Francis Thievicz

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Représailles

(Petite pièce pas vraiment en hommage au crâne d’œuf vu qu’il n’est pas encore vraiment mort…)

« Il est bien fade votre thé. Et votre absinthe… vous devez être un puriste pour ne pas la servir avec au moins un sucre…

– Je suis désolé, mais c’est ce vieux dément de Quamanie. Il a versé de l’essence sur les stocks de sucre de l’épicier et depuis il y a pénurie.

– Mais pourquoi a-t-il agi ainsi ?

– Par vengeance, et dérangement cérébral ! Il a laissé un mot sur les sacs de sucre expliquant qu’il avait versé de l’essence sur les réserves parce que quelqu’un avait versé du sucre dans le réservoir de son automobile, et que comme il ne pouvait trouver le coupable pour le punir le seul moyen de châtier justement le fautif était de condamner tout le monde. Je suis sûr que c’est aussi lui qui a salé mes parterres de fleurs et mon potager.

– Dans un sens je peux le comprendre…

– Allons, vous n’êtes pas sérieux ? On ne peut mettre toute une communauté à l’amende tout simplement parce que l’on veut se venger d’un seul.

– Je pense que si, du moins c’est ce que je fais pour ma part : un jour j’ai retrouvé un cheveu noir dans ma soupe. Depuis je sale les jardins et je sucre les réservoirs des automobiles de tous les bruns. »

Secte

J’avais fondé un ordre secret réservé à moi seul.

Lorsque je me suis rendu compte que l’ordre secret était hermétique, gnostique (assez proche des Bogomiles et des Cathares) mais aussi solipsiste, j’acceptai d’être trois membres (moi, le démiurge, l’adversaire). Mais, au fur et à mesure, d’autres moi voulurent adhérer (et comment leur refuser l’entrée puisqu’ils étaient moi). Quand nous atteignîmes le nombre de onze je décidai de dissoudre le groupe. Au début ce n’était que la Voie de la main gauche et cela finit en club d’amis imaginaires…!

La question se pose donc : La voie de la main gauche peut-elle aussi concerner les amis imaginaires? Un manchot peut-il suivre la voie de la main gauche?

+

Je vais me faire sauter la tête

« Attention, je vais me faire sauter la tête!

– Eh bien allez-y, qu’attendez-vous? »

La menace fut mise à exécution, l’homme ne fit pas seulement sauter sa tête mais ses têtes.

Offres promotionnelles sur le Club de Curiosités

Soyez originaux, cette année épargnez à vos amis de pitoyables cadeaux de fin d’année et offrez plutôt des horreurs à vos ennemis. Certes, vous avez sept milliards d’ennemis, mais ne vous faites aucun soucis! Je vous offre de mon côté pas moins que 0% de réduction sur tout le Club de Curiosités, profitez-en pour adresser à vos ennemis de ces répugnants recueils!

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Suicide Club et autres curiosités

 

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Les vanités et autres curiosités

 

« J’ai besoin du pire, du plus exécrable des rapports du Club de curiosités. De ce qui est impubliable et abominable, de ce qui défie la raison et la morale! Des cadavres ou au moins de morbides moribonds, des monstruosités, de l’immoral… » Format roman (15,24 x 22,86 cm),  nombreuses illustrations. 149 pages

Chez Lulu.com Disponible chez au prix de 10 Euros (hors frais de port) en cliquant sur le bouton bleu ci-dessous  :

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Disponible Aux Editions de l’Antre

 

Direct live – making of

« Je suis allé voir cet écrivain réécrire des passages de son livre. Ah, quelle expérience! cela n’a rien à voir par rapport à quand on le lit sur un ouvrage édité en série à partir d’un jet solitaire. Le voir pour la énième fois recopier les mêmes mots pour son public, tel un acteur… c’est tout bonnement exquis, si bêlement beau. Les musiciens devraient le faire aussi, les politiciens, les religieux, les commères, les rats de salon,  les… Enfin tout le monde devrait inlassablement répéter pour un public ce qu’il a fait pour lui être un orgue de barbarie, c’est tellement vrai, tellement authentique, tellement moins artificiel que lorsque c’est exécuté pour le pitoyable amour de l’art. Les ermites qui écrivent sur des feuilles d’arbre… des feuilles d’arbre!, si cela ne tenait qu’à moi ils seraient enfermés en asile parmi d’autres ermites à écrire sur des feuilles de papier, en groupe, pour un public de surveillants, de médecins et de visiteurs! Personne ne devrait être autorisé à être seul ou à faire des choses pour soi, c’est de l’égoïsme. »

Jean Martin, amateur éclairé en art

Imaginé par Francis Thievicz (qui ferait mieux de trouver des manières plus romanesques, intéressantes et intelligentes de cracher sur les gens, voire d’enfin se remettre au fantastique pur. M’entends-tu, navet pourrissant?!)

