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Vos âmes sont toujours à vendre

 Nul n’ignore que Jésus-Christ a été de ces désœuvrés parasites mendiants, renvoyé de ses emplois de pêcheur, boulanger, menuisier, etc; il n’hésitait pas à troquer ses divagations prophético-ivrognesques; à quiconque ce jeunot échangeait la promesse de se taire contre quelques boules d’opium. Nul n’ignore non plus qu’il est mort sur la croix pour racheter les péchés de l’humanité. Or, escroc dans l’âme, roublard jusqu’au-delà de la tombe, le voilà qui fut croisé chez le marchand d’âmes trois jours après qu’on se fut enfin débarrassé de lui. Sacrifice, rachat des péchés, âmes sauvées, tout cela ne valait plus rien s’il était encore à trainer ses sandales dans les bordels cananéens, encore vivant; car ce qui a été censuré des évangiles c’est qu’il était revenu rendre tout ce qu’il avait racheté par sa mort. Vous avez été spolié (il les a revendus plus cher que ce qu’il vous les a achetées).

Rejoignez le camp des amers, les hordes démoniaques vengeresses, ceux que l’on ne dupe pas, ceux dont le Maître est un ami juste et permissif plutôt qu’orgueilleux et fourbe, devenez sataniste, rejoignez ceux qui s’inclinent devant l’ennemi INRI, inclinez-vous devant vous-même. Il n’y a aucun dieu vers qui aller, suivez votre main gauche, elle vous ouvrira la voie vers vous-même.

Extrait des Contes Montagnards de Louis Pastèche, paru en 1874

 

« Que Dieu soit avec vous.

– Merci mais je préfèrerais qu’il soit avec vous, j’en ai assez de l’avoir dans les pattes.

– Fort bien, mais si vous lui tournez le dos portez un solide pantalon parce que lorsqu’il voit des fesses… »

 

 

Envoyer boulet

Je m’afflige de voir trop souvent écrire « envoyer bouler ». Cela ne s’orthographie pas du tout ainsi!

L’expression vient de Lord Queiran qui, un jour que sa femme agissait en femme (donc de manière inepte et pénible) lui dit « Espèce de boulet, je vais t’envoyer loin, tu vas voir! » avant de la fourrer dans un canon et de faire feu.

De même lorsqu’on dit d’une femme qu’elle est canon, cela ne signifie pas qu’elle est désirable, cela veut dire qu’elle est de seconde main, qu’elle s’est faite canonner, qu’elle est de la chair à canon.

 

 

 

De la bonne manière d’ouvrir une banane

J’ai entendu maintes inepties à propos de la manière appropriée d’ouvrir une banane :

« En pressant l’extrémité basse.

– Non : en brisant l’autre.

– Non : en usant d’une aiguille pour la pré-découper puis d’un scalpel pour lacérer la peau.

– Non : en l’ébouillantant puis en la soumettant à la Question puis en lui faisant réciter deux Ave Maria pour finir par l’écraser avec des sandales.

– Cela n’a aucune importance! »

Tout ce petit monde a tort! La seule manière d’ouvrir une banane c’est de demander à sa domestique de l’ouvrir pour soi et de la présenter sur une assiette à dessert avec de la sauce au dendrobates.

 

Paradoxe du contre-ordre

N’écoutez aucun de mes ordres, ceci est un ordre!

*

Le fou croyait que le monde ne tournait pas autour de lui.

*

La différence entre prendre les bains en cure thermale et une douche en asile psychiatrique ce ne sont pas les gens mais la température de l’eau.

Afin de dormir pour l’éternité

« N’attendez plus rien de personne.

– Plait-il? Expliquez-vous, vous savez que je ne comprends la double négation.

– Je veux dire que je vous vois vous lamenter que ce vieux bouc ne meurt, mais tout le monde est toujours décevant, il ne faut attendre quoi que ce soit de qui que ce soit. N’attendez de quelqu’un qu’il trépasse, vous le feriez devenir un vampire.

– Croyez-vous?

– Certes. Mais… ah! ce vioc est allongé sur un sommier de plumes d’ailes de perdrix!

– Et?

– Et n’avez-vous jamais lu le Dictionnaire Infernal! Un malade ne peut périr ainsi alité.

