« C’est très précisément lorsque notre emploi devient un accomplissement que l’on devient un asservi.
– J’aurais deux objections à votre assertion : 1) Pourquoi lorsque l’on fait de l’une de ses passions un emploi serait-on plus asservi que si cette passion était restée sans salaire? 2) Nous sommes tous asservis dès lors que l’on est citoyen.
– Je vous répondrais ceci : 1) Le salaire corrompt la passion, nécessairement. Par exemple voyez tous ces écrivains qui au lieu d’écrire leur imaginaire ou leur pensée vont écrire ce que leurs lecteurs réclament, il n’y a plus la passion d’écrire, seulement la passion des autres; la passion initiale est corrompue. Idem pour les peintres qui finissent par devenir portraitistes, employés par les marchands d’art. Idem pour les compositeurs qui élaborent des paysages musicaux pour d’autres oreilles que les siennes, etc. Idem pour tous ces rêveurs qui, pour quelques ronds métalliques permettant de lécher les vitrines depuis l’intérieur des boutiques finissent par abandonner leur liberté passionnée, leur temps, le silence, la solitude, les choix… 2) Nous sommes certes tous asservis, mais, moi, je partage l’idée qu’il faut philosopher au marteau, sauf que je pense que lorsque l’on fait ainsi il faut aussi avoir des clous dans l’autre main. Au moins je ne serai plus asservi aux sons modulés par les langues et les gorges, à commencer par la vôtre. »
Extrait des dialogues du Manifeste Disparitionniste de Norbert Zéphyr

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