 

 

Bonus avec peu de rapport avec l’article sinon la notion « d’art en direct », trouvé sur le site du Figaro , commentaire à un article sur un groupe de musique qui vaut d’ailleurs bien le détour : Le commentateur (probablement un punk intégriste) en fait la promotion malgré-lui; en tous cas j’ai du mal à imaginer meilleure publicité que quelqu’un qui écrit cela :

Ce groupe de musique symbolise les excès et la démence. Le chanteur du groupe, disparu à 27 ans, était malade et drogué. Un comportement inadmissible. Aujourd’hui, ce n’est pas un exemple pour les jeunes. Indignez-vous !

Que doit dire ce brave lecteur/commentateur prototypique à propos de Maupassant? (Pour plus d’informations sur les derniers jours de Maupassant : http://www.maupassantiana.fr/Documents/articles_bio_chronologie.html) Quelque chose dans ce goût, j’imagine :

Cet écrivain symbolise les excès et la démence. Morphinomane, éthéromane, mêlant surnaturel et crimes dans ses récits misanthropes, il a même fait l’ignoble apologie de la mort volontaire dans l’une de ses nouvelle, pour finir par tenter de s’ôter sa propre vie en se tirant cinq (ou six) balles de revolver dans la tête puis en s’égorgeant, de plus il est aussi probablement meurtrier (nous ne savons s’il a utilisé une boule de billard ou une autre arme). Aujourd’hui ce n’est pas un exemple pour les jeunes. Lisez le très intéressant Stéphane Hessel.

Allez vous faire soigner, ne vous droguez pas – sinon avec du tabac, du café, du vin ou des cocktails – n’écrivez et ne pensez qu’au succès social, qu’à la politique, soyez des exemples pour tous ces gens qui ne savent s’avoir eux-mêmes pour exemple, et indignez-vous de tout ce que l’éthique réprouve, oubliez qu’une chose peut en entrainer une autre et que les conséquences ont aussi des conséquences : le bien c’est bien, le mal c’est mal, un point c’est tout. La vie est longue, marchez dans les clous (hey, Le cercle des poètes disparus c’est bien beau mais à un moment il faut grandir), main dans la main, avec vos compagnons de route, nien nien nien, tra la la la.

*

Liste des écrivains à ne pas prendre pour exemple, si vous voyez vos amis avec un ouvrage de ces vilains, giflez-les :

Maupassant – Drogué, fou, suicidé

Cioran – N’a été salarié qu’un an dans sa vie, immigré roumain, parasite social

Lovecraft – N’a jamais eu aucun emploi, n’a jamais publié un seul livre de son vivant

Albert Caraco – Immigré juif, n’a jamais occupé un seul emploi, pessimiste

Robert E. Howard – Suicidé, n’a jamais été salarié (une théorie selon laquelle il aurait été barman pendant quelques jours?)

F. Nietzsche – N’a occupé d’emploi qu’une dizaine d’années avec très peu de succès (emploi quasiment fictif), a fini complètement dément et catatonique.

Ladislav Klima – Incarnation de la démence, ivrogne volontaire, mis au ban de tous les établissements d’enseignement d’Autriche

Jean Lorrain – Syphilitique, drogué, décadent

Alphonse Rabbe – Syphilitique, opiomane, suicidé

De Nerval – Séjours en prison, dément, suicidé

Leopardi – Tentative de suicide, poète, pessimiste, sans emploi connu

Lautréamont – Immigré, poète maudit (maudit soit-il!), pauvre

Maïakovski – Suicide à la roulette russe

Thomas de Quincey – Opiomane, lakiste (donc pitoyablement romantique et anti-productiviste), a écrit « L’assassinat considéré comme l’un des beaux arts »

Gogol – Comme son nom l’indique, écrivain fou, dépressif chronique, s’est laissé mourir, a été enterré vivant (selon la légende du moins; bien fait!)

Jules Déroute – N’a jamais existé, et c’est tant mieux pour tout le monde!

Etc…

De la bonne nature d’un coussin

« Il n’y a meilleur coussin qu’une bonne main.

– Certes, mais ce n’est pas la vôtre.

– Ce n’est pas la vôtre non plus,  à ce que je sache, ni celle de la reine, ni celle de l’empereur, ni celle d’un inuit, ni celle d’un indien, et alors?

