« Je suis allé au jardin d’acclimatation de Paris, quelles fantaisies n’y trouve-t-on pas. J’aurais bien vanté l’immoralité qui y règne, tous ces animaux en cage, ces autruches que l’on fait monter par des pintades, ces chameaux (ou dromadaires) que l’on fait s’agenouiller pour que des lape-soupe souillent la selle de leurs culottes crottées, ces éléphants que l’on tourmente pour les faire devenir fous afin de pouvoir les abattre et leur prélever leur précieux ivoire ou les naturaliser. Oui, tout cela était délicieusement charmant, succulent, et aurait pu être parfait si l’on ne vous refusait pas le droit de pouvoir chevaucher de l’indien ou même du nègre, pas même le droit de sauter sur les épaules d’un mahométan. Soit disant ces animaux ne supporteraient pas de nous amuser en les montant, qu’il n’existe aucune selle adaptée (comme si c’était un argument qui n’était pas valable pour les autres bêtes) et qu’ils pourraient se montrer agressifs.
– Mais quelle honte!
– Je ne vous le fait pas dire. Et pis : j’ai pu goûter du steak d’antilope, de cheval, d’autruche, mais demandez à goûter de l’africain on vous le refusera tout net… Ils préfèrent les laisser mourir pour rien, et je ne vous cache pas que je pense que les soigneurs vont même jusqu’à les inhumer!
– Quel drame!
– Oh n’ayez crainte, fort heureusement il y avait de l’italien en liberté et une pauvresse autochtone qui a bien voulu me vendre du muscle de son bras, mais imaginez si je n’en avais pas trouvé… je serais mort d’ennui et j’aurais pu avoir faim de viande exotique. «






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