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Automobile

« Cette automobile peut vous mener où vous le désirez.

– Je désire aller voir le roi Arthur.

– Mais le roi Arthur est mort il y a de cela fort longtemps, si du moins il a bel et bien existé.

– Et alors?

– Et alors cette automobile ne permet ni le voyage dans le temps ni dans l’imaginaire.

– Alors précisez, mon vieux! Le temps et l’esprit sont des lieux, non-géographiques certes, mais des lieux tout de même.

– Bah, alors disons que mon automobile peut vous mener partout géographiquement et concrètement parlant, partout même où un train ne peut aller.

– Je désire aller sur la Lune.

– Vous êtes désespérant!

– Alors sous la calotte glaciaire de l’Arctique.

– Vous êtes affligeant et borné.

– C’est votre misérable automobile qui l’est! Elle ne vous servira qu’à de bien pitoyables voyages!

– Certes mais elle plait aux dames.

– Ai-je l’air d’une dame?! Vous par contre, mon vieux, commencez à vous poser des questions vu combien ce machin inutile a l’air de vous plaire. »

 

Au nom de la chlamydia, de l’herpès et des mycoses génitales, Amen

Je ne comprends pas. Qu’une personne syphilitique copule avec une autre saine, ça d’accord, mais deux personnes saines ensembles, ou deux personnes déjà infectées, à quoi bon?

Toutes les maladies sont bonnes à prendre. J’aime offrir.

Stubbins Ffirth a prouvé que la fièvre jaune ne se transmet pas par les fluides (exception faite du lait maternel, d’après les dernières données). Mais à cette fièvre ajoutons l’herpès, les mycoses, la syphilis, la gonorrhée, le choléra, la phtisie, et bien d’autres. Le meilleur moyen d’être sûr est de goûter trois fois à un crachat (ou quelque autre sécrétion) avec un intervalle de dix minutes entre chaque dégustation, si le goût change radicalement c’est qu’il peut y avoir maladie. Les épidémies sont le plus souvent le fait d’empoisonnement collectifs, jouissons, jouissons comme des ânes.

Le syphilitique

Je ne veux pas jouer le pingre mais prenons toutes les maladies possibles tant qu’elles sont encore gratuites… Vous verrez que bientôt il va falloir payer pour une chaude-pisse.

Moïse le juif

Ultime

« Fils bâtard d’une bossue à trois jambes sans pouces. »

Ambrose Bierce a pratiquement tout dit dans cette formule, après ça la littérature n’a plus de raison d’être (elle n’en avait pas plus avant, mais là ce n’en est que plus flagrant).

Conte de la cocasse

BellaDonna, un conte ridicule

Le pauvre Arturo n’était pas seulement fils d’un danseur de sabotage (comme on dit dans le Bolzano) et d’une tanneuse de peaux de dahuts, il était aussi fort laid, fort puant, fort maigre, fort manchot et fort bigleux. Ses cheveux étaient gras même lorsqu’il rasait son crâne à blanc, ses dents restaient jaunes même lorsqu’il les blanchissait à la chaux, et son haleine putride paraissait insupportable même aux chiens morts. Heureusement pour lui il n’était pas affligé d’un bec-de-lièvre, bien que son museau parut un groin de porc davantage qu’élément anthropoïde.

Alors lorsque Donna, la plus belle jeune femme de la contrée, passa avec son vendeur d’étoffes de père, il ne rêva même pas qu’elle lui accorda un seul regard. Pourtant la destinée suit d’étranges chemins et un matin Dona frappa à la porte de la famille de Arturo. Ce fut lui qui ouvrit, et ce fut de lui qu’elle s’éprit, ce fut à lui qu’elle pria d’accepter la dote qu’offrait son père.

Arturo était un sot, mais il avait pris l’habitude des traquenards comme parfois même peuvent en prendre les mouches coprophages. Il pensa qu’il y avait anguille sous roche, voire vipère sous le banc, voire couleuvre dans la gorge, il pensa que Donna était fille de mauvaise vertu arrivée au point de devoir se lier à un pourceau pour avoir bague au doigt. Il la mena donc à la légendaire Clairière des chastes, que seules les roulures peuvent passer sans se transformer en fleur.

