Francis Thievicz

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Pensées profondes, abyssales, voire trou-noirâtres

 

– Est-ce que fermer les bagnes ne va pas mettre les gardiens au chômage? Quels emplois auront les bourreaux si on bannit la peine de mort? Qu’inventera-t-on pour rémunérer les fabricants d’onguent mercuriel si on éradique la syphilis?

– Est-ce que Diogène, Schopenhauer et Pyrrhon n’avaient pas juste besoin d’un bon relooking pour se sentir mieux dans leur peau? Qui en a encore quelque chose à faire de philosophies du passé quand il existe des stars à la télé et des conseils manucure un peu partout? Manger des concombres allégés en sucre, voilà ma philosophie de vie!

– Arrêter les procès en inquisition et ne plus allumer de bûchers pour brûler les sorcières, est-ce que ça n’a pas aussi éteint certaines vocations chrétienne?

– Est-ce qu’un enfant de 8 ans est plus mature qu’un motard ? Est-ce qu’une foule agit comme un enfant de 3 ans ? Une foule de motards a-t-elle 8 ans ou 3 ans d’âge mental?

– Il faisait beau dehors, je me sentais fatigué, alors j’ai suivi votre conseil docteur, je suis sorti et j’ai fixé le soleil pendant quinze minutes. Ensuite je me suis rappelé que vous ne m’aviez pas demandé de fixer le soleil mais d’en prendre un bain, et je l’aurais bien fait si tout à coup je ne m’étais senti aussi bien! A-bas les bains de soleil!

– Est-ce que les maladies congénitales ne touchent que les zones voisines des parties génitales?

– Je connais mon taux d’imposition mais je ne pourrais donner aucune approximation de la vitesse de la lumière, parce que je sais ce qui est important dans la vie. Je ne sais pas où est Jupiter mais je sais où est ma banque.

– Si on ne mangeait pas les animaux ils ne serviraient à rien. En plus ils font caca partout.

– L’obscurité va à quelle vitesse?

– Est-ce que vouloir d’une œuvre qu’elle soit parfaite ce ne serait pas comme être partisan de l’eugénisme? Ce sont justement les dégénérations qui rendent les choses acceptables; la perfection parait toujours louche. N’est-il pas préférable de se promener en ville et ne pas croiser que des abrutis de la même trempe, d’en croiser parfois un peu différents? Un débilitant aux yeux tarés d’une couleur glauque marécageuse, un pauvre bougre qui marche de travers parce que ses pieds ont poussé à l’envers, un enfant avec une jambe de taille normale et une autre de la taille d’un doigt, un islandais, un cul-de-jatte sur planche à roulettes, une femme avec un nez sur le front, ça vous égaye tout de suite la promenade! Une phaute d’orthographe, une de mots inversion, une incohérence électrique saugrenue, c’est aussi ça qui est sympathique… ou pas du tout.

– Si la musique existe en stéréo, pourquoi pas la littérature?

– Porter les cheveux gras, n’est-ce pas fucking oilstyle?

– Est-ce qu’avoir comme tatouage une vanité suffit à pouvoir dire qu’on a la mort dans la peau?

– Est-ce que donner sa voix aux urnes n’empêche pas de s’exprimer? Si oui : est-ce pour cela que l’on a établi le droit de vote universel? Si oui, ne faut-il pas mettre au courant les votants qu’ils doivent se taire, puisqu’ils n’ont plus leur voix ils ne peuvent plus qu’ânonner en muets qu’ils sont? Ne doit-on pas respecter tous ceux qui se sont battus contre le droit de vote?

– Enfermer les fous en asile, est-ce que ça n’a pas asphyxié des vocations de philosophes ou de poètes?

– Peut-on ressusciter un individu mort d’ennui en lui donnant de quoi s’occuper plaisamment ?

– Peut-on employer les systèmes digestifs des nécessiteux pour leur faire produire du kopi luwak?

– La Sibérie existe-t-elle vraiment? Si oui, le sait-elle?

