Lorsque la mode sera au rose chacun pourra sans complexes assumer sa nature porcine.
If a pig wore a wig,
What could we say?
Treat him as a gentleman,
And say “Good day.”
(vers tirés d’un poème de Christina Rossetti)
» Encore avec ces allumettes d’insûreté?
– Que voulez-vous, il faut bien s’amuser. Le Louvre, le château de Versailles, qui sait…
– De grands symboles…
– Les symboles que j’aime brûler des bâtiments.
– Je vois dans ces actes des motivations plus profondes.
– Comme il vous plaira.
– Et l’odorifactrice? Je peux constater qu’elle n’a pas eu les effets escomptés.
– La machinerie censée éteindre les incendies en moi en les étouffant par l’inhalation de parfums de brûlés? Ineptie, au contraire, cela m’inspire. »
» … Les propriétés des carottes blanches croisées aux mandragores sont avérées, cela fait trois fois que je vous le répète. Ne me faites-vous pas confiance?
– C’est que… oui, je vous fais confiance.
– Alors buvez ce concentré de belladone sans crainte, je vous en donne ma parole, le poison n’aura aucun effet sur vous, la carotte albinos vous immunise, quant aux effets ils sont plus délicieux que ceux qu’en content les poètes à propos de l’opium ou du haschisch.
– Hum…
– Allez-y. Alors, que se passe-t-il?
– J’entends des murmures, des murmures osseux inarticulés.
– Ce sont les vapeurs de la belladone, ne vous en souciez pas. »
Le pharmacien nota donc :
Sujet 14 :
Dosage 8% Belladone, vin, carottes blanchies à l’acide commercial et teintées au pigment d’albâtre pulvérisé. Mydriase fulgurante, accélération des pulsations cardiaques, sècheresse buccale. Le sujet semble en proie à des hallucinations causées par les dysfonctionnements du système nerveux ainsi que les arythmies cardiaques. Spasmes…
Je dois arrêter mon compte rendu car le sujet 9, déjà squelettique s’est réveillé et tente de faire une saignée au sujet 14 qui n’a bu que la moitié de son verre, trop inquiétée par les mises en garde du sujet 2 qu’elle n’a heureusement pas pu voir.
Je reprends :
Tremblements, crise de…
Ils m’attaquent, moi, celui qui va faire avancer la science dans le domaine de la tox…gie… m’attaquent! Bougres d’… Peut-être aur… nourir…. ais su…
… pour se purger des cent corruptions
Que la vie et la mort servent en ses sillons,
Pour refondre et pétrir le cadavre et l’ordure,
Et dans un moule neuf couler la pourriture,
Pour semer dans ses flancs cet effroyable engrais
Et le vomir au ciel en robustes forêts,
Mieux que des grands lions et des aigles superbes
La Nature se sert du peuple obscur des herbes.
Durs ongles du jaguar, crocs aiguisés du loup,
Corbeaux, dont le bec droit s’enfonce comme un clou,
Tenailles des vautours, vous êtes moins terribles
Que cette légion d’ouvriers invisibles !
Mâchant les nerfs, sciant les os gélatineux,
Rongeant des intestins les innombrables nœuds,
Vermine de la mort, ils travaillent à boire
Du hideux sang figé la fange flasque et noire.
Et voici qu’à la place où les os ruinés
Souillaient de leur odeur les champs empoisonnés,
Déborde à flots pressés une herbe drue et verte,
Rougit superbement quelque fleur grande ouverte,
Fleurs et gazons éclos de ces sucs empestés
Que les fossoyeurs nains à la terre ont portés.
Pour épurer le ciel, pour nettoyer le monde,
Et changer en parfums la pourriture immonde,
Pour mêler à la sève ardente de ton sein
D’un corps décomposé l’écoulement malsain,
Pour nourrir de ces chairs liquides et puantes
Un arbre aux bras noueux, aux racines géantes,
Pour dresser dans l’azur son front de fleurs couvert,
Nature, il te suffit d’une mouche ou d’un ver !
Jean Richepin
« Combien sommes-nous à nous affliger que les grands de ce monde n’aillent pas consulter les fous?
– Probablement autant que ceux qui pensaient qu’il était avilissant pour Alexandre d’aller se faire insulter par Diogène le clochard.
– Dans les époques à suivre on nous considèrera peut-être, nous et nos contemporains, comme des individus dignes, décents, instruits et honorables.
– Que voulez-vous, même la décadence est relative.
– Bah, la vie est absurde de toutes manières, alors pourquoi pas… pourquoi pas la dignité, la décence, l’instruction, l’honorabilité, la religion, pourquoi pas la politique, pourquoi pas la corruption, l’ascétisme, l’hédonisme, les plumes de coq, les poux atomiques, les martiens tripodes, les greffes de carottes sur les crânes chauves, les ongles peints, les femmes à barbe, les dieux en nouilles, l’impôt sur les voyelles…
– Nous nous égarons!
– Certes, mais c’est que je tente de donner des raisons aux futures générations de nous mépriser, de nous pendre en pitié et aussi de nous honorer.
– En divaguant?
– La philosophie ce n’est que cela : de la divagation. Reprenez donc une cuillère de cette confiture de haschich et philosophons! »
» N’avez-vous pas pris un peu de poids?
– Aucunement, c’est ma guillotine fessière qui me grossit un peu.
– Votre quoi?
– Eh bien le dispositif de l’ingénieux professeur Malin : une guillotine pour fesses. Voyez-vous, ainsi je peux importuner qui bon me semble et m’enfuir sans me soucier de rien, si le susceptible souhaite me donner un coup de pied là où il pense, vlam, un pied ou une jambe en plus dans ma collection. »
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