e9cole litt\u00e9raire qui fit flor\u00e8s en France sous ce nom\u00a0; rien de commun non plus avec la rh\u00e9torique douce\u00e2tre et la fadeur sentimentale, les rubans et les fanfreluches que l\u2019on s\u2019est plu souvent \u00e0 attacher \u00e0 ce mot. Les Fran\u00e7ais \u00e0 vrai dire, Nerval \u00e0 peu pr\u00e8s seul except\u00e9, sont rest\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cart de ce mouvement, qui a fleuri d\u2019abord et surtout en Allemagne avec H\u00f6lderlin et Novalis, avec Arnim, avec Kleist, avec Hoffmann et tant d\u2019autres, mais\u00a0 aussi en Angleterre \u2013 avec Keats bien plus qu\u2019avec Byron ou Shelley, et par-del\u00e0 les sombres splendeurs du \u00ab\u00a0Roman noir\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 Stevenson \u2013, mais encore dans la lointaine Am\u00e9rique chez deux \u00eatres aussi diff\u00e9rents \u2014 et aussi n\u00e9cessairement compl\u00e9mentaires \u2013 que Poe et Melville, sans oublier les pays slaves o\u00f9 l\u2019\u00e9lan mystique du hassidisme juif et cet autre \u00e9lan qui soul\u00e8vera plus tard les r\u00e9cits de Dosto\u00efevski sont manifestement d\u2019essence romantique, au sens le plus exigeant que l\u2019on voudra bien donner \u00e0 pareille d\u00e9signation.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>C\u2019est que pour eux, le Romantisme \u00e9tait vraiment une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre. Un combat pour la pl\u00e9nitude. Une bataille d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e contre l \u2018abdication capitale, contre ce vide d\u00e9sesp\u00e9rant qui laisse l\u2019homme comme une viande dou\u00e9e de r\u00e9flexes d\u00e8s qu\u2019il oublie son \u00e2me, d\u00e8s qu\u2019il quitte ses r\u00eaves, d\u00e8s qu\u2019il cesse de reconna\u00eetre et de nourrir \u2013 pour ne plus faire qu\u2019alimenter l\u2019autre \u2013 Cette moiti\u00e9 divine dont il est compose\u2019 et qui respire au milieu des \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Car on ne devrait jamais l\u2019oublier, la vie n\u2019est pas un \u00e9tat mais un risque, et qui s\u2019ouvre toujours plus. Grandiose. Une conqu\u00eate qui n\u2019en finit pas. Un \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb \u2013 au sens o\u00f9 Schubert l \u2019a certainement v\u00e9cu \u2013 mais un voyage incertain et dur, \u00e0 la mesure de ceux, et de ceux-l\u00e0 seuls, qui sont capables de marcher.<\/p>\n<p>Il vaut donc mieux, croyez-moi, ne pas trop se fier aux ruminants intellectuels qui vivent \u00e0 la ferme, engrangeant le foin et la paille de leurs savoirs r\u00e9colt\u00e9s. Les hommes de cabinet, laissez-moi vous le dire, ne font pas de bons compagnons de route.<\/p>\n<p>Vivent les hommes de plein vent !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Armel Guerne, <em>L\u2019\u00e2me insurg\u00e9e<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/Dreams-No-Mortal-Ever-Dared-to-Dream-Before-Gustave-Dore.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2431\" title=\"Dreams No Mortal Ever Dared to Dream Before Gustave Dore\" src=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/Dreams-No-Mortal-Ever-Dared-to-Dream-Before-Gustave-Dore.jpg\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"801\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/Carlos-Schwabe-Posthumous-Remorse-Remords-posthume.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-large wp-image-2432\" title=\"Carlos Schwabe Posthumous Remorse Remords posthume\" src=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/Carlos-Schwabe-Posthumous-Remorse-Remords-posthume-589x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"589\" height=\"1024\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/Carlos-Schwabe-Damned-Women-Delphine-and-Hippolyta.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-large wp-image-2433\" title=\"Carlos Schwabe Damned Women  Delphine and Hippolyta\" src=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/Carlos-Schwabe-Damned-Women-Delphine-and-Hippolyta-604x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"1024\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/F\u00e9licien-Rops-The-Dance-of-Death.jpeg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2434\" title=\"F\u00e9licien Rops The Dance of Death\" src=\"http:\/\/www.heresie.com\/thievicz\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/F\u00e9licien-Rops-The-Dance-of-Death.jpeg\" alt=\"\" width=\"244\" height=\"400\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;\t\t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le paradoxe est toujours une illusion, tous les paysages sont en trompe-l\u2019\u0153il, avec la bonne clef on passe derri\u00e8re la porte&#8230; Et donc paradoxe, pourquoi parl\u00e9-je de paradoxe? 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