– Ne faudrait-il pas cesser d’allouer tant d’argent pour des recherches sur le boson de Higgs et toutes ces inepties, et plutôt acheter des cravates avec des motifs rigolos pour tout le monde?

– Est-ce que cet étrange palefrenier que vous avez croisé tout à l’heure et qui vous a posé des questions étranges n’était pas Sherlock Holmes déguisé?

– Pourquoi avez-vous sciemment répandu de l’huile sur les marches de cet escalier?

– Est-ce que l’on perd son âme en se teignant les cheveux en roux? Les cheveux roussissent-ils quand on vend son âme au diable? Puisqu’un roux n’a pas d’âme on ne peut pas être hanté par son fantôme. Le fait que les fantômes n’existent pas prouve-t-il que personne n’a d’âme ou que tout le monde est roux?

– Un eunuque peut-il violer une sépulture? Et si oui avec quoi?

– Si je suis sourd personne ne peut frapper à ma porte!

– Et si les pyramides étaient taillées pour que des dinosaures cyclopéens puissent s’essuyer leurs fesses de reptiles… Ou… Et si les pyramides n’étaient que les parties visibles de monuments enterrés plus monumentaux encore?

– Manger du chlore purifie l’organisme. Mélanger du chlore et de l’ammoniaque en grandes quantités purifie l’air des esprits mal intentionnés.

– Et si Abdul al-Hazred n’avait fait que copier le Necronomicon à partir d’un texte plus  »ancien »…

– Ne devrait-on pas dresser tous les animaux sauvages, ou du moins leur apprendre à respecter nos propriétés privés? Ou au moins leur faire payer un loyer pour occuper nos forêts?

– Je suis dans le secret. Et vous? (non je ne vous dirai pas lequel, si vous l’étiez, vous le sauriez!) Avez-vous la clef? Si vous ne savez pas ce qu’elle doit ouvrir c’est que vous l’avez!

Vous êtes un beau flocon de neige merveilleux et unique. Vous n’êtes pas la même matière organique en train de pourrir que n’importe qui d’autre, et vous n’appartenez pas tous au même tas de compost. Ah… quoi que, je vous ai pris pour un autre; oubliez ce que j’ai dit!

– A quel age est trop trop vieux pour être jeune? A quel age devient-on un vieux con? Est-ce que les enfants s’agitent et courent de partout pour rattraper le train de la vie? Un vieillard peut-il encore être fougueux et faire des exercices de philosophie appliquée comme se balader la braguette ouverte juste pour se prouver qu’il se fout de ce que pensent les autres? 28 ans, est-ce le bon age pour avoir 28 ans?

 

Toutes ces réflexions et bien d’autres tout aussi intéressantes sont évoquées dans Droitures des courbes inclinées, un livre qui ne sera jamais publié.

 

 

Bonus :

– Est-ce qu’un attardé mental peut vivre assez vieux pour être atteint de démence sénile?

– Amis fous, regroupons-nous contre le péril qui gangrène la masse, formons des lieux où les gens comme nous pourront demander asile!

– Si je donne ma main a couper que je n’ai pas deux mains, qu’ai-je à l’esprit? Et même dans cela, qu’ai-je à l’esprit?

– Pourquoi les feuilles de vigne n’ont-elles pas de braguettes?

– Si je suis bicéphale je peux perdre la tête sans perdre la vie ni la raison, mais je risque de perdre l’équilibre…

– J’ai organisé un dîner où j’avais empoisonné les entrées. Je l’ai annoncé au plat principal mais tout le monde est parti avant de manger l’antidote incorporé au dessert…

– Savez-vous faire du café avec de l’eau bouillie à moins de 92°C ?

– Je ne fais jamais attention à rien, pourquoi le ferai-je? La police et les pompiers sont là pour veiller sur moi, au même titre que je pense qu’en mélangeant du bleu et du jaune on obtient du bleuaune je pense que ce sont les gens les plus profonds, intéressants, philosophes, intelligents qu’il se puisse concevoir. Les armes à feu sont interdites donc portez un gilet par balles. Océan, interdiction de fumer.

