Articles tagués ‘cruel’

14
Mai

Comment rire avec un marteau

   Ecrit par : F.Thievicz   in Non classé

« Voilà, mes chers enfants, tout ce qu’il y a sur la table est pour vous. »

Et tous les orphelins de se passer leur crasseuses manches sur leur nez morveux d’un air sceptique mais avide, eux qui n’ont l’habitude que des gifles, des porridges gluants et des brimades parfumées à l’haleine fétide.

L’un d’eux, plus audacieux, fit un pas en avant et tendit son cou crasseux pour humer les soldats de plomb parfumés au pain d’épices.

« Vilains ! vous avez tous été vilains ! vociféra le syphilitique en sortant un gros maillet de la boucle de sa ceinture.

Je fis de même lorsqu’il commença à détruire la montagne de cadeaux que nous avions apportée.

« Doucement, Henry, m’admonesta-t-il d’une sévère voix d’expert. Ne vous concentrez pas sur votre labeur, il n’est que secondaire, levez un peu la tête pour les voir tous pleurer. Oh ces visages hideux embellis par la rage, la tristesse et le désarroi… Ohen, jouit-il.

Aucun ne hurla, aucun ne brailla, aucun n’esquissa le moindre geste pour nous empêcher d’agir.

« Vous savez que vous n’avez pas été sages, s’apitoya le syphilitique en mimant une approximative empathique. C’est pour votre bien, vous le savez, n’est-ce pas !

Le cuistre ! La plupart s’étaient fait attraper alors que c’était lui qui avait loué leurs services, lui qui leur avait appris à voler, molester, terroriser…

« Oh, mais toi… fit-il en voyant une petite fille toute penaude. Oh mais toi je ne te connais pas. As-tu été sage cette année ?

– Mes parents sont morts, mon oncle me battait, je m’ai cassé le pied, et…

– Tututu, on dit « je me suis cassé le pied » ; et tu n’as pas répondu à ma question, vilaine. »

Et le syphilitique de reprendre la poupée de porcelaine qu’il venait de placer dans les petites mains de l’infortunée avant de la briser sur un coin de table et de lui jeter la dépouille de l’effigie.

« Tiens, prends, tu me fais trop de peine. »

*

« Ah, Henry, que c’est bon de faire le bien autour de soi. Allons, allons, hâtez-vous, c’est que j’ai un autre rendez-vous, moi, je suis un cœur pur très occupé, moi. Hier un arrogant m’a expliqué qu’un gentleman doit toujours avoir du feu sur lui quand je lui ai demandé de quoi allumer ma cigarette… Je ne suis pas un voleur, je vais la lui rendre sa flamme qu’il m’a prêtée de bien mauvais gré. Avoir du feu sur soi, il va voir ce que cela signifie d’après moi ! Du feu sur lui, ah du feu sur lui, oh que oui il va en avoir, maugréait-il en jouant avec la flasque d’alcool.

27
Avr

Grim tale

   Ecrit par : F.Thievicz   in Non classé

Il était un roi et une reine qui habitaient un beau et grand et majestueux château avec des donjons violets et des douves pleines de lotus roses et des murs peints et parés de riches tapisseries. Mais la reine pleurait souvent car elle n’avait pas de petit prince à offrir pour héritier à son mari. Alors elle pria sa païenne de suivante de convoquer des fées, et ce qui devait passer se passa : une nuée dorée apparut dans l’heureux ciel d’automne et comme d’éthérés carillons carillonnèrent.

Nul besoin de narrer ce qui se trama lors du rassemblement, qu’il suffise de savoir que quelques semaines plus tard les linges de la reine n’étaient plus gluants ni sanglants comme à chaque fin de mois lunaire, et son ventre était de plus en plus bombé.

Mais à un héritier il y avait un prix à payer, et lorsque la reine se libéra de son nouveau-né elle trépassa.

Alors le roi affligé alla l’enterrer malgré que tout le monde, sans pourtant oser le lancer au royal visage, pensait que c’était là mauvaise chose. Puis il cracha sur la fraiche tombe sur laquelle il s’était affairé, puis il battit des mains pour les débarrasser de l’infâme boue dont elles étaient souillées, puis quand il entendit les pleurs de son enfant sous la fraîche terre il se retourna vers le cadavre de sa femme qu’il avait posé contre un arbre et en embrassant ses lèvres mortes lui fit comprendre que le matricide avait été vengé.

*

L’on pourra se délecter de ces curiosités que sont les pleurnicheries souterraines en suivant le sentier planté d’eucalyptus australiens au sein de cette immense forêt sacrée de 0.0001 hectare derrière la rocade sud, à droite après le centre commercial. Vous pourrez à loisir vous reposer en vous asseyant sur les trois dernières pierres du château classé monument historique situé à trois kilomètres de là en empruntant le métropolitain puis la ligne d’omnibus à chevaux vapeurs numéro 3, ou en suivant le quartier d’affaires, la rue Roosevelt et en vous garant à la cité des Milles Merveilles, verrouillez néanmoins soigneusement les portières de vos voitures sans rien laisser sur les sièges.

15
Avr

Afin de dormir pour l'éternité

   Ecrit par : F.Thievicz   in Non classé

« N’attendez plus rien de personne.

– Plait-il? Expliquez-vous, vous savez que je ne comprends la double négation.

– Je veux dire que je vous vois vous lamenter que ce vieux bouc ne meurt, mais tout le monde est toujours décevant, il ne faut attendre quoi que ce soit de qui que ce soit. N’attendez de quelqu’un qu’il trépasse, vous le feriez devenir un vampire.

– Croyez-vous?

– Certes. Mais… ah! ce vioc est allongé sur un sommier de plumes d’ailes de perdrix!

– Et?

– Et n’avez-vous jamais lu le Dictionnaire Infernal! Un malade ne peut périr ainsi alité.

– Mais il n’est pas malade : je l’ai empoisonné!

– Quelle différence? Il est malade d’empoisonnement, et après?

– Et après… Et après je saurai, je pourrai comparer avec vous.

– Avec moi?

– Eh bien hier vous avez bu le même poison que lui il y a une semaine, ainsi aurai-je un point de comparaison fiable, nous en aurons le cœur net au sujet de ces plumes de perdrix. »

*

Conseil aux sadiques : garnissez le cercueil d’un enterré vivant de plumes de perdrix, qu’il souffre quelques éternités.

 

 

24
Fév

Les émotions sont éphémères

   Ecrit par : F.Thievicz   in Non classé

 

« Quand on m’a annoncé que mon épouse avait été retrouvée dévorée, cuisinée par un cannibale, les chairs et les os rongés, j’ai cru défaillir, je sentis comme une main glacée glisser dans mon dos, une dague se planter dans mon ventre. Mais tout passe, le chagrin, la peur, la rage…

– Mais je croyais que c’était vous qui l’aviez mangée?

– En effet. C’est que je croyais qu’ils venaient m’arrêter, mais ils étaient seulement passés m’annoncer la mort de cette bien fade femme.  »