– Je faisais juste remarquer que vous n’utilisez pas votre propre main comme coussin. Peut-être que toutes les mains ne sont pas bonnes à cet usage, peut-être que seules les mains des autres sont appropriées.

– Hum, vous avez raison, il faudrait que nous songions à procéder à une étude à ce sujet. Imaginez si nos propres mains étaient impropres à être utilisées en coussin et que malgré cela tout le monde l’ignore! »

Standardisation, mécanisation, industrialisation, production, réduction, illusion

La question n’est pas comment sauver le monde mais plutôt pourquoi le sauver?

Et si nous n’étions pas des créateurs mais des créations de nos créations, les mains de nos œuvres, les auteurs que nos personnages inventent… Alors cela expliquerait qu’à produire de l’absurde en série nous soyons de l’absurdité normalisée. Si un livre crée son auteur mais que ce livre n’est que la copie anodine parmi d’autres copies d’un livre vide, si nous sommes l’auteur de cette copie et donc l’œuvre de cette œuvre, pourquoi s’étonner que nous soyons la copie vide de notre voisin lui-même vide puisque nous sommes, comme clairement exposé précédemment, l’œuvre de notre œuvre vide qui est elle-même la copie d’une œuvre vide?

Et si nous n’étions pas des créateurs mais des créations de nos créations, les mains de nos œuvres… Alors cela expliquerait qu’à produire de l’absurde en série nous soyons de l’absurdité normalisée. Si un livre crée son auteur mais que ce livre n’est que la copie anodine parmi d’autres copies d’un livre vide, si nous sommes l’auteur de cette copie et donc l’œuvre de cette œuvre, pourquoi s’étonner que nous soyons la copie vide de notre voisin lui-même vide puisque nous sommes, comme clairement exposé précédemment, l’œuvre de notre œuvre vide qui est elle-même la copie d’une œuvre vide?

Et si nous n’étions pas des créateurs mais des créations de nos créations, les mains de nos œuvres… Alors cela expliquerait qu’à produire de l’absurde en série nous soyons de l’absurdité normalisée. Si un livre crée son auteur mais que ce livre n’est que la copie anodine parmi d’autres copies d’un livre vide, si nous sommes l’auteur de cette copie et donc l’œuvre de cette œuvre, pourquoi s’étonner que nous soyons la copie vide de notre voisin lui-même vide puisque nous sommes, comme clairement exposé précédemment, l’œuvre de notre œuvre vide qui est elle-même la copie d’une œuvre vide?

La monstruosité de masse se fait accepter par la masse comme une beauté parce qu’elle est norme. Même les automates finissent par aimer leur huile, même les esclaves finissent par aimer leurs galères, même les élégants finissent par aimer le smog qui leur permet de porter des foulards à la mode et se brûler la peau de parfums forts, même les uns finissent par aimer les autres. Si nous nous contentons de nos futiles destinées c’est que nos vies ne nous laissent pas le temps de nos pencher sur le sens de tout ça.

Mais quelle importance? Tout cela n’est que le soucis de fourmis!

Post-scriptum

Que chacun ait le droit d’apprendre à lire, cela gâte à la longue, non seulement l’écriture, mais encore la pensée.

Il n’est pas facile de comprendre du sang étranger : je haïs tous les paresseux qui lisent.

Celui qui connaît le lecteur ne fait plus rien pour le lecteur.

Encore un siècle de lecteurs – et l’esprit même sentira mauvais.

Ainsi parlait-il… Et même s’il avait parfois tort, son lyrisme (la qualité qui rend merveilleuse même la médiocrité banale) et la pertinence de certaines de ses pensées sont assez stupéfiantes. Promeneur, toi et ton ombre, je te vous salue!

Et pour rajouter deux de mes grains de pavot : 1) Que chacun ait le droit de rêver gâte la pureté de l’Imaginaire. 2) Si vous pensez que les citations au-dessus sont justes, vous rendez-vous compte qu’il y a un siècle l’esprit sentait peut-être bon…!

Vivent le sang, la vésanie, et les parfums des reliefs montagneux où aucune empreinte de chaussure ni aucun écho de sons modulés par des cordes vocales ne trainent.

Post-post-scriptum

Que me souffles-tu belle serpente? Le monde se diviserait en deux catégories, ceux connaissent mieux les soldes des magasins Zara que les paroles de Zara-thoustra, et les autres? Allons, allons! Que siffles-tu? Ce sont des inepties, pourquoi les amateurs de soldes seraient-ils différents -voire supérieurs- aux amateurs de nietzscheries? Non, tu te trompes, tout le monde est également misérable, qu’ils soient érudits en soldes ou érudits en littérature! Et, après tout, de Zara à Zarathoustra il n’y a pas grand-chose :  la librairie est à vingt mètres du dépotoir. Ou peut-être une ville s’appelle-t-elle Thoustra…?
Ainsi parlait Thoustra (dont les jeux de mots divaguant à propos des franchises de magasins et de prophètes des contrées par-delà le bien et le mal sont assez lamentables)

Novelette dont vous êtes le bourreau… ou pas

Vous vous promenez sur un plateau aride, complètement désert. Comme personne ne l’emprunte il n’y a aucun sentier. C’est vraiment désert, je vous dis !

