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Auteur : heresie Page 12 of 56

De l’âme ou du corps, qui est le plus putrescible?

Putrescere

Derrière elle désormais se peignait un long et gluant sentier grouillant de merveilleuses vermines faisant paraitre la piste telle une longue et décadente trainée de mariée habitant un vieux conte macabre. Ses joues creusées paraissaient des tombes visitées par des résurrectionnistes, trouées, percées, des lambeaux arrachés lui retombant sur le cou glauque, laissant se montrer des dents d’un blanc malsain de crâne comme on en peut admirer dans tous les cabinets de curiosités trop bien tenus.

Elle ne savait probablement pas où aller, mais en avançant d’un lent et morbide pas elle tournait pathétiquement la tête à droite et à gauche comme si les substances décomposées et visqueuses gouttant de ses cavités oculaires étaient encore des yeux fonctionnels.

Ce fut il y a exactement dix ans qu’elle accepta que je lie son âme à son corps plutôt que la laisser vivre sa mort.

Paix et mort

« Moi, je suis totalement pour la mort libre.

– Enfin, Charles, votre mouvement n’était-il pas censé prôner l’amour libre?

– Ah, j’avais sans doute mal entendu.

– Hum, mais le jeu de mot ne fonctionne qu’en français, pas en anglais…

– Si vous pensez que cela aurait été mieux si j’avais envoyé ma famille faire l’amour comme je l’entends… »

Dialogue avec Charles Manson

 

In aether veritas

« C’est dans la réalité que je deviens visionnaire. Ce sont les êtres en chair et en os rencontrés dans la rue, c’est le passant, c’est la passante, les anonymes même de la foule coudoyés qui m’apparaissent dans des attitudes de spectres, c’est la laideur, la banalité même de la vie moderne qui me glacent le sang et me figent de terreur. »

Pour quelques gorgées de moins

« Et tu as encore été sobre d’éther, grondait dans mon oreille la voix du gardien. Singulière idée pour tromper la mort. »

J’étais étendu au milieu du mausolée, le corps glissé sur les velours arrachés au capitonnage tombal et gisant au sol, la tête posée sur mon cercueil.

A chaque abstinence d’éther : une nouvelle vie, de la naissance à la mort. Je sais… nombre de mes semblables pensent que ce n’est pas une noble manière de passer son existence d’inhumé à vivre alors que seule la mort est vraie.

L’art d’aller voir ailleurs – ou comment ne pas se soucier des petites choses

 

 

Premier et dernier point : voir ailleurs

… ou pas.

 

 

 

 

 

Ici résides-tu?

Anywhere out of the world

 

N’importe où hors de ce monde

Vos âmes sont toujours à vendre

 Nul n’ignore que Jésus-Christ a été de ces désœuvrés parasites mendiants, renvoyé de ses emplois de pêcheur, boulanger, menuisier, etc; il n’hésitait pas à troquer ses divagations prophético-ivrognesques; à quiconque ce jeunot échangeait la promesse de se taire contre quelques boules d’opium. Nul n’ignore non plus qu’il est mort sur la croix pour racheter les péchés de l’humanité. Or, escroc dans l’âme, roublard jusqu’au-delà de la tombe, le voilà qui fut croisé chez le marchand d’âmes trois jours après qu’on se fut enfin débarrassé de lui. Sacrifice, rachat des péchés, âmes sauvées, tout cela ne valait plus rien s’il était encore à trainer ses sandales dans les bordels cananéens, encore vivant; car ce qui a été censuré des évangiles c’est qu’il était revenu rendre tout ce qu’il avait racheté par sa mort. Vous avez été spolié (il les a revendus plus cher que ce qu’il vous les a achetées).

Rejoignez le camp des amers, les hordes démoniaques vengeresses, ceux que l’on ne dupe pas, ceux dont le Maître est un ami juste et permissif plutôt qu’orgueilleux et fourbe, devenez sataniste, rejoignez ceux qui s’inclinent devant l’ennemi INRI, inclinez-vous devant vous-même. Il n’y a aucun dieu vers qui aller, suivez votre main gauche, elle vous ouvrira la voie vers vous-même.

Extrait des Contes Montagnards de Louis Pastèche, paru en 1874

 

« Que Dieu soit avec vous.

– Merci mais je préfèrerais qu’il soit avec vous, j’en ai assez de l’avoir dans les pattes.

– Fort bien, mais si vous lui tournez le dos portez un solide pantalon parce que lorsqu’il voit des fesses… »

 

 

Envoyer boulet

Je m’afflige de voir trop souvent écrire « envoyer bouler ». Cela ne s’orthographie pas du tout ainsi!

L’expression vient de Lord Queiran qui, un jour que sa femme agissait en femme (donc de manière inepte et pénible) lui dit « Espèce de boulet, je vais t’envoyer loin, tu vas voir! » avant de la fourrer dans un canon et de faire feu.

De même lorsqu’on dit d’une femme qu’elle est canon, cela ne signifie pas qu’elle est désirable, cela veut dire qu’elle est de seconde main, qu’elle s’est faite canonner, qu’elle est de la chair à canon.

 

 

 

De la bonne manière d’ouvrir une banane

J’ai entendu maintes inepties à propos de la manière appropriée d’ouvrir une banane :

« En pressant l’extrémité basse.

– Non : en brisant l’autre.

– Non : en usant d’une aiguille pour la pré-découper puis d’un scalpel pour lacérer la peau.

– Non : en l’ébouillantant puis en la soumettant à la Question puis en lui faisant réciter deux Ave Maria pour finir par l’écraser avec des sandales.

– Cela n’a aucune importance! »

Tout ce petit monde a tort! La seule manière d’ouvrir une banane c’est de demander à sa domestique de l’ouvrir pour soi et de la présenter sur une assiette à dessert avec de la sauce au dendrobates.

 

Paradoxe du contre-ordre

N’écoutez aucun de mes ordres, ceci est un ordre!

*

Le fou croyait que le monde ne tournait pas autour de lui.

*

La différence entre prendre les bains en cure thermale et une douche en asile psychiatrique ce ne sont pas les gens mais la température de l’eau.

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