Francis Thievicz

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Irréflexion réflexe

 » Vous savez, vous n’avez pas besoin de parapluie lorsque vous portez une tenue de scaphandrier.

– Il pleut donc j’ouvre mon parapluie, un point c’est tout. Si on doit commencer à se poser des questions à chaque fois on n’en finit plus!

– En somme vous avez acquis une manière d’irréflexion réflexe.

– Hein! Oui? Non? Je sais pas, moi en tous cas quand il se passe quelque chose je fais comme on m’a appris. Je ne réfléchis pas moi, je suis pas un miroir. Ah ah! Comme les vampires qui ne réfléchissent pas.

– Hum, ne sont-ce plutôt les miroirs qui ne réfléchissent pas l’image des vampires? »

 

Nadar, catacombes, lien

http://elisandre-librairie-oeuvre-au-noir.blogspot.fr/2014/02/1860-les-catacombes-de-paris-par-nadar.html

Accrochez-vous, vous êtes de l’autre côté de la Terre

Lorsque l’on fait le tour de la Terre on se retrouve forcément sur l’autre face de notre bonne vieille planète plate autour de laquelle tourne le Soleil. Quiconque prétendrait le contraire, ou étudierait les astres, la longueur des ombres selon la latitude, ou s’interrogerait sur la Lune, finirait au bûcher!

 

… Il voulait voyager parmi les étoiles donc il est allé sur l’autre face de la Terre et s’est laissé tomber.

 

 

Nuits ensoleillées

A quoi bon apporter la lumière à quiconque puisque tous sont aveugles ?

La raison a beau doter beaucoup de personnes, elle représente pour chacun bien peu comparé à leur morale, leurs habitudes, leurs sentiments et volontés grégaires, leurs bas hédonismes, leurs orgueils. La raison a un temps d’effet de quelques secondes, parfois quelques minutes, autant qu’un bain avant de retourner à la porcherie.

Quand on s’éclairait à la bougie au moins pouvait-on espérer que dans les angles ténébreux se cachait une valeur inconnue. Désormais tout est mis à jour, et pourtant rien n’a jamais été aussi sombre. L’âge des lumières, l’âge industriel… toujours l’âge des cavernes enténébrées dans les replis du cerveau, l’âge d’une immense caverne.

Les psychiatres, psychologues, psychanalystes, philosophes, ne répandent que des aveuglements, pareils à des vendeurs de clefs dans un monde où les portes n’ont aucune serrure, les clefs sont là mais ne servent à rien ni à personne, pourtant tout le monde fait tinter avec arrogance le métal ouvragé dans sa poche comme si c’était lui qui avait tout ouvert et pouvait tout fermer.

Chapitre X de Se tenir sur le brouillard

 

Las

Que je suis fatigué, que je suis fatigué du plaisir et toujours du plaisir, de l’ennuyeux plaisir! Ah! J’aimerais qu’il y eût la guerre!

Le chevalier du château de Durande

 

 

Aujourd’hui celui qui, connaissant le monde et l’ayant pratiqué, n’est pas devenu égoïste, pour peu qu’il ait un rien de sens et d’esprit, ne peut qu’être devenu misanthrope.

Léopardi, 1821

 

 

 

 

Toutes les portes nous sont ouvertes. Si seulement nous n’étions tous tétraplégiques…

 

 

Ruines dans l’âme

We’re too old, too cold

Et si le but de la vie était de produire de futures ruines sur les ruines du passé?

 

 

 

Faisons comme d’habitude : pensons dix ou onze secondes et reprenons le cours normal de nos vies. Nous sommes des êtres raisonnables, donc nous ne raisonnons pas, nous agissons. Les ruines seront tout autour de nous, à l’intérieur nous n’aurons qu’un désert et du sable plein la tête, un sablier sans goulot, une pensée atemporelle parce qu’inexistante, de quoi produire des mandalas aléatoires au gré des turpitudes de nos divagations, parce qu’il faut bien se figurer les dunes absurdes qui chuintent dans notre boîte crânienne être le fruit de belles choses plutôt qu’être lucide, plutôt que plonger en soi et se retrouver nulle part, sublimer l’illusion d’être foisonnant tandis qu’on n’est qu’une source de poussières.

