Les histoires à dormir debout sont parmi les meilleures, presque aussi bonnes que celles qui permettent de dormir éveillé. En vérité il faudrait inventer une histoire qui fasse dormir tout le temps, une histoire avec un début et une fin, mais qui soit, contrairement à la vie, sensée, intéressante, belle, fantastique, magique, plaisante, horriblement intense, sournoisement honnête et absolument pure, sans mots, sans longueurs, sans personnages, sans soi, sans paysage, sans narrateur.

Parfois sous un ciel nocturne pur, après m’être conté des vers purement éthérés, laconiques mais infinis, je prends mon télescope et je scrute le ciel avec le même grossissement que j’utilise pour Saturne, et je choisis un recoin du firmament hors de la voie lactée, bien sombre et noir dans lequel, même après de longues heures où l’œil s’est habitué à l’obscurité, aucune étoile n’apparait; et je songe que cette histoire poétique et impossible que je me suis narrée plus tôt doit y exister, là, dans ce vide.

 

Les nuées cloitrées