Francis Thievicz

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Clark Ashton Smith

By profession, Francis Melchior was a dealer in antiques; by avocation he was an astronomer. Thus he contrived to placate, if not to satisfy, two needs of a somewhat complex and unusual temperament. Through his occupation, he gratified in a measure his craving for all things that have been steeped in the mortuary shadows of dead ages, in the dusky amber flames of long-sunken suns; all things that have about them the irresoluble mystery of departed time. And through his avocation, he found a ready path to exotic realms in further space, to the only spheres where his fancy could dwell in freedom and his dreams could know contentment. For Melchior was one of those who are born with an immedicable distaste for all that is present or near at hand; one of those who have drunk too lightly of oblivion and have not wholly forgotten the transcendent glories of other aeons, and the worlds from which they were exiled into human birth; so that their furtive, restless thoughts and dim, unquenchable longings return obscurely toward the vanishing shores of a lost heritage. The earth is too narrow for such, and the compass of mortal time is too brief; and paucity and barrenness are everywhere; and in all places their lot is a never-ending weariness.

The planet of the dead – Clark Ashton Smith

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oeuvre au nirique

L’enfer comme espoir d’une vie meilleure

Les romantiques échouent toujours à prédire l’avenir. Comment leur en vouloir ? Ils ne connaissent déjà rien du présent ni de la réalité, et c’est ainsi pour le mieux.
L’enfer comme espoir d’une vie meilleure !

I can’t agree with the high-brows that weird is dead – either in poetry or anywhere else. They’re are suffering from mechanized imaginations. But, I, for one, refuse to submit to the arid earthbound spirit of the time; and I think there is sure to be romantic revival sooner or later – a revolt against mechanization and over-socialization, etc. If there isn’t – then I hope to hell my next incarnation will be in some happier and freer planet. Neither the ethics or the aesthetics of the ant-hill have any attraction for me.
Clark Ashton Smith

autolise

Bonheur, lobotomie et divertissements

N’en veuillez pas aux spectateurs de divertissements : ils sont victimes d’un complot. Toute l’humanité est victime d’un vaste complot, il ne peut en être autrement.

J’étais allé voir une pièce tout ce qu’il y a de plus parfaite (du moins le pensais-je), avec des sentiments, des personnages gentils et des personnages méchants, quelques intrigues, un peu de tristesse, quelques plaisanteries, du suspens, des critiques de notre société….

A la sortie j’ai remarqué un homme qui se tenait dans un angle enténébré, fumant une cigarette qui éclairait parfois son visage mesquin et malveillant. Sortirent deux amis qui devisèrent ainsi :

« Quel bon moment avons-nous passé !

– En effet. Je ne sais plus de quoi traitait la pièce mais je me sens bien plus intelligent.

– Nous sommes des initiés.

– Nous avons trouvé de quoi utiliser très subtilement l’argent que nous avons empoché à la juste valeur de notre labeur. Cela me ravit.

– Et cela me satisfait ! De plus nous pourrons nous vanter d’avoir vu cette pièce. C’est que c’est aussi de la socialisation.
– C’est avant tout cela. D’ailleurs, avez-vous remarqué comme il est agréable de suivre une histoire avec toute une foule de spectateurs prêts à vous aider à savoir quand rire, pleurer, crier, applaudir, avoir peur, etc ? Cela n’a rien à voir avec ces lecteurs au visage gris qui se voutent le dos sur du papier sans rien partager ni recevoir avec le reste de leurs congénères, ou ces aigris qui vomissent de l’imagination pour eux seuls sans le partager pour ne plus finir que par vivre dans des idéaux émétiques, tous ces étudiants qui ne courent après aucun diplôme, tous ces romantiques esseulés et pathétiques, tous ces arpenteurs de rêvasseries solitaires, tous ces…

– Ne m’en parlez pas, cela va me donner la nausée. Ils pensent que penser est nécessaire pour savoir quoi penser, alors que, sincèrement, dans les spectacles vivants on nous dit quoi penser et cela ne nous permet pas moins de savoir que penser.

– Ah ? Oui, très certainement. De toutes manières vous devez avoir raison puisque vous avez vu cette pièce, et seuls les gens qui ont raison vont la voir.

– Je ne fais que citer ce que j’ai entendu. Je suis un homme cultivé : je cite ! »

Dans l’encoignure le fumeur sourit et rentra dans le théâtre. Je l’ai reconnu, c’était l’auteur de la pièce. Je sais. Je sais que c’est un abject misanthrope, un membre du complot. Ils ourdissent des spectacles pour flatter un public de ce qu’ils prennent pour des onanistes prétentieux et, à l’aide d’ondes expérimentales ils capturent les influx nerveux et cérébraux des spectateurs pour les leur voler. Ainsi on y entrerait médiocre et on en ressortirait pire, trop sot pour se rendre compte qu’on l’est toujours davantage. Un numéro de siège comme un numéro de matricule dans un asile d’aliénés.

