Gontran le faisan n’était pas admiré parce qu’il savait tenir de longs discours assommants, il n’était pas non plus observé pour la beauté de son vol ni son endurance, pas plus qu’on ne vantait ses atours sans prestance. En vérité personne sinon les chasseurs les moins myopes et les vers qu’il picorait ne le remarquaient. Mais un jour Gontran trouva un paon fraichement mort, tout juste roide, à peine le ventre grouillant de cocasses mouches zozoteuses, et notre ami se dit : « Si je lui prenais ses plumes à ce vantard de paon, je serais enfin quelqu’un que l’on contemple, si à mon cul j’avais des yeux je pourrais voir les autres m’admirer. » Ainsi fut dit ainsi fut fait, le faisan planta des plumes de paon à sa queue, il en imita le braillement et adopta l’arrogance de circonstance, et effectivement tout le monde se mit enfin à le remarquer, ce faisan à la roue colorée. Et enfin le faisan fut heureux avec ses nombreux amis avides de belles apparences et toujours prolixes en éloges.

C’est que pour paraitre original il importe peu de l’être intérieurement. Personne ne se soucie de l’esprit puisque personne n’en a (on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. On ne peut rire des éclopés avec un handicapé… On ne peut rire des sots avec qui que ce soit). Mets-toi un anneau dans le nez pour paraitre un bœuf, orne ton cul de plumes étranges pour paraitre un paon, encorne ton nez pour paraitre une licorne ou un rhinocéros, porte tes binocles pour paraitre lucide et curieux, nul ne remarquera le subterfuge.

 

Voyez-vous le bonheur des fables c’est que dans le merveilleux elles instillent du non-rêve, de la réalité. Ah! mais que c’est bon de ne jamais pouvoir s’extraire du monde, de rester enchaîné à notre condition. Cela me donne envie de me déguiser en dronte et d’aller courir en forêt pendant la saison de chasse en narrant quelques fables…

 

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