Francis Thievicz

Le site officiel, conforme aux normes sanitaires

Confession d’un amateur de célébrations nationales

Un seul coup de feu suffit désormais à me transcender, un seul coup de canon me transporte jusqu’aux frénésies d’une passion insoupçonnée. Me comprendrez-vous ?

Ma manie naquit lorsque, encore jeune, nous avions comploté avec ma bande pour nous livrer à ce que nous nous figurions être la plus fantastique organisation de pickpocket jamais mise au point. Nous voulions procéder ainsi : pendant que les malandrins adultes profitaient tranquillement de ce que la plupart des logis soient vidés de leurs occupants lors des feux d’artifice de la fête nationale, nous devions alléger les poches des nantis ahuris par le vacarme des détonations chatoyantes.

Le plan, mis au point par le grand Maraud-Aux-Phalanges, pourtant omettait un détail : l’hypnotisme du spectacle risquait de distraire les petites mains censées s’affairer à la rapine.

Diable ! Ces couleurs dans le ciel, ces puissances sonores païennes, ces vertigineuses vibrations… Combien puis-je comprendre les soldats revenant du front abrutis par la beauté des tirs d’artillerie. J’imaginais les oiseaux occis, brûlés dans le ciel par le feu sardonique, j’imaginais les tirs manqués fondre sur la foule pareils à des punitions divines, j’imaginais ces manifestations angéliques ou mythologiques profiter de la démonstration pyrotechnique pour s’imiter dans notre monde et l’infecter de justes malédictions.

A la première poche j’avais trouvé un providentiel revolver Apache comme en portent les membres du gang parisien. A chaque détonation je brûlai une cartouche, à chaque détonation je plantai, à chaque détonation je fracassais impunément à coup de poing métallique dans les lombaires. Je n’étais plus un simple humain, j’étais la main d’un dieu de râles et de mystères, le souffle de la Camarde invisible, aveugle et impitoyable. Je puis encore me souvenir de chaque victime, de sa silhouette illuminée de teintes vives, je puis encore ressentir la toute-puissance qui coulait dans mes veines redoutables, toutes ces victimes offertes à moi.

Depuis j’ai cessé les rapines, je me suis trouvé un emploi honorable, une famille aimante et aimée, mais, diable ! pas un feu d’artifice durant lequel je puisse m’empêcher de sacrifier au dieu du sang.

Pinacle romantique

La métaphysique aux philosophes, la méta-phtisie aux poètes.

 

Ne pas parler avec son cœur : râler des complaintes avec ses poumons fanés.

Mais d’après les données que m’ont fournies à la fois votre propre récit et les réponses que je vous ai extorquées à grand-peine, je ne puis tirer qu’une conclusion : c’est que les gens de votre race forment, dans leur ensemble, la plus odieuse petite vermine à qui la Nature ait jamais permis de ramper à la surface de la terre.

Ainsi conclut le roi de Brobdingnag

 

Sur les sépultures du présent

« Espèce éphémère et misérable, enfant du hasard et de la peine, pourquoi me forces-tu à te révéler ce qu’il vaudrait mieux pour toi ne jamais connaître ? Ce que tu dois préférer à tout, c’est pour toi l’impossible : c’est de n’être pas né, de ne pas être, d’être néant. Mais, après cela, ce que tu peux désirer de mieux, — c’est de mourir bientôt. »

 

Bien choisir ses ennemis afin de combattre avec frénésie plutôt que se complaire dans un nid de tendres.

 