Il en est ainsi, car cela ne peut être l’humanité qui se congratule de son entrain à plonger dans les abîmes de la décérébration.

De mon côté je ne peux continuer de vivre avec ce fardeau. Chaque soir j’irai au théâtre, rire, pleurer, crier, applaudir avec tout le monde, impatient que les ondes m’aient rendu assez imbécile pour ne plus avoir à craindre pour ma niaiserie et mon crétinisme ; et si je n’y parviens pas ainsi j’en passerai par un moyen moins extrême, mais que j’espère tout aussi efficace, et je me ferai lobotomiser.

 

Déboire : lorsque les obituaires ne sont plus fiables

Encore vivante elle s’était elle-même inhumée en un cercueil, de tout son corps espérant du nécrophile les faveurs.

Découvrant la supposée défunte sans honneur encore respirer et sans personne pour en faire son deuil, l’amant des trépassées reprit sa pelle pour cautériser la plaie du sol funéraire, écœuré en songeant aux brûlantes viscères plus bas s’agitant. Puis il cracha à l’adresse de la fraîche motte :

 « Trop chaude, trop vulgaire, trop sotte, dans un mausolée je t’aurais ignorée et tu aurais pu à l’air libre pleurer ; désormais me voilà si las et éreinté, et toi, mourant sous mes pieds, pour toujours malade de vie. Quelle folie t’a donc pris d’ainsi aux tourments nous livrer ? »

Et le sergent s’en alla, maudissant les nécropoles d’être peuplées de trop vifs habitants.

Le diallèle de l’entêté

« Je cherche, je cherche, mais en vain.

– Mais que cherchez-vous donc, et quelle est donc cette puanteur ?

– Eh bien ce parfum est celui de ma quête, et je cherche la philosophie, vous savez…

– Non, je ne sais pas… »

Et comme pour faire démonstration de ses recherches mon vieil ami tira un rideau et dévoila derrière une épaisse vitre une arène où se tenait un homme nu manifestement apeuré.

« Vous m’aviez dit que la philosophie ne sera jamais dans l’humain ordinaire, n’est-ce pas ?

– En effet, acquiesçai-je, du moins ai-je affirmé qu’elle ne peut faire partie du tout-venant, qu’elle n’est qu’un exercice artistique. »

Ne m’écoutant que distraitement mon interlocuteur continua :

«  Partant de ce postulat et de celui que tout ce qui n’est pas philosophie n’est pas vie, je me suis mis…

– Mais pourquoi pensez-vous que ce qui n’est pas philosophie n’est pas vie ? l’interrompis-je.

– Eh bien, c’est ce que je pense, mais je le démontrerai plus tard. Donc, partant de ces deux postulats je me suis mis à dresser un questionnaire assez complet destiné à mes sujets tests. Une fois qu’ils l’ont rempli et que je reporte leurs réponses sur un modèle de phrénologie,  je les laisse aux bons soins d’un vers nécrophage qui donc ne laissera de leur cervelle que la partie vivante. »

Ce disant mon ami actionna un levier qui fit coulisser une porte et libéra la bête qui déchiqueta l’homme nu, sans véritablement prendre le soin d’épargner la moindre parcelle de cervelle, avant de dévorer ses chairs et broyer ses os en se roulant dans les substances cadavériques.

« Vous voyez, continua mon ami, j’en arrive toujours à ce constat qu’il n’y a véritablement rien de philosophique en l’humain puisque…

– Mais ceci n’est pas un vers nécrophage !

– Bien évidemment que si, j’ai même pris conseil auprès de l’entomologiste Gérard Schüps qui me l’a vendu.

– Ce n’est pas un entomologiste mais un spécialiste des félins, il ne parle que très vaguement notre langue, œuvre dans le commerce illicite, et ceci est un tigre !

– Hum, alors j’ai fait erreur.

– Et combien d’erreurs avez-vous commises ?

– Une bonne trentaine, mais ne vous inquiétez pas : puisque tous ont été dévorés par ce tigre nécrophage aucun n’avait de philosophie en lui, donc aucun n’était vraiment en vie.

– Bah, vous restez un bon ami, un ami riche et hermétique à la raison mais un ami tout de même. Prenez tout de même garde à ne pas fréquenter ce tigre de trop près.

– N’ayez crainte, il ne me fera aucun mal, j’ai dernièrement lu du Kant, et même si je n’ai pas tout compris je m’en suis bien imprégné. »

Solide sans face

Combien aimerais-je donner la date de cet acte mémorable, mais comment faire désormais ?

