Au nombre des clubs salutaires pour la santé mentale je tiens à citer Huvanité – le Club de l’Homme. Fondé par l’aliéniste Karl Klaus Kstigel, il a pour dessein, depuis ses origines, d’éviter la maison de santé aux philosophes trop sensibles et aux mystiques livrés aux griffes de l’agnosticisme par la faute de religions trop tendres en réponses définitives.
Il a en effet été constaté que nombre de déments ne l’étaient ni pour des raisons d’hygiène ni pour des causes environnementales, mais surtout par incapacité à affronter l’absence de solutions aux questions métaphysiques, à pouvoir encore respirer dans ce vide tendu d’illusions, à avoir mal estimé la dose de vérité qu’ils pouvaient endurer. C’est dans les lacunes fondamentales de la vie, ces cavités livrées à l’absurdité de l’existence, que se propagent les parasites du désespoir dont nous connaissons tous les fruits noirs et amers.
Voilà pourquoi il a donc été conclu que rien ne serait plus salutaire, pour se détourner des questions éthérées, que de se livrer à l’énervement, à l’agacement le plus grossier, à la rage la plus prosaïque : et à cela quelle source plus évidente que l’humain ? Ses sociétés ineptes, ses manières condescendantes, sa vacuité, son avidité, sa prétention, ses sentiments et émotions, ses systèmes de valeur… Tout en lui est fait pour permettre de distraire son besoin de vengeance métaphysique. L’humain méditerranéen a même eu la bonne idée de se faire à l’image d’un dieu trop absent, l’idée a su se propager pour le plus grand bonheur de tous les philosophes perclus de scepticisme, de cynisme et d’idées trop extrêmes pour encore trouver la frénésie que permettent les luttes, la violence et les guerres. Mais le règne du dieu unique aux multiples noms n’a pas tout réglé.
Le club de l’Homme permet donc à ses membres de se trouver un emploi dans lequel ils bénéficieront de la joie de s’abrutir à des tâches stupides avec des collègues nécessairement perclus d’humanisme, de s’employer à avoir des loisirs grégaires où des macaques passeront leur temps à parler de leurs semblables, où le mot « discuter » ne signifiera plus argumenter/contre-argumenter mais seulement baver des syllabes, de participer activement au brassage de miasmes de la société, de se trouver des passions faussement dépourvues de desseins misanthropiques telles que l’astronomie ou la randonnée, afin de pouvoir pester contre les becs-de-gaz, le pastoralisme et le tourisme de masse (les idées de loisir ne manquent pas, l’humain parasite tout).
Au Club de l’Homme il y a des nerveux, des gens qui se mutilent, certains sont en prison à force d’actes de violences, d’autres sont morts en duel, nombreux sont devenus alcooliques, mais aucun n’a fini en maison de repos. Aucun n’est fou ! Quiconque s’occupe de l’humain s’évite de s’élever trop haut et perdre pied avec les plus gluantes crasses des réalités prosaïques. Soyez toujours agressé, vous finirez par vous conformer, même par votre incessante lutte vous serez ainsi au niveau de votre agresseur.
Que la vanité et le prosaïsme aient longue vie, que la folie sommeille éternellement.

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