Le crépuscule des dieux

Je suis retourné à ce castel perdu par-delà les brumes et des monts vaporeux, cet étrange château à l’architecture impossible dont les donjons crèvent un firmament toujours nocturne laissant pleuvoir des rêves et des infinis.

Passant la grande entrée je remarquai que les musiques éthérées ne résonnaient plus comme naguère. Plus rien sinon les murmures de vents sinistres et moribonds.

Les tentures rongées par les insectes, les fresques décapées, les lits aux colonnes et aux baldaquins effondrés, les glaives rouillés, les armures écroulées, les verreries brisées. Même les fantômes ne glissaient plus dans les corridors dont les fenêtres ne laissaient plus paraitre qu’un horizon stérile, banal et terne.

Dans la salle du trône pourtant le portrait animé était encore vivant, du moins non mort; gluant cadavre dont la représentation hésitait entre la putréfaction et le pourrissement.

« Où sont donc passés les monarques de ce royaume ? demandai-je.

– Partis, siffla-t-il par les trous de vers percés dans sa gorge.

– Partis ? Partis, mais où ça ? Pourquoi ?

– Ils ont échangé leurs sceptres d’empereurs et leurs trônes de dieux pour des couronnes et des distinctions d’autres temps, de temps modernes.

– Blasphèmes !

– Nul blasphème, seulement la vérité. Le tissu onirique s’est rompu, désormais les champs féériques seront des habitats pour automates, désormais les écritures serviront à ordonner le prosaïque, désormais les sources magiques n’alimenteront plus les herbes veloutées et possédées mais seulement les moulins brassant des vents d’artifices concrets, désormais la Lune et le Soleil suivront leur course sans aucun maître, désormais le nombre de constellations restera fixe sans plus aucun démiurge pour en enfanter dans le chaos, désormais les cimetières seront calmes et inhabités, désormais les créatures des grottes seront des fantaisies de dupes, désormais les sorcières apprendront des métiers qui ne font appel qu’à la science, désormais les chênes vivront muets et au service de l’industrie, désormais les loups symphoniques ne chanteront plus, désormais les corbeaux ne porteront plus aucun message dans leurs ricanements, désormais les statues seront offertes aux affres les moins purs.

 » Les dieux ne meurent pas, ils se décomposent aussi indignement qu’ils ont été grands, tels des fragments de digestion dans une fumière, anodins miasmes, pas même des feux follets, tout juste des puanteurs incolores, prêts à fertiliser les labours d’une réalité aux fruits amers et pestilentiels. L’équilibre même dans un désastre sans extase. »

 

Du cyanure dans le système limbique, enténébrer l’esprit par une lumière froide. Qu’as-tu construit dans ton esprit sinon des ruines inhabitées de toi?

Voyager léger

« Peux-tu partir du jour au lendemain sans avoir à te charger ni rien regretter? Car ne l’oublie pas : tu vas devoir t’en aller sans rien, pas même ton corps. »

Un fantôme flottant au pied de mon lit, enveloppé de ténèbres, sans forme mais me ressemblant étrangement

Disparition des preuves du grand complot

Suis-je donc le seul à oser en parler? Il y a quelques années encore ils étaient bien là, évidents, et désormais plus personne ne les voit. Je veux bien entendu parler des canaux martiens.

 

La sagesse des anciens

Trouvé dans un vieux livre :

Le meilleur moyen de déterminer si un individu est d’essence vampirique est de procéder à une transfusion sanguine : introduire un litre de son sang dans les veines d’une jeune vierge. Si elle trépasse c’est que le donneur a la mort en lui.

Le brezel est d’essence blasphématoire : il sous-entend que le Christ avait des pellicules salées et la peau basanée.

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