« Vous savez quand tout à coup quelqu’un nous parle et c’est comme si nous n’avions plus été là. L’on ne sait combien de temps s’est écoulé, ce qui a été dit ni ce qui a été fait. On s’exclame alors « j’étais ailleurs! ».

– Je vois, mais pourquoi me parlez-vous de cela?

– Foundmap.

– Albert Foundmap? Quel rapport avec ce jeune poète autoproclamé?

– Vous rappelez-vous combien il était fasciné par le vide, le mystérieux, le fantasque, et tout ce genre de choses?

– Je me rappelle surtout qu’il se vantait de n’avoir jamais écrit ses vers qu’avec une plume imaginaire et seulement dans l’air qu’il expire.

– Certes, mais cela avait un sens, je m’en rends compte désormais car, voyez-vous, il y a une semaine j’ai observé ce qu’il écrivait dans la brume matinale à la roseraie du parc.

– Eh bien?

– J’ai voulu savoir ce qu’il écrivait et j’ai lu : « J’ai trouvé où est Ailleurs, j’ai décidé que ce sera ma demeure! »

– Eh bien?

– Eh bien quelques heures plus tard il a été retrouvé catatonique!

– Et vous pensez qu’il a donc trouvé où est Ailleurs? Qu’il est désormais pour toujours ailleurs?

– Avouez que ce serait beau!

– Ce serait surtout niais.

– Ah mon ami… un jour vous retrouverez le cadavre de l’enfant que vous étiez et peut-être cela fera-t-il saigner votre cœur calcifié par la maturité.

– Oh assez de ces puériles sornettes, le cadavre de mon enfance je l’ai momifié, l’ai vêtu de vert, et exposé dans mon cabinet de curiosités aux côtés d’une fée aux ailes dorées que, pan!, j’ai abattue avec mon .45 tandis qu’elle m’incitait à ma défenestrer en prétendant que je pouvais voler si je le voulais. »

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