Dans son laboratoire de Salzbourg, Franz Zalsach a réussi à solidifier trois minutes de temps. Ceci fait il a laissé treize autres minutes s’agglomérer autour de cette base, puis la réaction en chaîne fut trop avancée pour l’empêcher de croître.

Sur-le-champ les autorités bien incompétentes ont tenté de disposer à proximité des politiciens, des mégères, des adolescents, des vieux, des bibliothécaires, et toutes sortes de gens ennuyeux dont ils pensèrent que leur pouvoir de rendre le temps long avait quelque réalité physique, mais leurs efforts furent vains.

Certes quelques expériences purent être tentées afin de mettre en évidence la matérielle fuite du temps, mais à quel prix ! La forme temporelle avait tant crû qu’elle avait englouti toute la ville; elle aspirait la lumière pour ne plus la rejeter, elle froissait l’espace pour le percer et laisser ressurgir des masses intemporelles flottant alentours.

Ce n’est plus qu’une question de temps pour que les dernières minutes de notre monde s’amassent, mais que signifieront ces derniers instants ensuite ?

Tous nos hommages aux valeureux explorateurs qui ont pu approcher de la singularité

Memento temporis V

« Vous souvenez-vous de cette partie de poker ?
–  Kompreneble, amiko ! Comment l’oublier ? C’est celle qui a valu à Amédée son surnom d’Escorcié.
– Peuchère, voyez à quel point nous l’avions dépouillé !
– Il ne nous en a jamais voulu, notez bien.
– Pour sûr ! Il avait toujours rêvé de pouvoir approcher le fameux Henri du Club de curiosités… est-ce bien lui, le collectionneur de crânes ?
Prave ! Quelle meilleure occasion que cette défaite cuisante ! Je crois bien, d’ailleurs, qu’il orne toujours son salon depuis… »

Sylvain-René de la Verdière

Mesnie Hellequin – Mesnie y’a pu rien

J’ai investi dans un appareil photographique, sûr que je pourrais saisir une Chasse Fantastique, je ne vis que les prosaïques becs-de-gaz, les faisceaux lancés par les célébrations estivales, les hautes tours hébergeant bourgeois matérialistes et prolétaires modernes, les vives artificialités obligeant le regard à toiser le sol plutôt que chercher dans les cieux quelque rêverie.

Pas d’illustrations, peu chers amis, car il n’y a plus rien au firmament sinon le rappel que nous ne sommes qu’ici-bas emprisonnés. Les étoiles pourraient avoir disparu, les démons et les walkyries ont peut-être trépassé, la Lune sourit peut-être désormais, comment savoir ?

 

Errance subjective

Tout est une question de point de vue.

Le canotage permet de voir les choses sous un autre angle, surtout si l’on ose voguer de l’autre côté de la surface.

Il n’y a plus de saisons

Est-ce donc l’été si, malgré le pâle soleil trônant dans son ciel gris, de hautes congères bornent les rues et les abords du cours d’eau ? Certes les plaques de verglas peuvent s’expliquer par la sueur des lécheurs de sorbets, certes les stalactites aux gouttières peuvent être les fruits d’amours printaniers déçus, des restes de sentiments froids exsudés par des éplorées éconduites peu au fait de la fugacité des promesses crachées sous l‘empire de la passion, certes la couche de neige peut être l’œuvre de frappeuses de tapis, de chutes d’étoiles décaties, de jeunes garnements qui auraient tiré sur la Lune lorsqu’elle passait à l’aplomb de la ville, mais tout de même…

Comment expliquer que les rues sont désertes sinon par le fait que c’est un bien étrange effet (Ah! En voilà une remarque qui ne sera pas inutile!). Personne au café, personne chez les chapeliers, personne dans l’ombre des platanes, personne, personne nulle part. Il est pourtant… tiens donc, ma montre n’indique aucune heure. Ah ! en voilà une preuve : il n’est jamais l’heure de rien sinon de se terrer dans la torpeur lorsque Juillet souille les dates en en-tête des courriers, donc nous sommes bien en cette brûlante saison. De plus, comme l’a très subtilement remarqué Avksenty Ivanovitch, les robes des élégantes sont parfois aussi légères que le Zéphyr, et quelle saison plus appropriée à ce genre de tenue que l’été ! Donc s’il n’y a personne c’est que tout le monde s’en est allé dans le sommeil et que les femmes éveillées se drapent de leurs robes aussi invisibles que le vent.

Me suivez-vous ? Avez-vous compris ? Dans ce cas expliquez-moi ce que je suis en train de conter car moi je m’y perds : en été je ne suis plus bon à quoi que ce soit.

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