» Qu’est ce que tu fais?
– Rien, c’est plus simple, et ça me prend tout mon temps »
Tiré du Ballon fantôme
« Il me semble que j’ai voyagé partout, et où je ne suis pas allé j’en ai lu les récits de voyage. J’ai lu à peu près tout des encyclopédies modernes, connais, il me semble, toutes les religions. Je ne lis plus qu’avec lassitude, je n’utilise ma loupe, mon microscope et mon télescope que par habitude sans plus jamais m’émerveiller devant une nouveauté. L’inédit fantastique m’est devenu un simple souvenir, après toutes ces soirées spirites, ces nuits à faire danser les objets en compagnie de sorciers, ces lévitations en méditation, ces ordres donnés à des végétaux conscients, ces machineries complexes à vapeur, à moteur à explosion, à fluides éthérés, ces engins sous-marins pénétrant les cités mythiques, ces monstres rencontrés, ces jardins explorés, ces galeries cachées de castels en ruine sondés…
– Allons, il doit bien avoir quelque chose que vous n’avez pas connu, vous êtes encore jeune.
– Jeune, certes, mais hélas désœuvré et insomniaque : lorsque les autres dorment je suis éveillé et je suis âgé du double de ceux nés à la même date que moi, d’autant que je ne me soucie ni de famille ni de bienséance sociale ni de politique ni de rien.
– Et le voyage dans l’espace?
– Hélas j’ai eu la mauvais idée de… enfin vous savez… le professeur Altaïr Lyre et son obus creux…
– Que comptez-vous faire alors?
– Explorer la mort.
– Un voyage sans retour!
– Oh je verrai sur place mais sans ce voyage en perspective je crois que j’aurais envie de me suicider… »
« Ce pneumatique, j’ai bien envie de l’essayer.
– Je vous accompagnerais bien mais où va-t-il?
– Je n’en sais rien.
– Comment, vous voulez emprunter un moyen de transport sans sans même savoir où il mène?
– Peu me chaut, je ne vais que dans le pneumatique, moi, après où il va cela ne me concerne pas.
– Si vous le dites… »
» Mais qui est donc ce gentleman là-bas? Il me semble le reconnaitre…
– Miss Stiple, vous devriez vous faire examiner les yeux car il n’y a personne.
– Allons mon cher, s’indigna mon interlocutrice, ce serait plutôt à vous de vous faire examiner car il y a bel et bien quelqu’un!
– Puisque je vous assure qu’il n’y a personne!
– Mais c’est bien sûr : c’est Léopold Aiguilles. Vous ne pouvez évidemment pas le voir car il vit une seconde en avance sur son temps, donc seules les personnes à l’avant-garde sont aptes à le percevoir.
– Mais… cela signifie-t-il alors que ceux qui vivent dans le passé restent éternellement plus jeunes que ceux qui devraient être leurs contemporains?
– Tiens, en voilà une drôle d’idée syllogistique… Oui, peut-être! Ou peut-être certaines personnes qui paraissent plus vieilles qu’elles ne sont en réalité sont de futures personnes qui vivent dans le passé et qui accusent donc leur temps de décalage… »
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