– Les arbres sont tellement stupides que si on peignait le goudron en vert ils iraient y pousser!

Ne peignez pas : coupez des têtes

Ce n’est pas parce qu’on ne rentre pas dans une case que quelque part on ne cadre pas…

Est-ce que celui qui est tordu ce n’est pas celui qui n’a pas la bonne règle ?

?

Adversaire

I have tried so hard
To regain my faith
In man
Yet, I fail again
To uphold this
Deception
His collective truths
Are far too salt

Every day I grow more immune
to social sedatives
Every day the web is more
transparent
United in fear and the comfort of reason
illusions that we are all peers
Walking the stairs I am ever more awake

The black cloud is beneath me
and I laugh

 

Of all rejected creatures unloved
of all who defy the predestination 

In remebrance of the adversary
I conjure up the lion will;
Hungered, Violent, Solitary, Godless

…And he shall walk in empty places

 

Résolutions d’un neurasthénique

Résolution 1 : …

Résolution 2 : ..

Résolution 3 : .

Nous ne pouvons perdre la raison

Si nous étions aussi pourvus de raison que nous le prétendons, nous n’imaginerions plus que la raison régit quoi que ce soit où que ce soit.

Si nous étions aussi pourvus de raison que nous nous le figurons nous cesserions de nous moquer de ces fous qui errent parfois dans les rues en scandant des stances qui nous paraissent insensées tout en s’agitant sans que l’on puisse comprendre pourquoi, nous saurions que ce fou n’agit pas plus vainement que nous, qu’il ne dit rien de plus absurde que qui que ce soit, nous perdrions l’illusion qu’il a perdu la raison, puisque personne n’en a.

Cahiers d’un mort-vivant Niet Nietov Nietavitch 1889

 

Une existence souriante

« Etes-vous contenté par votre vie? Chaque jour faire ce que vous faites, suivre le chemin qui est le votre dans ce désert de sens qu’est l’existence…

– Encore avec vos questions puériles?! Sortez le nez de vos bouquins et aérez vous les yeux et les oreilles, allez marcher dans la rue, vous promener, boire un verre dans un bistro, allez parler avec les gens, allez dans des magasins, feuilletez un journal… Vous verrez qu’aucune vie ne peut contenter qui que ce soit d’un tant soit peu digne! Alors pourquoi serais-je contenté de la mienne?

– Mais c’est que vous souriez en permanence…

– J’ai un double bec de lièvre, abruti! »

 

Véridique

Ce qui suit est inspiré d’une histoire vraie :

Dans les derniers rayons du soleil mourant saignaient des lueurs perçant les bourrasques de sable et de glace tourbillonnant entre les montagnes dressées par les insomniaques convulsions telluriques. Là, parmi les sifflements des vents, parmi la solitude et l’isolement, un castel d’obsidienne aux parois lustrées, un château d’un noir verni aux donjons torves et sardoniques, aux murailles imperturbables, aux créneaux aussi acérés que des dents de prédateur. Il gisait là, ce castel délétère, immonde incarnation de l’éternité souillant la mortalité, comme si même après la fin-des-temps il allait triompher de l’existence et aurait soin d’emprisonner la Mort dans ses geôles.            

Un fantôme glissa là sur les brumes nimbant les douves de mystérieux linceuls, apparue dans l’erreur de la réalité, une lucidité exceptionnelle dans un leurre intégral, le spectre d’une belle enfant qui se pencha sur un corbeau devenu pierre des éons de cela et qui reprit tout à coup vie pour béquer un œil de l’apparition et l’avaler tout rond avant de tous deux croasser, lui d’avoir été réveillé, elle de ne pouvoir retrouver le chemin de son tombeau.

Voilà… C’est tout. Ca s’est passé exactement comme narré au-dessus.

Gardez enchainée la distraction

« Allons mon bon ami, ne vous laissez pas aller au taedium vitae, il y a tant de choses merveilleuses à admirer.

