Torture protéiforme, le supplice de la roue était l'un des plus répandus, du condamné qui tournait en se faisant lacérer par des clous à celui du bûcher qui se situait sous le condamné, ce supplice se trouve décrit avec force de détails sous la plume de Muyart de Vouglans :
On dresse un échafaud sur le milieu duquel est attaché à plat une croix de Saint André faite avec deux solives en forme oblique, assemblées au milieu où elles se croisent, sur lesquelles il y a des entailles qui répondent au milieu des cuisses, des jambes, du haut et du bas du bras. Le criminel nu, en chemise étendu sur cette croix, le visage tourné vers le ciel, l'exécuteur ayant relevé sa chemise aux bras et aux cuisses, l'attache à la croix avec des cordes à toutes les jointures et lui met la tête sur une pierre. En cet état armé d'une barre de fer carrée, large d'un pouce et demi, arrondie avec un bouton à la poignée, il en donne un coup violent entre chaque ligature, vis à vis de chaque hoche et finit par deux ou trois coups sur l'estomac...
Après l'exécution faite, le corps du criminel est porté sur une petite roue de carrosse dont on a scié le moyeu en dehors et qui est placée horizontalement sur un pivot. L'exécuteur après lui avoir plié les cuisses en dessous, de façon que ses talons touchent au derrière de la tête, l'attache à cette roue en le liant de toutes parts aux jantes et le laisse ainsi exposé au public plus ou moins de temps.

« Enfin le bourreau lui cassa / Les os des jambes et des bras / Avec ceux des reins et des cuisses / Et Mandrin, pendant ces supplices / Priait bien fort l'Agneau pascal / Et disait qu'on lui faisait mal. »
Mécanique judiciaire et exemplarité de la peine
Le supplice de la roue incarnait la quintessence de la justice pénale d'Ancien Régime, associant la destruction méthodique des corps à une mise en scène macabre destinée à marquer durablement les esprits. Réservé aux crimes les plus odieux et aux grands brigands, il traduisait la volonté souveraine d'infliger une souffrance proportionnelle à la rupture du pacte social, avant d'exposer la dépouille brisée comme un avertissement solennel adressé à la population.
Bibliographie sélective
- FOUCAULT, Michel, Surveiller et punir : Naissance de la prison, Gallimard, 1975.
- MUYART DE VOUGLANS, Pierre-François, Les Lois criminelles de France, in utrumque, 1780.
- CASTAN, Nicole, Justice et répression en Langue d'Oc à l'époque moderne, Flammarion, 1980.







