C’est étrange comme la conscience n’est rien, comme le savoir de la vanité, de la médiocrité, de l’absurdité, ne change fondamentalement rien aux individus qui en sont pourvus, ou tarés. L’on se moquera de celui qui prévient ses camarades qu’il y a un piège à loup à deux pas mais qui va s’y prendre, on n’en fera jamais pareillement de celui qui blâme la vie et la réalité mais qui pourtant jouit et alimente le moteur de ses jours. Pourquoi ? Faut-il donc toujours se dire « Untel est éclairé, mais si je le croise il sera aussi peu lumineux qu’un estomac de truie » ? Est-ce cela la lucidité ?

 

Farce éphémère

Non! avec ses Babels, ses sanglots, ses fiertés,
L’Homme, ce pou rêveur d’un piètre mondicule,
Quand on y pense bien est par trop ridicule,
Et je reviens aux mots tant de fois médités.

Songez! depuis des flots sans fin d’éternités,
Cet azur qui toujours en tous les sens recule,
De troupeaux de soleils à tout jamais pullule,
Chacun d’eux conduisant des mondes habités…

Mais non! n’en parlons plus! c’est vraiment trop risible!
Et j’ai montré le poing à l’azur insensible!
Qui m’avait donc grisé de tant d’espoirs menteurs ?

Éternité! pardon. je le vois, notre terre
N’est, dans l’universel hosannah des splendeurs,
Qu’un atome où se joue une farce éphémère.

Jules Laforgue

 

« l’homme entre deux néants n’est qu’un jour de misère »

« La femme hurle aux nuits, se tord et mord ses draps

Pour pondre des enfants vils, malheureux, ingrats. »

« Dors pour l’éternité, c’est fini, tu peux croire
Que ce drame inouï ne fut qu’un cauchemar,
Tu n’es plus qu’un tombeau qui promène, au hasard
Une cendre sans nom dans le noir sans mémoire.
C’était un songe, oh! oui, tu n’as jamais été!
Tout est seul! nul témoin! rien ne voit, rien ne pense.
Il n’y a que le noir, le temps et le silence…
Dors, tu viens de rêver, dors pour l’éternité. »

 

 

 

 

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