Ah ! Arturo fut bien heureux que Donna ait pris racine, désormais il pourrait l’épouser, cette belle fleur. Il l’arracha donc de terre, la mit dans sa besace et repartit pour chez lui. Mais en route il se rendit compte que son sac était troué et que les pétales se séchaient plus rapidement que prévu. Vite, vite ! Il avala la belle Donna pour ne pas la perdre, et en rentrant chez lui, les yeux grands ouverts et bien noirs, il conta son aventure et sa fortune, et tout le monde attendit que le futur marié eut fini son transit pour récupérer la belle fleur, la parer d’une robe blanche immaculée et la faire passer devant le curé.

*

Si toi aussi tu croises une Belladonna, n’hésite pas, croque-la!

Grim tale

Il était un roi et une reine qui habitaient un beau et grand et majestueux château avec des donjons violets et des douves pleines de lotus roses et des murs peints et parés de riches tapisseries. Mais la reine pleurait souvent car elle n’avait pas de petit prince à offrir pour héritier à son mari. Alors elle pria sa païenne de suivante de convoquer des fées, et ce qui devait passer se passa : une nuée dorée apparut dans l’heureux ciel d’automne et comme d’éthérés carillons carillonnèrent.

Nul besoin de narrer ce qui se trama lors du rassemblement, qu’il suffise de savoir que quelques semaines plus tard les linges de la reine n’étaient plus gluants ni sanglants comme à chaque fin de mois lunaire, et son ventre était de plus en plus bombé.

Mais à un héritier il y avait un prix à payer, et lorsque la reine se libéra de son nouveau-né elle trépassa.

Alors le roi affligé alla l’enterrer malgré que tout le monde, sans pourtant oser le lancer au royal visage, pensait que c’était là mauvaise chose. Puis il cracha sur la fraiche tombe sur laquelle il s’était affairé, puis il battit des mains pour les débarrasser de l’infâme boue dont elles étaient souillées, puis quand il entendit les pleurs de son enfant sous la fraîche terre il se retourna vers le cadavre de sa femme qu’il avait posé contre un arbre et en embrassant ses lèvres mortes lui fit comprendre que le matricide avait été vengé.

*

L’on pourra se délecter de ces curiosités que sont les pleurnicheries souterraines en suivant le sentier planté d’eucalyptus australiens au sein de cette immense forêt sacrée de 0.0001 hectare derrière la rocade sud, à droite après le centre commercial. Vous pourrez à loisir vous reposer en vous asseyant sur les trois dernières pierres du château classé monument historique situé à trois kilomètres de là en empruntant le métropolitain puis la ligne d’omnibus à chevaux vapeurs numéro 3, ou en suivant le quartier d’affaires, la rue Roosevelt et en vous garant à la cité des Milles Merveilles, verrouillez néanmoins soigneusement les portières de vos voitures sans rien laisser sur les sièges.

Paix et mort

« Moi, je suis totalement pour la mort libre.

– Enfin, Charles, votre mouvement n’était-il pas censé prôner l’amour libre?

– Ah, j’avais sans doute mal entendu.

– Hum, mais le jeu de mot ne fonctionne qu’en français, pas en anglais…

– Si vous pensez que cela aurait été mieux si j’avais envoyé ma famille faire l’amour comme je l’entends… »

Dialogue avec Charles Manson

 

In aether veritas

« C’est dans la réalité que je deviens visionnaire. Ce sont les êtres en chair et en os rencontrés dans la rue, c’est le passant, c’est la passante, les anonymes même de la foule coudoyés qui m’apparaissent dans des attitudes de spectres, c’est la laideur, la banalité même de la vie moderne qui me glacent le sang et me figent de terreur. »

Pour quelques gorgées de moins

« Et tu as encore été sobre d’éther, grondait dans mon oreille la voix du gardien. Singulière idée pour tromper la mort. »

J’étais étendu au milieu du mausolée, le corps glissé sur les velours arrachés au capitonnage tombal et gisant au sol, la tête posée sur mon cercueil.

A chaque abstinence d’éther : une nouvelle vie, de la naissance à la mort. Je sais… nombre de mes semblables pensent que ce n’est pas une noble manière de passer son existence d’inhumé à vivre alors que seule la mort est vraie.

L’art d’aller voir ailleurs – ou comment ne pas se soucier des petites choses

 

 

Premier et dernier point : voir ailleurs

… ou pas.

 

 

 

 

 

Ici résides-tu?

Anywhere out of the world

 

N’importe où hors de ce monde

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