Lorsque nous arrêtâmes la charrette la nuit était déjà tombée, et si la lune n’avait pas tant brillé nous aurions pu l’écraser et passer notre chemin.
Il était là, au bord du chemin, la gueule barbouillée du fruit de ses goinfreries, sanglotant en frappant le sol humide de ses petits pieds.
« Eh, petit, qu’est qu’tu fais au bord d’la route tout seul, comme ça ?
– Ouin, ouin, répondit-il.
– Ils sont pas avec toi, tes parents ? Où c’est qu’t’habites ?
– Ouin, ouin, répétait-il. »
Ma femme lui demanda de monter avec nous, mais il ne nous répondait pas autrement qu’avec ses pleurnicheries et ses incompréhensibles baragouinages. Elle exigea que je descende pour le porter jusque sur le foin et le ramener avec nous, mais la physionomie de ce gamin ne m’inspirait pas confiance et j’étais d’avis à le laisser crever de froid dans la boue comme tous les orphelins le méritent. Alors elle sauta du siège et l’approcha en lui offrant quelques paroles réconfortantes.
Quelques secondes plus tard je sifflai et fouettai l’âne pour qu’il parte aussi vite que possible, laissant derrière moi les hurlements de mon épouse et ceux de cet immonde nain cannibale déguisé en enfant.
Le lendemain je retournai sur les lieux pour emporter la dépouille de mon épouse, mais le lilliputien était encore là, même sous le soleil de midi, le menton encore gluant de sang à moitié croûté, pleurnichant et trépignant. De loin je le lapidai, lui tirai tout ce que j’avais de plomb et de poudre sur moi, mais toujours il se relevait, ce nain éternel.
Voilà donc mon conseil à tous ceux qui trouveraient un enfant triste et esseulé : écrasez-le, lapidez-le, et fuyez.
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