L’enfer est sur terre parait-il. Tant qu’il y aura des démons pour préparer des soupes de squelettes pour moi ça sera le paradis!
Auteur : heresie Page 47 of 56
Chers amis,
Bientôt la nature sera victorieuse : ces prédateurs artificiels que sont les loups et les ours sont vaincus, et le renard n’en a plus pour très longtemps à honteusement souiller nos forêts de sa vile robe de rouquin. Désormais notre légitimité est établie, nous pourrons seuls traquer ce vil animal qui aère la terre et dissémine les graines, à savoir le sanglier.
Je vous le dis, en vérité tout ce qui a un groin ne pourra plus se promener sans trembler, quant à ces idiots qui trouvent un étrange plaisir à se promener dans la nature sans avoir un fusil chargé prêt à tirer, ils n’auront qu’à rester chez eux!
Le canard, ce furieux danger qui a causé tant de dégâts nous en ferons notre affaire, tout comme ces fous qui prétendent que quelque chose a pu exister avant l’Homme ou qu’il n’y a pas de désert là où il n’y a pas de chasseur pour régner sur tout et veiller sur la création du Tout-puissant.
Non, nos enfants ne seront plus terrifiés par les pigeons, les lapins ou les faisans, pour peu que notre progéniture évite nos balles elle pourra enfin jouir d’un monde serein et sain.
Que vive l’Homme, que sa descendance soit grande, et qu’il affirme sa domination légitime sur toutes les contrées. Le temps de la sauvagerie est terminé, désormais c’est le fusil qui régit, régule, et triomphe.
Un bon ours est un ours monté en trophée, sa place est sur un bicycle pas dans une forêt!
La Putréfaction
Tiré de Les névroses de Maurice Rollinat
Au fond de cette fosse moite
D’un perpétuel suintement,
Que se passe-t-il dans la boîte,
Six mois après l’enterrement ?
Verrait-on encor ses dentelles ?
L’œil a-t-il déserté son creux ?
Les chairs mortes ressemblent-elles
À de grands ulcères chancreux ?
La hanche est-elle violâtre
Avec des fleurs de vert-de-gris,
Couleurs que la Mort idolâtre,
Quand elle peint ses corps pourris ?
Pendant qu’un pied se décompose,
L’autre sèche-t-il, blanc, hideux,
Ou l’horrible métamorphose
S’opère-t-elle pour les deux ?
Le sapin servant d’ossuaire
Se moisit-il sous les gazons ?
Le cadavre dans son suaire
A-t-il enfin tous ses poisons ?
Sous le drap que mangent et rouillent
L’humidité froide et le pus,
Les innombrables vers qui grouillent
Sont-ils affamés ou repus ?
Que devient donc tout ce qui tombe
Dans le gouffre ouvert nuit et jour ?
— Ainsi, j’interrogeais la tombe
D’une fille morte d’amour.
Et la tombe que les sceptiques
Rayent toujours de l’avenir,
Me jeta ces mots dramatiques
Qui vivront dans mon souvenir :
« Les seins mignons dont tu raffoles,
Questionneur inquiétant,
Et les belles lèvres si folles,
Les lèvres qui baisèrent tant,
« Toutes ces fleurs roses et blanches
Sont les premières à pourrir
Dans la prison des quatre planches,
Que nulle main ne peut ouvrir.
« Mais, quant à l’âme, revit-elle ?
Avec son calme ou ses remords,
Faut-il crier qu’elle est mortelle
Ou qu’elle plane sur les morts ?
« Je ne sais ! Mais apprends que l’ombre
Que l’homme souffre en pourrissant :
Le cadavre est un muet sombre,
Qui ne dit pas ce qu’il ressent ! »
Vous verrez, quand on interdira l’absinthe, l’opium, le haschich, et tous les adjuvants poétiques, le Promeneur et son ombre auront tout à fait raison. Dieu est déjà mort mais on continue de piétiner son cadavre, car il reste encore des lambeaux de mystères métaphysiques épargnés par les causes du prosaïque, et ces mystères nulle société moderne, avide d’essors économiques et d’accroissement coloniale, n’accepte de l’entretenir, on le laisse à quelques désœuvrés des ordres cléricaux…
« La richesse oui, mais seulement celle de la bourse » Voilà ce que vous scandez parce que, frustrés de posséder de l’esprit, vous voulez interdire à tous les autres d’en avoir.
Il fut dit qu’il faut avoir encore du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante, mais toute notre éducation nous a fait détruire le chaos primordial avec lequel nous sommes nés. Dès lors n’est-il pas immoral d’interdire les clefs des portes des paradis artificiels à celui qui ne sait briser ses chaînes pour libérer le poète qui suffoque en lui?
Si naguère l’homme pouvait se retirer en lui-même pour rêver, de nos jours les miasmes modernes crachés par les industries, les pavés sans cesse battus et souillés, les voisinages bruyants causés par la surpopulation, tous ces éléments contemporains et bien d’autres encore ont clos la porte de la quiétude.
Interdisez l’absinthe et vous interdirez la poésie! Interdisez le rêve, et vous allez occire la philosophie, les catégories de l’onirisme seront les analyses politiques et autres billevesées ineptes. Pour ma part je préfère boire de cette absinthe qui rend fou, rester sourde aux conseils des hygiénistes, sombrer dans les affres des pires maux, mais avoir dressé mon âme à reposer dans des mondes éthérés plutôt que croupir longtemps dans votre décadence réalité.
Prophétie de Stiple envoyée aux infâmes rédacteurs du journal La tempérance.
Bernard et Philomène Césure étaient deux scientifiques de génie à qui nous souhaitons rendre hommage. Outre les mathématiques en base Pi utilisant des nombres non finis permettant de résoudre la quadrature du cercle, ils furent entre autre les inventeurs du tabac sans fumée, des chaussures antivol, du pain sans farine ou encore des chapeaux anti-calvitie. Et bien que leurs dons furent raillés par leurs confrères universitaires englués dans leurs sclérosantes traditions, ils ont toujours affronté avec une honorable dignité les quolibets même les moins inspirés.
Néanmoins il y a un an tout juste ils ont choisi de prendre un ballon pour la lune où ils feront halte avant de s’en aller pour Mars où nous leur souhaitons de passer une belle vie et de rencontrer un peuple plus disposé à laisser s’épanouir leur originalité.
« Sur une planète où avoir deux troncs, deux sexes, pour une seule paire de jambe, fait rire tout le monde et discrédite toute trouvaille, nous n’avons pas notre place » furent les mots que le frère et la sœur prononcèrent d’une même voix.
Alors au revoir à ces jumeaux siamois et bon vol.