Vous longez la falaise à bonne distance parce que vous êtes prudent, et au loin il n’y a que forêts à perte de vue et silence.

…Pourtant tout à coup vous voyez un jeune enfant avec un chaton dans les bras, des larmes débordant de ses yeux innocents. S’il fait un pas en arrière il chavire avec le matou tout mignon qui miaule « miaou, miaou ». Que faites-vous ?

1) Vous passez votre chemin.

2) Vous saisissez un caillou et vous essayez de le faire chavirer dans le précipice.

3) Vous lui dites de se jeter parce que vous n’êtes pas venu ici pour vous faire pourrir la solitude par un morveux !

***

1 ) Vous n’allez pas le laisser comme ça, vous êtes ignoble! Choisissez plutôt entre 2) et 3)

2 ) Vous visez mal et vous choisissez la 3° solution parce qu’avec ces gants vous n’arriverez à rien sans vous approcher dangereusement du précipice !

3 ) Le gamin ricane. Il vous tire la langue, vous jette le chaton au visage, en profite pour voler votre montre et fuit vers l’intérieur des terres. Vous n’êtes décidément pas bien futé! Ne l’avez-vous pas vu venir ce traquenard? De plus votre visage est tout griffé. « Parfois on croit avoir le choix mais le libre arbitre est une illusion, dans la pomme gâtée qu’est la vie, nous autres, pauvres vers, nous suivons toujours le pourri » vous lance le mioche. Et vous n’en tirez aucune conclusion parce que vous êtes vexé de vous être ainsi fait rouler, vous préfèreriez que les os du jeune gredin soient en train de baigner dans une pulpe sanglante cent mètres plus bas. Vous êtes sacrément malsain, tout ça pour un pauvre crachat, une montre et une leçon philosophique! Demandez-vous ce que vous allez bien pouvoir faire du chat maintenant, parce que ça fait le septième qu’on vous lance dessus sous prétexte de leçon philosophique et chez vous ce n’est pas assez grand pour en héberger autant; quoi que votre boite crânienne peut-elle réellement héberger sept leçons philosophiques sans que ça ne déborde?

Ne soyons pas fous, buvons du thé

De la sueur ourlait la soie duveteuse qui apparaissait au soleil printanier au-dessus de ses lèvres malingres et violacées. De la sueur amère et salée comme les pleurs d’un enfant à qui l’on aurait arraché un ongle, de ces sueurs qui donnent envie de lécher, de ligoter la bougresse qui oserait agiter ses pattes par une pudeur incertaine mais violente, de ces sueurs délicieuses lorsqu’on les accompagne d’un véritable baiser populaire (où l’on met la langue pour lécher le pain rance pourrissant sur la langue sèche de sa partenaire en passant par les interstices laissés libres entre les dents gâtées). La sueur de cette vieille danoise bien grasse, il fallait la voir perler comme autant de bijoux peu rares mais toujours incandescents, scintillant tels des étoiles mortes dans un ciel nuageux, brillant de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf feux. La femme n’était pas belle, tout juste possédait-elle une intéressante laideur, ses formes évoquaient un morse famélique passé entre les mains d’un taxidermiste lépreux, mais sa sueur la rendait plus désirable que l’impératrice d’Autriche-Hongrie et la duchesse du Tyrol réunies.

Parfois j’aimerais raser les montagnes, tondre les lettres de l’alphabet cyrillique, et répandre des os broyés dans des jardins suspendus aux cordes de la constellation de la Lyre. Enfin j’aurais de la poudre de joie dans le cœur et je tiendrai colloque avec les canards, ils ignoreraient que je serais un requin dont la cervelle a été greffée à partir de celle d’un calamar. Ainsi tout prendra son sens, ainsi ma cervelle aura fini de pourrir et de fleurir.

?. ?

Curieusement

Do it yourself – Débrouille-toi!

Allez sur ce lien et inventez-vous votre propre récit à partir des photographies. (Si l’histoire est mauvaise vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous!)

http://www.laboiteverte.fr/atget/

 

 

Et si le Paris de 1900 ne vous a pas inspiré trouvez-vous une chambre ici :

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