– Je ne peux plus…

– Accompagnez-moi au sanatorium, j’ai chargé mon arme de cartouches à blanc, nous pourrons effrayer les tuberculeux et les voir avec langueur s’enfuir en s’époumonant et en crachant leur agonie en langoureuses salves gluantes.

– Je ne peux pas, je ne peux plus…

– Alors allons à la maternité, il y a toujours quelque enfant difforme abandonné après s’être libéré de sa geôle matricielle.

– Ah… J’aimerais encore me délecter de ce genre de spectacle, mais je ne peux plus.

– Allons, allons, il y a tant d’idiots à rencontrer, des prétentieux certains que leurs pitoyables connaissances politiques sont supérieures à toutes les autres, des arrivistes qui se vanteront que leurs richesses pécuniaires valent toutes les possessions intellectuelles, des vaniteux qui se prennent pour des Esseintes parce qu’ils lapent du nectar de foin, des fonctionnaires serviles qui ne doutent pas d’être utiles au monde, des instituteurs pareils à des fermiers gavant leurs ânes et leurs moutons d’inepties, des…

– Cessez, je ne peux pas, vous dis-je! Comme un sot j’ai voulu essayer ces menottes réputées inviolables, je me suis malencontreusement attaché au montant du chauffage et je ne sais plus où j’ai perdu les clefs. Je ne peux donc rien faire d’amusant à part… être moi-même le ridicule objet de moqueries.

– Ah, je savais qu’aujourd’hui j’aurai de quoi être heureux. Lorsque l’on aime le pire on a chaque jour de quoi se réjouir. Merci à vous, mon bon ami, de m’avoir distrait de mon propre taedium vitae sans m’obliger à courir les rues.

– Aidez-moi!

– Plaisantez-vous? Si je vous détache vous risquez de fuir, et s’il me prend l’envie, cette nuit, lorsque tout sera enténébré et vidé de sa populace, de jouir d’une magnifique et lamentable avanie, de savourer du pitoyable en chair, en os et en menottes, comment ferai-je? »

 

Eléonora

« Je suis issu d’une race qu’ont illustrée une imagination vigoureuse et des passions ardentes. Les hommes m’ont appelé fou ; mais la Science ne nous a pas encore appris si la folie est ou n’est pas le sublime de l’intelligence, — si presque tout ce qui est la gloire, si tout ce qui est la profondeur, ne vient pas d’une maladie de la pensée, d’un mode de l’esprit exalté aux dépens de l’intellect général. Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. Dans leurs brumeuses visions, ils attrapent des échappées de l’éternité et frissonnent, en se réveillant, de voir qu’ils ont été un instant sur le bord du grand secret. Ils saisissent par lambeaux quelque chose de la connaissance du Bien, et plus encore de la science du Mal. Sans gouvernail et sans boussole, ils pénètrent dans le vaste océan de la lumière ineffable, et, comme pour imiter les aventuriers du géographe nubien, aggressi sunt Mare Tenebrarum, quid in eo esset exploraturi.

Nous dirons donc que je suis fou. Je reconnais du moins qu’il y a deux conditions distinctes dans mon existence spirituelle : la condition de raison incontestablement lucide, qui s’applique au souvenir des événements formant la première époque de ma vie, et une condition de doute et de ténèbres, qui se rapporte au présent et à la mémoire de ce qui constitue la seconde grande époque de mon existence. »

Dites-le à ceux que vous aimez

J’arrive à distinguer les races canines, à différencier les chiens les uns des autres, mais en ce qui concerne les humains il me semble que c’est comme devoir jauger de la puanteur et de la laideur d’étrons dans des égouts bouchés. A ce degré-là d’abjection la dissemblance est aussi pertinente que celle entre une potion émétique et un liquide vomitif. Lorsque les égouts sont à l’air libre on appelle ça des rues.

Ni de cette espèce, ni de ce temps, ni de ce monde.

 

Le Club de Misanthropie ne vous accueille aucun jour de la semaine, ne venez ni nombreux ni seul.

Ne vous souciez pas d’être haï : concentrez-vous sur votre propre haine, développez-la.

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