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La Lycanthropie

Loup garou

L'Antiquité comme le Moyen Âge a cru avec une foi singulière à la lycanthropie. Hérodote en parle comme d'un fait avéré ; Virgile en parle également, et dans sa huitième églogue, il fait dire à Alphésibée :

« J'ai vu Moeris se faire loup et s'enfoncer dans les bois. »

Au Moyen Âge, on vit les lycanthropes, devenus loups-garous, jeter l'épouvante dans les villes et dans les campagnes. Les sorciers opéraient cette métamorphose sur leurs ennemis, mais le plus souvent, ils l'opéraient sur eux-mêmes, et sous cette forme nouvelle, ils attaquaient non seulement les troupeaux, mais encore les hommes, dont ils dévoraient la chair saignante. Ils pouvaient toujours, quand ils le voulaient, reprendre leur première forme, mais quand, par hasard, ils avaient reçu, en se trouvant à l'état de loup, une blessure qui les avait privés d'un membre, ils gardaient en redevenant hommes l'empreinte de cette mutilation, et c'est par là que l'on parvenait souvent à les reconnaître.

L'un des démonologues les plus connus, Henri Boguet, raconte que, dans les montagnes de l'Auvergne, un chasseur fut un jour attaqué par un loup énorme, auquel, en se défendant, il coupa la patte droite. L'animal ainsi mutilé s'enfuit en boitant sur trois pattes, et le chasseur se rendit dans un château voisin pour demander l'hospitalité au gentilhomme qui l'habitait. Celui-ci, en l'apercevant, s'enquit s'il avait fait bonne chasse. Pour répondre à cette question, il voulut tirer de sa gibecière la patte qu'il venait de couper au loup qui l'avait attaqué, mais quelle ne fut pas sa surprise en trouvant, au lieu d'une patte, une main et, à l'un des doigts, un anneau que le gentilhomme reconnut pour être celui de sa femme.

Il se rendit immédiatement auprès d'elle et la trouva blessée, cachant son avant-bras droit. Ce bras n'avait plus de main, on y rajusta celle que le chasseur avait rapportée, et force fut à cette malheureuse d'avouer que c'était bien elle qui, sous la forme d'un loup, avait attaqué le chasseur. Le gentilhomme, qui ne se souciait pas de garder une telle compagne, la livra à la justice, et elle fut brûlée.

Selon Collin de Plancy dans son Dictionnaire infernal, les loups-garous étaient fort communs dans le Poitou ; on les y appelait la bête bigourne qui court la galipode. Quand les bonnes gens entendent, dans les rues, les hurlements épouvantables du loup-garou — ce qui n'arrive qu'au milieu de la nuit — ils se gardent bien de mettre la tête à la fenêtre, parce que, s'ils avaient cette témérité, ils ne manqueraient pas d'avoir le cou tordu.

On assure dans cette province qu'on peut forcer le loup-garou à quitter sa forme d'emprunt en lui donnant un coup de fourche entre les deux yeux. Pierre de Lancre assure qu'ils étranglent les chiens et les enfants, qu'ils mangent de bon appétit, qu'ils marchent à quatre pattes, et qu'ils hurlent comme de vrais loups, avec de grandes gueules, des yeux étincelants et des dents crochues. Jean Bodin raconte qu'on vit, en 1542, 150 loups-garous sur une place publique à Constantinople.

Loup-garou

Notice Historique

La lycanthropie (du grec lykanthropia, transformation en loup) trouve ses racines dans les mythes de l'Antiquité païenne (notamment le mythe de Lycaon en Arcadie rapporté par Ovide). Au XVIe et au XVIIe siécle, en pleine période de chasse aux sorcières en Europe, le phénomène change de nature : il n'est plus seulement perçu comme une pathologie ou une m&eacutamorphose mythologique, mais comme un crime d'ordre démoniaque relevant de la sorcellerie.

Les juges et démonologues de l'époque (tels Jean Bodin ou Henri Boguet) instrumentalisent ces croyances populaires à travers des traités juridiques et théologiques rigoureux, conduisant de prétendus lycanthropes au bûcher, assimilant leurs actes à des pactes explicites conclus avec le Diable.

Bibliographie & Sources

  • Bodin, JeanDe la démonomanie des sorciers, 1580.
  • Boguet, HenriDiscours des sorciers, 1602.
  • Collin de Plancy, Jacques Albin SimonDictionnaire infernal, 1818.
  • De Lancre, PierreTableau de l'inconstance des mauvais anges et démons, 1612.
  • HérodoteHistoires (Livre IV).
  • VirgileBucoliques (Églogue VIII).
Illustration lycanthropie  
Illustration lycanthropie  
Crapouillot 1960