 » — Mais, cher monsieur, qu’a-t-on jamais entendu par romantisme si votre livre n’est pas romantique ? Est-il possible de pousser plus loin la haine du « temps présent », de la « réalité » et des « idées modernes » que vous ne l’avez fait dans votre métaphysique d’artiste — qui préfère croire au néant et même au diable plutôt qu’au « présent » ? Au-dessous de la polyphonie contrapuntique dont vous tentez de séduire nos oreilles ne gronde-t-il pas une basse fondamentale de colère et de destruction joyeuses ? une farouche résolution contre tout ce qui est « actuel », une volonté qui n’est certes pas très éloignée du nihilisme pratique, et qui semble dire : « Que rien ne soit vrai, plutôt que vous ayez raison, plutôt que triomphe votre vérité ! » Écoutez vous-même avec attention, monsieur le pessimiste adorateur de l’art, un seul passage, choisi dans votre livre, ce passage, nullement dénué d’éloquence, le « tueur de dragons », qui semble comme un piège insidieusement tendu aux jeunes esprits et aux jeunes cœurs. Quoi ? N’est-ce pas l’authentique et véritable profession de foi du romantisme de 1830, sous le masque du pessimisme de 1850 ? et derrière cette profession de foi n’entend-on pas préluder le finale consacré, en usage chez les romantiques, — rupture, écroulement, retour, et enfin prosternation à deux genoux devant une vieille foi, devant le Dieu ancien ?… Quoi ? votre livre de pessimiste n’est-il pas lui-même une œuvre de romantisme et d’antihellénisme, quelque chose « qui, à la fois, produit l’ivresse et obscurcit l’esprit » en tout cas, un narcotique, un morceau de musique, voire de musique allemande ? »

Friedrich N.

Qui est fou ?

Mon chien a dit à son chat de compagnie que Dieu voulait un sandwich… Le chat y a cru… Comme si Dieu passait ses ordres par les chiens non circoncis ou qui n’ont pas passé leur première communion…

Mon chien entend des voix, il prétend même que Satan lui parle en imitant la voix de Dieu. Il est complètement fou, ce chien, il croit même entendre les bipèdes vocaliser des mots cohérents !

 

Epochè

Tu t’émerveilles et pourtant tu t’étonneras ensuite d’être las…Plus tu savoures moins tu gardes de goût.

Ne crois jamais que tu t’élèves, tu creuses toujours vers une indifférence réaliste. Bientôt tes sourires seront des bâillements, bientôt tu envieras les songes des habitants de nécropoles.

Les cul-de-jattes ne sont pas plus fascinés par tes jambes que par leur bassin, tout est normal, rien n’est insolite. Tu n’es exceptionnel que pour les béotiens. La plèbe t’acclame dans le grand zoo de ton espèce, mais tu en es fier.

 

 

Les portiques se sont effondrés

« On se donne la peine de faire de bons petits plats qui, un ou deux jours plus tard finiront en boues dans un pot-de-chambre, mais on n’écrit pas quotidiennement sur du sable sous le frauduleux prétexte que la marée aura tout effacé – car, au fond, on ne produit rien soumis à une péremption moins prompte puisque quoi qu’il en soit on ne produit rien. On prétend que de s’alimenter est indispensable à la survie, mais écrire, dessiner, créer par soi, qu’est-ce pour l’esprit sinon son aliment de survie ? La non-création n’est-elle pas assez éloquente à propos de la nature non-intellectuelle, non-spirituelle, des individus humains ? Je ne les crois pas ceux qui bavent qu’ils créent en eux-même sans extérioriser. Soumis à des priorités animales, sociétales, des… »

J’ai laissé le clochard palabrer seul à dessiner avec de l’eau sur le sol, ce n’était qu’un clochard fou, il faisait peine à voir et à entendre. Il était seulement jaloux de nous tous.

« Renoncez une fois pour toutes à vos grandiloquentes conceptions de l’humanité: la vie humaine et toute l’histoire du Monde ne sont rien d’autre qu’un rêve qu’un Etre moqueur fait à nos dépens. »
Hans Heinz Ewers

Péril onirique

Non, je pense que je n’ai aucunement ma place dans cet asile. Non, je ne me suis pas ainsi mutilé. C’est cette femme, c’est elle, ne comprenez-vous pas ? Je ne fais allusion à aucune niaiserie sentimentale : c’est elle la responsable, c’est elle qui m’a violé, c’est elle qui a changé la couleur de mes cheveux, c’est elle qui m’a brisé le bras.

Je ne l’avais croisé qu’une seule fois dans la rue avant tout cela. Elle m’avait glissé : « A ce soir, dans mes rêves ! Je m’excuse d’avance. » J’avais été à la fois flatté et dérouté, mais lorsque le lendemain elle me glissa une missive dans laquelle elle me décrivait un rêve qu’elle aurait vécu la veille, durant lequel elle s’était promenée avec moi sur un sentier jonché d’orties et de ronces, je compris d’où venaient les cicatrices apparues sur mes jambes.