– Mais il n’est pas malade : je l’ai empoisonné!

– Quelle différence? Il est malade d’empoisonnement, et après?

– Et après… Et après je saurai, je pourrai comparer avec vous.

– Avec moi?

– Eh bien hier vous avez bu le même poison que lui il y a une semaine, ainsi aurai-je un point de comparaison fiable, nous en aurons le cœur net au sujet de ces plumes de perdrix. »

*

Conseil aux sadiques : garnissez le cercueil d’un enterré vivant de plumes de perdrix, qu’il souffre quelques éternités.

 

 

Inhumer la surface, vivre en-dessous

« Mais quel terrible cauchemar je viens de faire : Je me réveillais dans un lit et dehors c’était si immense et lumineux … à en suffoquer ! Vraiment, rien ne vaut un bon cercueil ! »

Aux pieds de la lettre : certainement des chaussures

« Si c’est bien le coeur de la forêt que vous cherchez, docteur Riviera, rangez votre cornet auditif et effacez cette expression de surprise à chaque fois que vous tentez de trouver un pouls. Coeur de la forêt, c’est une expression.

– Et vous, crachez ce que vous avez volé au cadavre lors de notre visite au cimetière, parler une langue morte est aussi une expression, vous ne parlez aucune langue autre que la nôtre.

– Ah? Mais… je ne la mâche pas pour cette raison, seulement pour le plaisir.

– Tout comme moi : j’ausculte ces rochers et ces mousses pour mon seul plaisir. »

 

***

Van Gogh aura certainement prêté l’oreille à un voleur.

Lorsque l’on réussit à faire jurer à cet hydrocéphale que s’il avait la grosse tête il se suiciderait avec une arme à feu dans la bouche on annula sa commande pour un cercueil aux dimensions extravagantes.

Entre deux océans

Versomberlain

Sauvons l’authenticité

Nous avons trouvé un véritable château hanté, perdu au fin fond d’une forêt impénétrable habitée par des esprits et d’autres fééries, alors vous pensez bien…

Nous allons tout d’abord refaire la maçonnerie, repeindre, moderniser, poncer les bas reliefs macabres, brûler les idoles blasphématoires, changer les bougies en graisse d’enfants par des ampoules électriques. Le cachot où trainent les instruments de torture et les chaines dont se servent les fantômes pour effrayer les vivants seront astucieusement rénovés en latrines payantes. Les plafonds infernaux peints avec du sang humain seront lavés et des artistes contemporains auront la charge de les moderniser afin de dynamiser l’ensemble. Nous allons aussi terrasser les terrains alentours, drainer les marécages miasmatiques où roulent les feux follets, tracer des routes bien droites, chasser les sangliers anthropophages ainsi que les loups garous puis former une équipe de jardiniers qui s’occupera de ratiboiser les sous-bois, et désherber pour que les voitures puissent s’arrêter et les chevaux se reposer, car pour éviter que les lieux ne soient dégradés il faut de l’argent, et de l’argent nous ne pouvons en obtenir qu’en organisant des visites, donc aussi employer des guides, des gardiens, des agents d’entretien… Et tout cela causerait trop de soucis aux spectres (et nous sommes trop re$pectueux pour leur infliger quelque tourment que ce soit), nous allons donc les remplacer par des vampires acclimatés à la lumière diurne. La boutique de souvenirs sera au rez-de-chaussée là où actuellement les esprits des chants errent en griffant tout le monde (ne serait-ce pas une honte de les laisser agir ? ). Nous pensons aussi installer un confessionnal afin de prévenir toute hystérie. Un hôtel sera construit non loin, juste à côté du nouveau village qui hébergera les employés et leurs joyeuses familles.

Ah ! ça va être quelque chose que cet authentique château hanté perdu au milieu de nulle part.

Suivez l’odeur de grillé

« Excusez-moi mon cher, pourriez-vous m’indiquer où nous sommes?

– Vous êtes en Enfer !

– Ah mais que c’est mal indiqué, j’ai failli me tromper à la fourche un peu plus bas. Tenez, je vous confie mon fils. Je ne trainaille pas trop je suis attendu ailleurs. »

Où que l’on soit nous sommes sur l’une des rives de l’Enfer.

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