Puis cela a ainsi continué : elle rêvait de nous forniquant, elle rêvait de nous nous faisant agresser, elle rêvait de nous hantés par des fantômes, elle rêvait de nous enfermés dans un asile et maltraités…

Bien entendu que j’ai tenté de lui demander des explications, de cesser de rêver de moi, mais lorsqu’elle ne se dérobait pas elle s’excusait de ne pouvoir rester maîtresse de ses rêves. Et, après tout, nous ne nous connaissions pas dans la réalité, je ne sais toujours même pas son nom, seulement sa physionomie et son écriture… Allez au café de la place des platanes, vous la verrez passer la matin vers 10 heures toute vêtue de noir, arborant le chapeau à plumes le plus extravaguant que l’on puisse concevoir.

Si j’ai tenté de la tuer ? Mais qu’auriez-vous fait à ma place ! Évidemment que j’ai essayé, mais au moment où j’allais la poignarder elle est tombée en syncope et a rêvé que je m’enfonçais le couteau dans le ventre…

 

Tranche de vie

Je ne pense absolument pas qu’il soit mort : c’était un démiurge, un chercheur, un rêveur, ce genre de personne ne meurt pas puisqu’il n’existe pas vraiment.

Il avait lu, je ne sais où, chez Schwob je crois, ou dans l’un de ses songes, l’idée qu’il pourrait exister un monde dépourvu de troisième dimension, un monde plat. Voilà pourquoi l’on pourrait croire que les lamelles de son corps passé par le tranchoir de précision qu’il avait lui-même élaboré sont autant de preuves de son trépas. bande de sots ! Il n’est pas décédé : il est passé dans un monde à deux dimensions spatiales !

Le livre & autres sépiaseries bonus

 » Il est plus que rare : ce livre n’a jamais été tiré, il n’en existe aucun manuscrit, il n’en a même aucun auteur. Cela explique son prix, mais croyez-m’en, vous n’aurez jamais rien de plus dépourvu de médiocrité à lire. »

J’ai dépensé toutes mes économies, j’ai vendu chapeaux, gants, chaussures, culottes, toilettes, pain et pot de chambre, et jusqu’à mon savon, pour l’acquérir. On me croira pauvre mais on se trompera à un tel point… !

Bonus misanthropique :

Je ne pouvais croire à son assertion, elle était presque trop prétentieuse – ou trop lucide. Je rentrai donc chez lui par effraction et allai à son pot de chambre pour consulter ses brouillons sur le papier journal souillé gisant à côté de l’émail. C’était pourtant vrai, il avait eu raison lorsqu’il avait arrangé la foule en clamant : « J’ai honte de mon anus : il produit la même immonde matière que vos putrides esprits! » Les feuilles entrées en contact avec ses fondements équivalaient en tous points à l’essence de l’esprit humain, à moins qu’il ne fit ses besoins dans un crâne taillé, comment savoir ?

Le savoureux savoir porte l’amer doute, désormais je ne sais jamais plus si je suis dans une bibliothèque, une brasserie ou des égouts, partout l’humain a trop laissé son empreinte.

Bonus lucide :

« Allons, mon brave, que faites-vous donc ?

– Il parait que complainte aurait pour sens étymologique « se frapper la poitrine après un deuil ».

– Certes, peut-être, mais je pense qu’il s’agit de se frapper sa propre poitrine, non celle du défunt…

– Quel intérêt aurais-je de me frapper moi-même : c’est le mort qui crée une jalousie haineuse, pas moi. »

« Non, rien ; délivrez-nous de la Pensée,

Lèpre originelle, ivresse insensée »

Laforgue

– Bonus bienheureux :

« Saviez-vous que le nouveau système d’égouts et de caniveaux fait se déverser toutes les eaux sales ici ?

– Ah ben ouais, eh quoi ?

– Eh bien n’avez-vous quelque répugnance à vous y baigner ?

– Ah ben si on doit s’soucier d’tout ça on peut p’us rien faire ! »

Bonus silencieux :

Le but de réclamer la liberté de s’exprimer c’est aussi de se distraire de son incapacité à penser par soi.

Bonus Zothique :

« I… refuse to submit to the arid, earth-bound spirit of the time; and I think there is sure to be a romantic revival sooner or later – a revolt against mechanization and over-socialization, etc… Neither the ethics or the aesthetic of the ant-hill have any attraction for me. »

C.A.S.

Page 16 of 67

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par

RSS
Follow by Email